C'est bien vrai que l'ennui peut faire
Parler à tort et à travers.
Recherchez donc la distraction
Mais conservez votre attention !
Plutôt que de rire de moi,
Ecoutez, à travers ma voix,
Le récit que je livre ici.
Un roi, en proie aux noirs soucis
Bien qu'il eût tout conquis : le trône,
La gloire et l'or sur sa personne,
S'ennuyait d'un tourment figé.
Et je précise, en aparté,
Qu'il n'est pire douleur pour l'âme
Que d'avoir tout (et c'est infâme)
Avec l'envie d'y renoncer !
Notre roi, donc, broyant du noir
Du matin jusqu'à tard le soir,
Dans son lointain royaume immense,
Languissait, sans trop d'espérance
Le jour où il s'amuserait
Et à l'aria s'arracherait.
On promit donc pour récompense
La fortune par l'abondance
A qui rendrait rire et gaîté
Au souverain désabusé.
Un an passa. Rien ni personne
Ne coupa le fil monotone
Liant le roi au noir tracas.
Un visiteur se présenta
Pourtant un jour. Et ce jeune homme,
Acceptez donc que je le nomme
(Il disait s'appeler Sissa),
S'approcha du suzerain las
Avec sous le bras un coffret.
Il lui dit : « Votre majesté,
J'ai là de quoi vous satisfaire,
Moi qui sais quel mal solitaire
Tourmente à ce point votre humeur
Que votre joie de vivre en meurt ».
Il déplia sa mystérieuse
Surprise. L'attente fiévreuse
Accrue l'espoir et l'anxiété
Su monarque fort excité.
C'était un jeu, d'ailleurs fort beau,
Sculpté en bois de noyer, au
Plateau composé de soixante-quatre cases,
Sur lequel évoluent deux armées, où s'embrase
La combustible agitation,
Pour rendre ses mortes passions
A celui qui, revigoré,
En oubliait de gouverner.
Les règles apprises, ils firent des parties
Que le roi, par manque d'expérience, perdit.
« Quel est ce jeu » ? « Echec ! » lui dit
Alors son hôte au ton ourdi.
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Les flambeaux
PoetryUn recueil de poèmes de ma composition écrits en vers... pour lesquels je revendique une liberté de plume. Je m'engage à poursuivre quiconque utiliserait ces textes sans mon accord.
