La lune brillait alors que dehors, la pluie battait son plein. Mes livres étaient étalés sur mon bureau, une feuille négligemment posée devant moi et un stylo en main, je ne pouvais m'empêcher de regarder à travers la fenêtre qui se trouvait juste devant moi. J'ai toujours trouvé la pluie fascinante. Des milliers de petites gouttes, toutes uniques, toutes imparfaitement parfaites, qui, toutes ensemble, créent cette vue à couper le souffle. J'ai souvent pensé que c'était une jolie métaphore de la société ; nous sommes tous différents, sublimes à notre manière, mais quand on travaille ensemble, le monde est curieusement encore plus beau. J'étais peut-être un peu trop optimiste, mais j'ai été élevé de manière à ne jamais voir le mal dans une personne avant d'avoir fait l'effort d'apprendre à la connaître.
Le bruit de quelqu'un frappant sur le bois de la porte me sortit de mes pensées. Ma mère se tenait dans l'encadrement de ma chambre avec une expression qui me fit frissonner. Je sentis un malaise s'installer dans la pièce ; je l'avais déjà vu agir de cette façon, et à chaque fois une mauvaise nouvelle en était la raison. Elle s'assit au pied de mon lit sans me quitter des yeux et je pris position à côté d'elle. Son visage affichait toujours le plus minime des sourires, comme si le simple but de ce dernier était de me narguer. "Mon chat," sa voix douce cachait une hésitation à peine perceptible et ses mains commencèrent à trembler. "La maman de Stella a appelé..." Mon cœur s'est arrêté et des larmes ont commencé à me monter aux yeux. Non, s'il vous plaît. Ma mère remarqua à quel point la mention de ce prénom m'affectait déjà, mais elle continua malgré tout. " ...son corps a été retrouvé flottant dans la rivière ; ils ont retrouvé une boîte de médicaments dans sa poche. On pense qu'elle s'est suicidée." Ses bras s'enroulèrent autour de moi à la seconde où elle eut fini sa phrase. Mes joues devinrent humides à cause des larmes que je n'arrivais plus à retenir. Je ne pouvais pas y croire, mon amie, ma meilleure amie n'était plus de ce monde. Nous sommes restés là un bon moment, ma mère essayant de me réconforter du mieux qu'elle pouvait et moi pleurant toutes les larmes de mon corps, puis elle me laissa un peu d'espace pour que je puisse digérer la nouvelle et me faire à cette triste réalité. Quelques minutes plus tard, je sentis la fatigue m'emporter ; j'étais épuisé, tout me faisait mal, je voulais juste que tout s'arrête.
Le lendemain matin, mes yeux étaient bouffis comme si j'avais continué de pleurer dans mon sommeil. J'étais encore exténué et j'avais un mal de tête atroce. Je n'avais pas envie de me lever, je voulais rester dans mon lit à déprimer, alors c'est ce que j'ai fait. Ma mère n'est pas venue me voir avant midi, une boîte de pizza en main, pour me demander si j'avais faim. Aucun mot ne sortit de ma bouche, elle décida donc de poser la nourriture sur ma table de nuit avant de retourner vaquer à ses occupations. Je tournai légèrement la tête pour observer le carton. C'était sa pizza préférée. La même que l'on commandait durant nos soirées pyjamas interminables ou lors de nos après-midis films. Je sentis que les larmes montaient à nouveau. Non, je ne voulais pas pleurer ; j'avais besoin de me changer les idées. Je me levai nonchalamment et enfilai un t-shirt bleu et un jean noir posé au sol avant de me brosser les dents, de mettre mes chaussures noires et de sortir de chez moi. Où allais-je ? Je n'en avais aucune idée mais j'allais bien finir quelque part.
J'eus l'impression d'avoir marché pendant des heures jusqu'au moment où je réalisai enfin où je me trouvais. On pourrait croire que la maison qui se dressait devant moi n'avait accueilli personne depuis au moins une décennie. L'herbe ne semblait pas avoir été tondue récemment et un arbre dans le jardin n'était pas loin de tomber. Je montai les trois marches pour atteindre le palier et frappai à la porte. À l'intérieur, des bruits de verre lointains et des cris d'hommes se faisaient entendre. Lorsque quelqu'un ouvrit enfin la porte, une odeur nauséabonde me monta aux narines, l'odeur de l'alcool. Le père de Stella se tenait devant moi, ses pupilles étaient dilatées ; il était clairement saoul. "St'lla n'pas là." Marmonna-t-il. "Je sais, je-" Il me claqua la porte en pleine tête. Je mis plusieurs minutes avant de me remettre du choc initial et de finir par arpenter de nouveau les rues. Cette fois j'arrêtai de marcher à l'instant où mon cerveau enregistra enfin le bruit du courant, mon cœur commença à battre la chamade tandis que je fixais la rivière, la même qui a enlevé mon amie. La tristesse que je ressentais quelques instants auparavant se transforma en colère, j'avais envie de crier mais quelque chose me disait de m'approcher. Je m'avançais de plus en plus près. Je ne réalisai seulement ce que je faisais alors que mes pieds étaient déjà submergés, mais cela n'avait aucune importance. Je continuai de progresser jusqu'à ce que je ne puisse plus toucher le fond. Puis, je plongeai la tête sous l'eau. J'étais entouré par ce liquide transparent, celui qui m'avait toujours fasciné, et encore davantage maintenant qu'il occupait l'entièreté de ce qu'il m'était possible de voir. Je fermai les yeux. Peut-être qu'elle l'avait ressenti aussi ; ce calme. Je voudrais rester là pour toujours. Je resterai là pour toujours.
YOU ARE READING
Par-delà la rivière
Science FictionElio viens de perdre sa meilleure amie, Stella, à cause de la chose qu'il trouve la plus belle au monde, l'eau. Le lendemain il visite la rivière qui lui a retiré Stella et se retrouve à l'hôpital dans un corps qui n'est pas le sien. Il va devoir ap...
