Le train ralentit dans un grincement métallique, un long soupir de fer qui se répercuta le long du quai désert. Elysée sentit la secousse familière du freinage lui remonter dans les jambes, puis plus rien. Immobile, enfin.
Elle attrapa son sac à dos posé sur le siège voisin et se leva, les articulations un peu raides après des heures passées à compter les poteaux électriques défiler par la fenêtre. Ses jambes réclamaient autre chose qu'un strapontin étroit et un accoudoir partagé avec un inconnu trop bavard.
Quand les portes s'ouvrirent avec leur sifflement pneumatique, l'air marin la cueillit en pleine figure - franc, salé, presque brutal après la climatisation du wagon.
Elle inspira profondément, les yeux fermés une seconde de trop pour une simple arrivée en gare.
Ça, au moins, je ne l'ai pas oublié.
L'odeur du sel. Le cri rauque des mouettes quelque part au-dessus des toits. Le vent qui arrivait de la mer, chargé d'iode et de quelque chose de plus difficile à nommer - un souvenir, peut-être, ou l'impression tenace que le temps n'avait pas cours ici de la même manière qu'ailleurs.
Rien n'avait changé.
La petite gare tenait entière dans le creux de sa mémoire : le même quai trop court, le même auvent rouillé, les mêmes bancs en bois écaillé où personne ne s'asseyait jamais. Quelques voyageurs descendaient en traînant des valises à roulettes sur les pavés disjoints, tandis que d'autres montaient sans se presser, comme si le temps, ici, n'avait jamais vraiment eu d'urgence à faire valoir.
- Elysée !
Elle tourna la tête.
Sa grand-mère agitait un bras énergique depuis le bout du quai, l'autre main plaquée sur son chapeau de paille pour l'empêcher de s'envoler. Un sourire échappa à Elysée avant même qu'elle ait pu le retenir.
- Mamie.
Elle n'eut pas le temps de faire trois pas que la vieille femme l'avait déjà rejointe et enveloppée dans une étreinte d'une vigueur presque suspecte pour quelqu'un de sa carrure.
- Laisse-moi te regarder, ma belle !
Elysée se laissa faire, résignée, les bras un peu écartés du corps.
Sa grand-mère recula d'un pas, la tint par les épaules et l'examina de haut en bas avec le sérieux d'une inspectrice des douanes.
- Tu as encore grandi.
- J'ai vingt ans, Mamie.
- On grandit toujours un peu. Même à vingt ans. Même à quatre-vingts, si tu me demandes.
- Je suis presque sûre que non.
- Ne discute pas avec une vieille dame qui a fait tout ce chemin en voiture pour toi.
- Tu me dis ça tous les ans.
- Et ça marche toujours, non ?
Elysée leva les yeux au ciel, mais le sourire, lui, refusa de s'effacer. Certaines choses, décidément, ne changeaient jamais - et elle en était, contre toute logique, secrètement soulagée.
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La voiture roulait lentement sur la route côtière, les vitres à moitié baissées pour laisser entrer le bruit du vent plutôt que celui de l'autoradio, réglé sur une station qui grésillait plus qu'elle ne diffusait de musique.
À leur droite, l'océan s'étendait jusqu'à l'horizon, une plaque de métal en fusion sous le soleil de juillet. Les vagues scintillaient par intermittence, comme si quelqu'un, quelque part sous la surface, s'amusait à allumer et éteindre des milliers de petites lumières.
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Guardian's love
FantasyElysée voulait simplement passer un été tranquille chez sa grand-mère, au bord de la mer. Mais sa rencontre avec Nauryn, un mystérieux jeune homme lié à l'océan, va l'entraîner dans un monde qu'elle n'aurait jamais imaginé. Entre secrets anciens, cr...
