La pluie ne tombait pas, elle fouettait les vitres du manoir avec la régularité d’un métronome détraqué.
C’était un son qu’Elara avait toujours trouvé apaisant, une berceuse liquide qui isolait sa famille du reste du monde mais ce soir le bruit de l’eau contre le verre ressemblait à des ongles grattant la surface d’un cercueil.
Elara, quinze ans, les mains tremblantes tenait une feuille de papier jaunie.
Elle se tenait au milieu du bureau de son père, une pièce interdite qui sentait le vieux cuir et le tabac froid, la lumière de l'orage filtrant à travers les rideaux lourds éclairait par intermittence le document qu'elle venait d'extraire d'un double fond, caché derrière une rangée d'encyclopédies médicales.
Ce n'était pas un journal intime ni une lettre d'amour.
C'était un avis de recherche daté d'il y a treize ans, la photo montrait un bébé aux yeux vairons, un œil bleu, un œil vert.
Elara ferma les paupières, sentant la nausée monter en une vague acide.
Elle rouvrit les yeux et se tourna vers le miroir rococo accroché au mur, son reflet la fixa, un œil bleu, un œil vert.
"Non..."
souffla-t-elle, le mot mourant dans sa gorge sèche.
Le nom sur l'avis n'était pas Elara Vance. C'était Sophie D.. et les parents qui pleuraient sur la photo en bas de page n'étaient pas ceux qui dormaient à l'étage au-dessus ni ceux qui lui préparaient ses tartines le matin avec des sourires bienveillants.
Marc et Julia Vance, ses parents, ses héros, étaient des kidnappeurs d'enfants.
Le plancher du couloir craqua, le son pourtant minime, résonna comme un coup de feu dans le silence de la bibliothèque. Elara se figea, le cœur battant si fort qu'elle avait l'impression que ses côtes allaient se briser.
Elle fourra précipitamment le papier dans sa poche de jean, ses doigts manquant de le déchirer.
Elle remit le livre en place, lissa son pull, et tenta de calmer sa respiration qui sifflait entre ses dents.
La poignée de la porte tourna lentement, le laiton grinça.
La porte s'ouvrit sur Julia, sa mère.
Julia était une femme d'une beauté froide, aux cheveux tirés en un chignon impeccable, elle portait un tablier immaculé contrastant avec l'obscurité du couloir.
"Elara ? Chérie ? Qu'est-ce que tu fais ici ?"
demanda Julia.
Sa voix était douce, sucrée comme du miel, mais ses yeux scannaient la pièce avec la précision d'un radar.
Elara força ses lèvres à s'étirer en un sourire. Elle avait l'impression que son visage était fait de plâtre.
"Je... je cherchais le livre de biologie pour mon exposé, maman. Je pensais qu'il était peut-être ici."
Julia entra dans la pièce, elle ne marchait pas, on avait l'impression qu'elle glissait.
Elle s'approcha d'Elara, posa une main sur son épaule, la main était chaude, maternelle, c'était terrifiant.
"Tu sais que ton père n'aime pas qu'on vienne ici, Elara. C'est son sanctuaire."
"Je sais, je suis désolée. Je ne le trouvais pas dans ma chambre."
Julia la fixa, un sourire figé aux lèvres.
Le silence s'étira, lourd, pesant et pendant une seconde Elara crut voir quelque chose vaciller dans le regard de sa mère, une lueur de suspicion pure, animale.
"Tu trembles, chérie. Tu as froid ?"
"C'est l'orage, mentit Elara. Le tonnerre m'a surprise."
Julia resserra sa prise sur l'épaule de sa "fille", juste un peu trop fort, les ongles s'enfoncèrent légèrement dans la chair à travers la laine du pull.
"Descends dîner Léo t'attend, il a faim et tu sais comme ton frère devient... irritable quand il a faim."
Une vague de terreur nouvelle submergea Elara.
Si elle avait été enlevée... Léo aussi ?
Ce petit garçon de dix ans, si frêle, si intelligent, était-il lui aussi une victime de ces monstres ?
Elle devait le protéger, elle devait faire semblant, pour eux deux.
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La Vérité Ensevelie
ActionIls lui ont appris à parler, à aimer mais aujourd'hui elle sait qu'ils lui ont tout volé. À quinze ans, l'univers d'Elara bascule en une fraction de seconde. Une découverte fortuite transforme sa maison familiale, cocon chaleureux, en une prison do...
