Chapitre 1 - L'écho des pas dans l'escalier

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Ce n'était qu'une boîte parmi d'autres, pourtant elle pesait comme si elle contenait bien plus que des livres et quelques objets emballés à la hâte.

Miyu la tenait contre sa poitrine, les doigts enfoncés dans le carton, et elle sentait le bord s'imprimer dans ses paumes avec une précision presque douloureuse — cette arête vive qui mord la chair sans la couper, juste assez pour qu'on se souvienne qu'on est vivant. Le soleil de cette fin d'après-midi lui chauffait la nuque, une chaleur épaisse, presque collante, qui ne correspondait pas à la saison. La sueur traçait un chemin lent derrière son oreille, jusque dans le col de son chemisier. Elle ne l'essuya pas. La sensation physique avait quelque chose de simple, d'incontestable, qui l'empêchait de dériver trop loin dans ce qu'elle n'avait pas envie de penser.

Devant elle, l'immeuble se tenait dans la lumière déclinante comme une phrase sans adjectifs. Façade grise, lignes droites, balcons étroits où rien ne dépassait — ni plantes, ni vélos, ni traces de vie domestique. Aucun charme. Aucune laideur non plus. Une architecture de passage, anonyme et fonctionnelle, de celles qui abritent des existences provisoires ou définitives sans jamais chercher à les retenir.

Exactement ce qu'il me faut.

La pensée traversa son esprit sans s'y attarder. Elle ne s'offrait pas de ces phrases trop pleines, trop définitives, où l'on prétend savoir ce que l'on veut. Mais en restant là, immobile devant le seuil, elle prit conscience d'une chose étrange : elle n'avait pas envie de faire demi-tour. Pas envie de vérifier si quelqu'un l'appelait depuis la rue. Pas envie de laisser son regard dériver vers la direction d'où elle venait. Cette absence d'hésitation était presque une émotion en soi. La première depuis longtemps qui ne ressemblait ni à de la résignation ni à de la fuite. Peut-être à de l'espoir — mais un espoir si discret, si peu habitué à être convoqué, qu'elle ne le reconnut pas.

Derrière elle, le camion de déménagement finissait de se garer le long du trottoir. Les deux hommes de la compagnie étaient déjà en train d'ouvrir les portes arrière, leurs voix mêlées au grincement des gonds et au cliquetis des sangles qu'on défait.

L'un d'eux s'approcha, un inventaire à la main.

« C'est bien le deuxième étage ? Parce que l'escalier est pas bien large, faudra qu'on fasse plusieurs voyages. »

Miyu tourna la tête vers lui sans vraiment le voir — elle enregistra un visage quelconque, des épaules larges, un stylo coincé derrière l'oreille.

« Oui. Deuxième. Porte de gauche en sortant de l'escalier.

— Y a un ascenseur ?

— Non. »

L'homme soupira — un soupir professionnel, résigné sans être désagréable. « Bon, on va s'y mettre. Vous voulez qu'on commence par les meubles lourds ?

— Comme vous préférez. »

Elle répondait sans réfléchir, le ton poli mais distant, ce ton qu'elle avait perfectionné au fil des années pour que personne ne se sente autorisé à poser plus de questions. L'homme hocha la tête et retourna vers le camion en criant quelque chose à son collègue.

Miyu resta encore une seconde devant l'immeuble. Le vent fit claquer une porte quelque part dans les étages. Le bruit résonna dans la cage d'escalier comme une sommation discrète. Elle inspira un grand coup — l'air sentait la poussière de chantier et les feuilles mortes — puis elle franchit le seuil.

Le hall était étroit, mal éclairé, avec ce carrelage beige qu'on pose dans les immeubles sans caractère parce qu'il est bon marché et qu'il ne se salit pas trop vite. Ses pas résonnèrent contre le sol avec une ampleur qu'elle n'avait pas prévue — chaque chaussure frappant la céramique avec cette netteté un peu trop grande des espaces vides, comme si le bâtiment entier retenait sa respiration pour l'écouter avancer. Sur sa gauche, une rangée de boîtes aux lettres alignées comme des bouches closes. Sur sa droite, l'escalier montait en colimaçon, la peinture de la rampe écaillée par endroits, laissant apparaître un métal sombre en dessous.

Kakashi x oc ( Miyu) Stories to obsess over. Discover now