PROLOGUE

3 2 0
                                        







L'empire de Rome est sur le déclin

Les frontières s'effondrent

Gaulois, Francs, Burgondes et Celtes règnent sur les terres conquises

De nouvelles cités jaillissent de la terre

De nouvelles traditions, langues et lois circulent,

et de nouveaux Dieux.

Un monde s'écroule pour laisser la place à un nouveau car une chose ne peut être stoppée :

la marche du Destin.

Poursuivant ainsi une course effrénée vers l'inconnu, cette zone d'ombre où, parfois, surgissent les pires démons.












     C'était la première fois qu'il voyait des morts. Ils étaient entassés comme des sacs de grain sur le côté d'une grande fosse . Et sans doute garderai-t-il en mémoire ces visages émaciés aux regards vides et leurs corps meurtris par le fléau de la peste. Quelques hommes, le visage recouvert d'un voile et les mains bandés les balançaient avec plus ou moins de précaution. Et une fois que la besogne fut terminée, le prêtre fit quelques pas et lança quelques gouttes d'eau bénite dans la fosse, l'enfant vit remuer ses lèvres mais il n'entendait pas ce qu'il disait à causes des pleurs d'une femme tombée à genoux prés de lui. Quand le prêtre eut terminé de dire ses prières, il s'éloigna et un des hommes s'avança lancer sur les corps une torche qui tomba en soulevant un nuage de braises.
Le feu ne semblait d'ailleurs pas prendre, il ne subsistait qu'une mèche tremblante et pendant ce court instant, ce fut comme si le temps venait de s'arrêter. L'enfant et les autres habitants scrutaient ce morceau de bois en silence comme si c'était l'objet de leur consolation. Puis dans une légère brise d'air, une nuée de braises s'échappa contre les vêtements de laine, une flamme prit forme péniblement, elle rampa sur le vêtement et rongea peu à peu tout ce qui était sur son passage.
" C'est pour détruire le Mal" lui avait répondu sa mère quand il avait demandé pourquoi on les brûlait. Rapidement, sous les yeux ébahis de l'enfant, ce qui était au départ une flamme fébrile se transforma en une grande masse informe se mouvant au gré du vent et répandant une forte chaleur alors qu'il se tenait assez éloigné.
C'était la première fois aussi qu'il assistait à un bûcher.
" SOYEZ MAUDITS" ! tonna une voix qui surprit l'assemblée. L'enfant, apeuré, chercha du regard d'où elle pouvait bien provenir mais à peine eut-il le temps de se retourner qu'il fut saisi par dessous les bras par sa mère, prise d'une soudaine terreur.
Il l'entendit crier aux autres de fuir.
" Brûlez avec eux chrétiens !!" fit une autre voix tandis que la peur gagnait les habitants et provoquait un élan d'agitation que l'enfant ne comprenait pas. Il était secoué dans les bras de sa mère qui s'éloignait du brasier. Il perçut toutefois des hommes armés qui surgirent de nulle part brandissant fourches et glaives. Des cris et des pleurs assaillirent ces oreilles alors que des hommes étaient abattus et certains précipités dans les flammes . Le monde entier était un chaos sans nom tandis qu'il était ballotté, les bras passés autour du cou de sa mère, le seul endroit où il se sentait en sécurité. Rien ne pouvait l'atteindre ici.

      Mais elle tomba à genoux dans la terre humide. L'enfant sentit qu'elle le serrait encore plus fort. Pourquoi ne se relevait-elle pas ? Il appela pour qu'elle se relève. Il ne voulait pas rester ici. Il avait si peur.
Alors il vit cette silhouette massive, marchant d'un pas assuré, tenant une hache rongé par la rouille, une haine noire transpirant de ses yeux tandis que derrière lui le feu se répandait sur les toitures des maisons emportant dans son sillage tout ce qui fut le seul monde qu'il avait connu. Avec pour dernière pensée que le Feu était censé, comme lui avait dit sa mère " détruire le Mal". Alors pourquoi les condamnait-il eux ? Puis il ferma les paupières, délaissant tout ce qu'il ne pouvait pas comprendre et resta blotti dans la chaleur de sa mère qui le serrait toujours dans ses bras malgré les deux flèches plantées dans le dos. Il sentait sa respiration contre sa poitrine. Lente. Très lente... avant un dernier soupir.
" Brûler en enfer bande de traîtres" fut la dernière parole qu'il entendit.

Quand il ouvrit les yeux , elle avait toujours sa main dans la sienne. Mais elle était froide et il eut un peu de mal à s'en défaire et il n'avait plus peur maintenant. Mais il pleurait. Il voulait rester avec elle mais il se sentait tout engourdi , alors il s'écarta en la regardant. Elle avait les yeux ouverts. Comme certains qu'il avait vu avant qu'ils soient jetés dans la fosse. Les larmes lui brouillant la vue, il sentait toutefois une forte odeur de cramé et se mit à tousser à cause de la fumée qui s'élevait partout dans les airs. Entre quelques sanglots, il reprit son courage, se saisit des deux mains de la première flèche et tira de toutes ses forces et tomba en arrière lorsqu'il réussit à l'extirper. Il prit une profonde inspiration et s'occupa de la seconde non sans moins d'efforts. Et délicatement, il coucha sa maman sur le dos. Il ne voulait pas qu'elle reste comme ça. Il demeura là, auprès d'elle, entre les ruines et les cendres. De ses petites mains, il se saisit du petit pendentif en forme de croix que portait tout le temps sa mère et fit comme il l'avait bien souvent vu faire lorsqu'elle s'agenouillait près de l'autel. N'était pas ce pas ce qu'ils faisaient tous ? Prier pour qu'on vienne les sauver ? Elle le lui disait souvent, son père aussi. Alors il pria ce Dieu qui jamais ne vint.

MALEDICTISWhere stories live. Discover now