Chapitre 1 - Souvenir d'un vœu d'enfance

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Souvenir d'un vœu d'enfance

Je devais avoir six ans.
À cet âge, le monde semblait simple : les adultes savaient tout, les monstres vivaient sous les lits, et les promesses avaient encore la saveur du miel.
Je vivais alors à Tinémérisse, un petit village caché entre les collines et les champs d'iris. C'est là que j'ai rencontré Zol pour la première fois.

Il était resté auprès de mon grand-père plus de trente ans, disait-on.
On racontait qu'il n'était pas vraiment humain. Un génie, selon certains ; une malédiction, selon d'autres.
Moi, je voyais simplement un homme silencieux, vêtu d'un manteau trop long, le regard toujours tourné vers les nuages.

Quand mon grand-père mourut, Zol resta au village encore quelques jours.
Il parlait peu.
Je me souviens l'avoir aperçu discuter avec mon oncle, puis avec ma tante. Personne ne voulait de lui.
Même mon père, d'ordinaire si généreux, lui ferma la porte.
Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde semblait le craindre. Les adultes disaient qu'il « abritait un monstre ».
Mais à six ans, ce genre de phrase sonne comme une aventure, pas comme un avertissement.

Alors je suis allé le voir.

Il préparait ses affaires, prêt à partir.
Je ne me rappelle plus exactement ses premiers mots, mais je me souviens de sa voix — grave, lointaine, comme si elle résonnait dans une caverne.

Je lui ai demandé ce que mon grand-père lui avait demandé.
Il m'a regardé un long moment, puis a répondu simplement :

« Ton grand-père ? Il m'a demandé de le suivre pendant ses voyages. »

Je ne comprenais pas.
Pour moi, un vœu devait être quelque chose de grand : de l'or, une maison, un miracle.
Alors je lui ai demandé pourquoi personne ne voulait de ses services.
Il a souri, mais je sentais qu'il pesait ses mots, comme un forgeron qui vérifie la solidité du métal.
Je me suis dit que peut-être, ses vœux avaient un prix trop élevé.
Mais grand-père n'était pas riche, alors... quelle pouvait être la règle ?

C'est alors qu'il m'a posé la question :

« Et toi, petit, quel vœu souhaiterais-tu ? »

Je me souviens du vent qui s'est mis à souffler, soulevant la poussière autour de nous.
Deux idées me vinrent aussitôt à l'esprit : devenir magicien, ou grandir dans une autre époque.
Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi la seconde.
Peut-être parce qu'à cet âge, le monde me semblait trop petit pour mes rêves.

« Grandir dans une autre époque. » ai-je dit.

Il a ri.

« Et bien voilà un drôle de vœu. »

J'ai haussé les épaules.
C'était ce que je désirais le plus, sans vraiment savoir ce que cela voulait dire.
Puis, presque sans réfléchir, j'ai ajouté :

« J'aimerais que tu veilles sur moi, comme tu as veillé sur grand-père. »

Un long silence a suivi.
Je me rappelle les cigales, le clapotis de la rivière, et la lumière dorée du soir.
Puis il a dit d'une voix lente :

« J'accepte... mais à une condition. »

J'avais retenu mon souffle, prêt à entendre une somme d'or ou une épreuve impossible.
Mais il n'a rien demandé de tout cela.
Il s'est approché, son ombre s'étendant sur le sol, et a murmuré :

« Je veillerai sur toi, sur ta famille, sur ton sang. Mais si un jour... »

Le vent s'est levé, emportant la fin de la phrase.
Je n'ai jamais su ce qu'il avait dit.

J'ai accepté sans hésiter. À six ans, « vendre son âme » ne veut rien dire.
Ce n'est qu'en grandissant que j'ai compris ce que ce jour-là avait vraiment marqué.
Et parfois, quand le vent souffle fort autour de ma maison,
j'ai l'impression d'entendre, très loin, la suite de sa phrase.


Un simple marchandStories to obsess over. Discover now