"Mélissa, tu rentres au château". Mon cœur bat la chamade ; je n'ai jamais autant tout donné, jamais autant versé de moi dans une prestation que ce que j'ai fait lors de "Formidable". J'avais tellement peur, mais j'ai pensé à toi, à notre équipe bleue, au "on s'en fout" qu'on a érigé en mantra, et j'ai tout lâché pour n'avoir aucun regret. Quand j'ai eu fini de chanter, j'étais fière de moi et je savais que quelle que soit l'issue je n'aurais pas pu faire mieux que ce que j'avais donné. Alors quand je me suis retrouvée face aux autres qui devaient choisir entre Noah et moi, je n'ai regardé que toi. J'ai vu tes yeux pleins de larmes et j'ai compris que tu avais pleuré pour moi, toi qui ne pleures jamais, toi qui m'as dit un jour que tu avais l'impression que tu étais cassée car tu ne savais pas exprimer tes émotions en public. Je t'ai vue croiser discrètement les doigts pour que je sois sauvée avant que ce ne soit à ton tour de choisir, je sais que tu détestes ces moments, et comme je te comprends... Alors quand Nikos me dit que je rentre, je ne suis pas surprise que tes bras soient les premiers autour de moi. Tout le monde réconforte Noah et c'est bien normal, mais toi tu viens me voir tout de suite et c'est cette évidence plus que mon sauvetage in extremis qui me fait trembler. Trois semaines de château ensemble, c'est si peu mais ça semble être une éternité et je ne sais déjà pas comment j'y aurais survécu sans toi, ma petite Ambre, superstar qui s'ignore encore un peu, grande artiste et immense personne. On se serre fort fort fort, on s'échange un regard, on sait, le soulagement est aussi immense que l'a été la peur.
Le trajet du retour semble infini. Lily aussi est heureuse que je sois restée, Jeanne s'excuse de ne pas avoir voté pour moi alors que je ne lui en veux pas une seule seconde, toute la team bleue me congratule, tous les autres aussi. Mon cœur est rempli de joie et je me laisse tomber sur le siège, à tes côtés. Tu parles peu ce soir, mais ton sourire me dit ce que j'ai besoin de savoir. "Sois plus jamais nommée, c'était horrible ce stress.". Tu me chuchotes ça dans l'oreille comme un secret, comme si tu ne voulais pas qu'on partage, pas parce que tu nous caches mais parce que tu nous gardes comme un trésor. On est comme dans une bulle, toutes les deux, au beau milieu d'un bus rempli. Je sais que les gens le remarquent. Ils voient que quand on est ensemble on n'a même pas besoin de parler pour comprendre ce que l'autre veut dire. Je crois que je n'ai jamais eu une amie comme toi et pourtant des amis j'en ai eu des tas. Des bons, des mauvais, des temporaires, des permanents, mais jamais d'Ambre. Au fond, c'est ça qui m'intrigue le plus, et je suis en train de penser à ça alors qu'on me parle de tous les côtés. Reprends-toi Mélissa, il faut remercier tout le monde, sourire aux autres, répondre aux questions de Karima. Tu me prends la main et le temps s'arrête. J'aimerais pouvoir commander à mon cœur qui bat bien trop vite d'arrêter son cinéma mais je ne peux pas, même lui a compris que tu es spéciale. "Tu m'as fait pleurer." "Parce que c'était beau ou parce que t'étais triste ma chichi ?". Tu me lances un sourire énigmatique et tu plonges tes yeux dans les miens comme si la réponse s'y trouvait et que je devais juste l'y chercher. A la place, j'y trouve les vestiges de tes larmes versées par ma faute et je ne peux pas m'empêcher de te prendre dans mes bras.
"Visiblement tu détestes pas les câlins de tout le monde, Ambre !". C'est Lily qui nous interrompt pour faire sa petite blague habituelle. Elle adore nous rappeler que je suis l'exception à à peu près toutes les règles que tu as un jour énoncées. Tu détestes les câlins (sauf les miens), tu ne sais pas gérer les interactions physiques avec d'autres humains (sauf moi), tu n'aimes pas être toujours avec quelqu'un (sauf moi), tu ne portes pas les vêtements des autres (sauf les miens). Lily en rigole mais je sais qu'au fond elle est un peu jalouse de notre lien. Je ne peux même pas lui en vouloir, si je nous voyais je serais jalouse aussi. Je lui tire la langue et j'en profite pour te serrer encore un peu plus fort. Je teste, et au lieu de te débattre tu me fais très discrètement un bisou sur la joue avant de t'éloigner un peu. Mes bras sont toujours autour de ta taille et je me rends compte que c'est ridicule à quel point je suis accrochée à toi donc je te lâche à regret. Tout s'enchaîne, on arrive, on sort du car, il y a des sushis et j'enregistre le sourire immense sur ton visage à la vue des california maki pendant que je me délecte des brochettes boeuf fromage un peu tièdes. Petit discours pour remercier tout le monde de m'avoir sauvée, j'ai vraiment trouvé une famille, et puis tu prends ma main, encore. Je me rassois, je garde ta main, tu ne la reprends pas, c'est notre équilibre. Je sens des regards un peu trop insistants, je te lâche et je m'occupe autrement, pour ne plus penser que tes doigts me manquent, pour ne plus trop réfléchir à toi, à ton énigme, à ton évidence.
Pourtant, j'en avais construit des barrières. Autour de mon cœur, autour de ma vie, autour de moi-même. Elles étaient bien hautes et solides, bien pleines de barbelés pour éviter l'accident. La musique m'avait quittée et je l'avais enfermée dehors à double, triple, quadruple tour. J'avais décidé que ce ne serait pas pour moi, j'étais sûre de tirer un trait sur cet aspect-là de ma vie. Et puis il y a eu ce message inattendu, ces auditions que j'ai passées dans le plus grand secret, et le miracle. Le jour du résultat, je me souviens avoir pleuré, beaucoup, avec ma famille et avec mes amis, et on avait commencé à faire des plans sur la comète. "J'espère que dans le château tu seras comme dehors, je regarderai tous les jours juste pour vérifier." Eva n'a que 8 ans et elle ne réalise pas qu'elle a défini mon aventure. Je suis Mélissa, mais je suis aussi la grande sœur d'une petite fille qui m'admire et que je ne peux pas décevoir. Depuis le début, même si je ne crois pas à une victoire ou à quoi que ce soit d'autre, je fais de mon mieux pour qu'elle soit fière de qui je suis. Je travaille, je ris, j'avance. Je trébuche, je me bats, je grandis. Au téléphone, Eva me dit qu'elle regarde tout ce que je fais tous les jours. Elle retient les noms de mes amis. Elle adore Lily, Bastiaan, Noah, Victor, Léa, tout le monde. Elle t'adore toi, aussi. Elle maintient que je suis toujours sa chanteuse préférée du monde entier. 16 autres personnes dans ce château et pourtant c'est à toi et à toi seule que j'ai parlé d'elle dans tous ses détails. 16 autres personnes dans ce château, et pourtant c'est à moi et à moi seule que tu as parlé de ton père. On a échangé nos secrets dès la première semaine, dans le foyer, ma tête sur ton épaule. Sans larmes, sans effusion, juste sincères, juste nous. Mon plan c'est d'être moi, de rallumer la flamme de ma musique, d'aller au moins jusqu'à la tournée. Ton plan c'est de foncer, d'aller au bout, de gagner. Notre plan c'est d'être là l'une pour l'autre. C'était pas prévu au programme, mais on a changé le programme.
Il est très tard maintenant. On a lu la lettre de Noah, touchante et précise, les caméras sont enfin éteintes et les lumières aussi. Dans le secret des heures tranquilles, tu es assise sur ton lit, les jambes en tailleur, emmitouflée dans le pull que je t'ai prêté. Je n'ose pas te déranger, je t'observe depuis mon lit. Nos regards se croisent et tu tapes doucement le matelas à côté de toi pour que je te rejoigne. Toutes les nuits, on parle ensemble sur ton lit jusqu'à ce que l'une de nous tombe de fatigue. Toutes les nuits, on chuchote et on espère que les autres dorment profondément pour que la nuit soit le seul témoin de nos confidences. Je m'installe à côté de toi, à ma place. On parle de tout et de rien, tu me racontes que tu as eu envie d'éternuer pendant toute l'ouverture, je te raconte que je ressentais la panique jusqu'au fond de ma gorge pendant ma chanson. "J'ai de la chance de t'avoir." Je te reconnais bien là, ma spécialiste des déclarations dramatiques de but en blanc. "Et moi donc...". Je ne le dis pas juste pour être polie, mais parce que la réciproque est vraie. Et je ne peux pas en rester là, j'ai besoin de te dire combien tu comptes. La nuit nous protège, comme toujours, et elle me donne le courage de surenchérir. "Tu es très importante pour moi, tu sais, et je m'y attendais pas.". Je t'observe, j'essaye de te lire mais dans le noir c'est compliqué. Tu m'ouvres tes bras, c'est tendre et sincère et tu chuchotes. "Je m'attendais pas à toi non plus, mais on se lâche plus hein ?". Je me blottis contre toi, j'entends ton coeur battre, régulier, rassurant. "Promis.". Je m'assoupis dans tes bras et ma dernière pensée avant de sombrer c'est que de tout ce qui m'aurait manqué si j'étais partie ce soir, nos moments volés après l'extinction des feux auraient été ceux dont l'absence m'aurait le plus coûté.
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whether you're broke or evergreen
FanfictionMélissa, Ambre, deux jeunes artistes dont les chemins se croisent à la Star Academy pour ne plus jamais se séparer. L'objet d'une fanfiction est de raconter une histoire inventée. Certains détails sont similaires à la réalité mais il est clair que l...
