La pluie avait toujours eu une façon bien à elle de tomber sur Vancouver.
Elle ne s'écrasait jamais vraiment contre les vitres. Elle glissait. Doucement. Presque timidement, comme si elle avait peur de déranger. Elle traçait des lignes fines sur le verre, brouillant les lumières de la ville, les voitures qui passaient au loin, les silhouettes pressées sous leurs capuches et les cafés encore ouverts malgré l'heure matinale.
Éléa Desrosiers aimait ce genre de matin.
Ceux où le ciel semblait hésiter entre le gris et le bleu. Ceux où la ville avait l'air encore endormie, enveloppée dans une brume légère, avec cette odeur d'asphalte mouillé et de café chaud qui se mélangeait à l'air froid. Ceux où personne n'attendait rien d'elle, du moins pas encore.
Assise près de la fenêtre de sa petite chambre, un genou replié contre elle, Éléa tenait une tasse fumante entre ses mains. Elle ne buvait pas vraiment. Elle laissait simplement la chaleur lui réchauffer les doigts pendant qu'elle regardait dehors.
Son appartement n'était pas grand. Un deux-pièces lumineux qu'elle partageait avec sa meilleure amie, dans un quartier animé de Vancouver, assez proche de l'université pour qu'elle puisse parfois s'y rendre à pied, quand elle avait le courage d'affronter la pluie. Il y avait des livres partout, des vestes posées sur des chaises, des tote bags suspendus près de l'entrée, et sur le mur près de son bureau, une accumulation de photos, d'articles imprimés, de cartes postales et de petits souvenirs qu'elle refusait de jeter.
Son coin à elle était facile à reconnaître.
Un ordinateur toujours ouvert. Trois carnets empilés. Des stylos noirs. Une vieille écharpe bleu marine. Quelques magazines sportifs. Et, au-dessus, une phrase écrite sur un post-it pâle, un peu gondolé par le temps :
Raconter ce que les autres ne voient pas.
Éléa l'avait écrite un soir de décembre, après un cours qui l'avait bouleversée plus qu'elle ne voulait l'admettre. Son professeur leur avait demandé pourquoi ils voulaient devenir journalistes. Pas une réponse préparée. Pas une phrase jolie pour impressionner la classe. Une vraie raison.
Certains avaient parlé d'adrénaline. D'interviews. De voyages. De célébrités. De grandes compétitions.
Éléa, elle, n'avait rien dit pendant longtemps.
Puis elle avait murmuré :
— Parce que les gens regardent souvent le résultat, mais jamais tout ce qu'il y a derrière.
Depuis ce jour-là, elle savait qu'elle était au bon endroit.
Le journalisme sportif n'était pas seulement une manière d'approcher le sport. Pas pour elle. C'était une manière de comprendre les êtres humains. Les sacrifices silencieux. Les rêves trop grands pour des épaules encore jeunes. Les défaites qu'on cache derrière un sourire. La solitude des vestiaires après une victoire. La pression de devenir quelqu'un avant même de savoir qui on est vraiment.
Peut-être que c'était pour ça qu'elle avait toujours été attirée par les histoires de sportifs.
Pas par les trophées.
Par les fissures.
Un bruit sourd retentit derrière sa porte, suivi d'un grognement étouffé.
Éléa tourna la tête, les sourcils légèrement froncés.
— Zoé ?
Un second bruit se fit entendre, puis la voix de sa colocataire traversa l'appartement.
— Je vais bien !
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You are here (Connor Bedard)
FanfictionÉléa Desrosiers a passé une partie de son adolescence à regarder Connor Bedard de loin. Lui, le garçon déjà promis à la glace, aux projecteurs et aux rêves trop grands. Elle, la fille discrète dans les couloirs, celle qui écrivait dans ses carnets e...
