Chapitre 1- le mensonge

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Noelya

​Les fêtes de Noël, chaque année, c'est la même rengaine. Les conversations qui se répètent inlassablement et, surtout, les questions auxquelles je n'échappe jamais.

« Tu n'as toujours pas trouvé quelqu'un, Noelya ? Tu sais, ton horloge biologique tourne ! »

Ma mère a ouvert le bal hier soir, au téléphone. Un galop d'essai avant le grand jour. Le classique de ma vie ! Ton faussement bienveillant, reproches soigneusement dissimulés derrière un sourire que je devine déjà. Elle me dira probablement que si je suis encore célibataire, c'est parce que je suis trop exigeante.

Ou trop indépendante.

Ou trop occupée.

Et continuera la liste de mes défauts aussi longue que le menu de Noël.

Sans compter Tante Anna, qui une fois de plus, déballera sur la table, au milieu du chapon et des marrons, le grand drame de mon existence. Elle rappellera en soupirant à quel point j'ai été aveugle, et comment j'ai pu partager ma vie avec un homme qui menait une double vie dans mon dos sans m'en rendre compte. Et oui, le genre de trahison qui vous fait revoir les trois dernières années de votre vie avec la sensation désagréable d'avoir été figurante dans votre propre histoire.

Sa sensibilité à fleur de peau la fera finir en larmes, s'essuyant avec une serviette en papier à motifs kitsch de Noël.

Oncle Jean, lui, répondra que c'est probablement cette humiliation qui m'a rendue homosexuelle et que j'hésite à faire mon coming-out !

C'est drôle, comme tout le monde peut trouver quelque chose à dire quand il s'agit de la vie des autres. Surtout quand on a été la dernière au courant de son propre naufrage amoureux.

« Tu finiras bien par rencontrer quelqu'un de mieux, Noelya. »

Oui bien sûr ! Comme si trouver quelqu'un de mieux était aussi simple que remplacer une paire de chaussures usées.

Je repose mon téléphone sur la table de la cuisine, encore chaud de l'appel de ma mère, et je regarde par la fenêtre les Parisiens qui pressent le pas sous la bruine, chargés de sacs et de guirlandes, déjà happés par la course aux cadeaux.

Pas cette année.

Cette fois, j'ai orchestré un prétendu voyage d'affaires. Un mensonge inventé de toutes pièces, mais j'ai besoin d'échapper à cet océan de questions. Je refuse d'affronter leurs regards pleins de pitié une année de plus.

L'idée d'un Noël loin de la pression familiale, de leurs regards, de leurs jugements, est une véritable libération. Mais la culpabilité reste là, quelque part au creux de mon estomac.

Fuir, c'est facile. Affronter la réalité, c'est une autre histoire.

Mais peu importe. Je ne supporte plus cette pression qui se glisse entre les conversations polies et les sourires forcés. J'ai besoin de me retrouver seule.

Ce matin, j'ai bouclé mes valises.

Tout est prêt. J'ai loué un superbe chalet haut de gamme à la montagne. Je vérifie une dernière fois que je n'ai rien oublié.

Téléphone ? Dans ma poche.

Chargeur ? Dans le sac.

Appareil photo ? Dans son étui.

Brosse à dents ?

Probablement quelque part sous une montagne de vêtements.

Et sans oublier mon fidèle compagnon, Blue, qui, lui, ne pose aucune question et qui m'observe du siège passager, ses yeux débordant de cette affection silencieuse qu'il sait si bien transmettre.

Un regard de pur amour, sans jugement, sans attente. Enfin, si, une seule : celle que je prenne enfin le volant.

Je monte dans la voiture, puis démarre le moteur.

Un dernier regard dans le rétroviseur.

Paris s'éloigne.

Allez hop, c'est parti !

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