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Chapitre 1

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La première chose que mon garde du corps a remarquée chez moi n'était ni mes yeux bleus ni mon nom de famille.
C'était le moment précis où mon sourire s'effondrait dès que je pensais être invisible.

Mais lui n'était pas encore là.

À l'extérieur, ma vie ressemblait à quelque chose qu'on aurait pu envier.

Il suffisait de me regarder quelques secondes pour comprendre ce que les autres voyaient.

Les soirées impeccables.
Les robes choisies à l'avance.
Les conversations polies, toujours bien placées.
Les sourires maîtrisés, jamais trop longs, jamais trop courts.

J'étais Clara Valmont.
Et ça suffisait à définir beaucoup de choses avant même que je parle.

— Clara, souris.

Je souris.

— Clara, reste droite.

Je me redresse. 

— Clara, sois plus... présente.

Je suis présente.

Ou du moins, j'en donne l'illusion.

Avec le temps, j'avais compris que personne ne cherchait vraiment à savoir si c'était réel.
Ce qu'on attendait de moi, c'était une version parfaite. Pas une vérité.

Il y avait des jours où je me surprenais à me regarder comme si j'étais quelqu'un d'autre.

Dans le miroir, je reconnaissais mon visage. 

 Mes yeux bleus.
Mes cheveux soigneusement coiffés.

Mais derrière, il y avait toujours ce décalage.

Comme si la fille que tout le monde voyait n'était pas tout à fait moi.

Ce jour-là, la maison était pleine.  

Des voix.
Des rires contrôlés.
Des conversations qui ne me concernaient pas vraiment.

Je passais d'un groupe à l'autre avec la facilité de quelqu'un qui connaît parfaitement son rôle.

— Clara, tu es radieuse ce soir !
— Merci...

Je souris encore.

Toujours.

Mais parfois, même un sourire parfaitement maîtrisé finit par peser.

À un moment, je me suis retrouvée seule près d'une baie vitrée.

Dehors, les lumières de la ville clignotaient doucement.

Dedans, tout semblait trop bruyant.

J'ai relâché mes épaules une seconde.

Juste une.

Et j'ai senti mon visage changer sans que je lui demande.

Comme si quelque chose glissait enfin sous la surface.

— Clara !

Je me suis retournée immédiatement.

Sourire.

Encore.

Toujours.

Une amie de la famille m'a attrapée par le bras, enthousiaste.

— Viens, on veut une photo de groupe !

Je n'ai pas hésité.

J'ai souri devant l'objectif.

J'ai ri quand il fallait rire.

J'ai incliné la tête exactement comme on me l'avait appris.

Et personne n'a rien remarqué.

Quand la soirée a commencé à se vider, je suis montée dans ma chambre.

Le silence y était presque violent.

Je me suis assise sur le bord du lit sans enlever mes chaussures.

Mon reflet dans le miroir m'attendait.

Je lui ai souri.

Par habitude.

Puis j'ai laissé tomber le sourire.

Et dans ce moment-là, tout est devenu trop calme.

Je ne savais pas combien de temps j'ai passé comme ça.

À fixer le vide.

À respirer lentement.

À me demander pourquoi tout semblait toujours si lourd une fois seule.

Je me suis levée finalement pour fermer les rideaux.

Et en revenant vers le miroir, une pensée m'a traversée.

Quelque chose changeait.

Pas dans la maison.

 Pas dans la soirée.

Mais ailleurs.

Comme une tension invisible dans l'air, que je ne pouvais pas encore nommer.

On m'a dit plus tard qu'il s'appelait Gabriel. 

  

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