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Un manoir hanté

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Je suis une marginale. Une simple ombre dans la nuit, un coup de vent dans les feuilles. J'habite où je veux quand je veux. Mon métier? On va dire que j'effectue des missions contre rémunération. Cela fait d'ailleurs un mois que je suis sur l'une d'entre elle. Je suis en planque dans un village perdu au milieu de la forêt. Je passe mes journées à écouter les habitants parler, assise à une table dans un coin sombre de l'auberge.

Les années 1950 ne sont pas tendres avec les femmes et je n'ai aucune envie de montrer mon visage. Je me contente de me noyer dans la masse, vêtue d'un par-dessus élimé gris et d'un chapeau en tweed dont les bords permettent de conserver mon anonymat.

Personne ne doit se douter que je suis venue ici pour mettre fin à la vie de la femme vivant dans le manoir non loin. Je peux vous dire que les rumeurs vont bon train et que, d'après les habitants, cette femme serait maudite.
Qu'importe les racontars d'ivrogne, je suis grassement payée par mon commanditaire. J'ai déjà obtenu un petit pécule au cours de ma carrière mais ce coup-ci, je pourrais prendre ma retraite sans risque.

J'ai déjà fait quelques repérages de rigueur aux alentours du manoir mais, à part quelques fissures dans les murs, l'ensemble est bien entretenu. Il n'est pas difficile de s'introduire à l'intérieur et j'ai le luxe d'en choisir l'entrée: porte de service, fenêtre, balcon ou... Grande porte. J'ai toujours fais preuve de prudence et de discrétion, qualité qui m'ont valu le surnom de "fantôme". J'exécute, efficacement mes missions, brutalement le plus souvent, mais sans jamais laisser de trace de ma présence. Je n'ai de toute manière plus d'empreintes digitales, les ayant brûlé avant le début de ma carrière.

Pour être brève, me voilà prête à exécuter ma dernière mission en tant que tueuse à gages. Je pourrais alors raccrocher mon costume de fantôme.

De retour dans ma planque, je soulève une botte de paille révélant une fissure dans un mur. je regarde à gauche et à droite, vérifiant que personne ne voit ma manœuvre puis plonge ma main à l'intérieur. Je saisis l'objet métallique et le tire vivement puis l'accroche sous mon manteau. Le doux poids d'une arme à feu contre mon flanc me rassure immédiatement. Je compte également sur mes dagues qui sont dissimulées sur différentes parties de mon corps: une dans mes bottes, une seconde plaquée le long de mon bras droit et une dernière à la ceinture, visible. Cette dernière est destinée à tromper mon adversaire qui croit à tort qu'il s'agit de ma seule arme blanche.

Équipée, je me dirige au manoir alors que les derniers rayons du soleil percent la canopée de la forêt. Une légère brise vient agiter mes vêtements. Je respire à plein poumon l'air frais. Un léger sourire en coin se dessine sur mes lèvres et je sens mon esprit se préparer à l'assaut.

Arrivée à hauteur du manoir, je remarque que la fenêtre du balcon est ouverte. Durant tous mes repérages, celle-ci demeurait fermée. Je décide de me fier à mon instinct et de me diriger vers la porte de service pour la crocheter. Une fois à l'intérieur je suis envahie par une douce odeur de cuisine. Je me trouve dans un cellier empli de victuailles. Je passe ma tête en dehors de la pièce et mon regard est immédiatement attiré par les immenses lustres éclairant d'une lumière crue la cuisine. Si les cuisines sont si éclairées, je me doute que l'ensemble du manoir est ainsi. Les zones d'ombres, mes précieuses cachettes, sont limitées.

Je décide tout de même de sortir silencieusement du cellier. J'avance, cachée mais aucun bruit ne me signale une présence. Je sors de la salle et, au sortir d'un couloir, tombe sur l'entrée principale du manoir. Ma mâchoire se décroche devant le faste de la décoration. Les rumeurs étaient donc fondées, la femme vivant en ces lieux est immensément riche.

Je décide de monter au premier étage, là où la fenêtre était ouverte. Ce côté-ci du manoir est plus sombre et je distingue nettement une lumière provenant d'une porte entrouverte. Je jubile en imaginant la tête de l'occupante des lieux en me voyant débarquer. Je regarde par l'entrebâillement et je vois effectivement une forme assise dans un fauteuil face à une cheminée. Malheureusement je ne peux voir que son bras posé sur l'accoudoir.

Le manoir de l'éternitéStories to obsess over. Discover now