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La clé tourna dans la serrure avec ce petit clic familier qui, d'ordinaire, sonnait la fin de ma longue journée. Il était presque vingt-trois heures. Dehors, la pluie londonienne battait les vitres dans un fracas régulier, mais à l'intérieur, l'appartement était plongé dans un calme olympien. Seules les lueurs orangées des lampadaires de la rue traversaient les rideaux fins du salon, découpant des ombres familières sur le sol.

Je jetai mon sac de cours et de boulot sur la console de l'entrée, enlevai mes baskets trempées d'un geste las et m'avançai vers la pièce principale en étirant mon cou endolori. C'est là que je repérai la silhouette.

Allongé de tout son long sur mon canapé trois places, qui s'avérait décidément trop petit pour son mètre soixante-dix-huit, Michael dormait à poings fermés. Une de ses jambes pendait dans le vide, touchant presque le tapis, et son bras droit était replié sur ses yeux pour se protéger de la faible clarté. Sur la table basse, son énorme sac de sport aux couleurs du club trônait au milieu du bazar, juste à côté d'une bouteille d'eau à moitié vide et d'un paquet de gâteaux au chocolat déjà bien entamé. Mon paquet de gâteaux, évidemment.

Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel, un sourire affectueux vissé aux lèvres. Michael Olise. L'ailier droit dont toute l'Europe s'arrachait le maillot, le joueur que les consultants sportifs qualifiaient d'« énigmatique », de « froid » ou de « mutique » sur les plateaux de télévision parce qu'il fuyait les zones mixtes et les interviews d'après match comme la peste. Pour les supporters et les médias, il était une star inaccessible. Pour moi, il était juste le squatteur officiel de mon canapé, le même gamin maladroit qui possédait un double de mes clés depuis nos quatorze ans.

Je m'approchai à pas de loup pour ne pas le réveiller, m'accroupissant près du canapé. Ses cheveux bouclés étaient en pagaille, et ses traits, d'habitude si fermés et concentrés sur un terrain, étaient totalement détendus. Il portait son ensemble de survêtement noir fétiche. À le voir comme ça, on aurait pu oublier les millions d'euros, la pression des stades et les attentes de tout un peuple de supporters. Il avait l'air épuisé. Ces derniers temps, le rythme de la saison s'intensifiait, et je savais à quel point il gérait tout ça en gardant tout pour lui. Sauf ici.

Je me penchai doucement pour ramasser la télécommande de la télé qui menaçait de glisser de ses doigts. À peine l'eus-je frôlée que ses doigts se détendirent. Sans même ouvrir les yeux, d'une voix grave, éraillée par le sommeil, il grogna :

— Tu rentres tard.

— C'est mon appartement, Mike. C'est plutôt toi qui tapes l'incruste de force, répliquai-je sur un ton taquin en me laissant tomber lourdement sur le bout du canapé, juste à côté de ses pieds.

Il retira lentement son bras de son visage et tourna la tête vers moi. Ses yeux sombres me fixèrent un instant, clignant des paupières pour chasser les brumes du sommeil. Un demi-sourire, ce sourire franc et ultra rare que les caméras ne captaient jamais, étira le coin de ses lèvres.

— Il y avait une meute de journalistes en bas de chez moi, expliqua-t-il en se redressant lentement sur un coude pour s'asseoir. Des types avec des objectifs longs comme ma jambe. J'avais pas la foi d'esquiver leurs questions de merde. Ici, c'est tranquille. Personne sait où t'habites.

— Traduction : tu n'avais plus rien dans ton frigo et tu t'es dit que j'allais cuisiner.

— Aussi, ouais.

Il se cala contre les coussins, attrapant un des gâteaux qu'il avait laissés sur la table pour le corner d'une traite. C'était ça, notre amitié. Pas de chichis, pas de grands discours, une confiance aveugle née sur les terrains de jeu du quartier quand on n'était encore que des gosses avec des rêves trop grands pour nous. Quand Michael avait percé dans le foot pro, beaucoup de gens autour de lui avaient changé. Pas nous. On avait passé un pacte tacite : chez moi, le football restait à la porte.

False Appearances -- [Michael Olise X Reader]Stories to obsess over. Discover now