We've updated our Content Guidelines.
Review the latest guidelines to keep sharing stories safely.

Chapitre 1

163 7 0
                                        

Femme de poigne. Voila comment on me définit.

Bien que nous vivions au XXIᵉ siècle, j'estime que la vie est un drôle de combat. Surtout pour la gente féminine.

Dans mon cas, mes parents ont gravé ceci en moi :"Tu ne seras jamais acceptée pour ce que tu es, si tu n'es pas parfaite. Surtout dans notre milieu."

C'est une pensée qui peut être néfaste si on ne la comprend pas. Un traumatisme qui vous ronge si on ne le combat pas. Un sentiment épouvantable si on ne se développe pas.

Aujourd'hui, je leur donne raison. Depuis ma prise en main des affaires familiales, cette réflexion est devenue une vérité. Mais on m'avait bien préparée à cela. École privée de la maternelle jusqu'à mes études supérieures, inscription dans trois sports différents : la natation, le tennis et le self-défense. Et pour parfaire le tout, des années au conservatoire pour apprendre le violon, la harpe et le piano.

J'étais, comme ma mère aimait le dire,"une miss parfaite", bien que, au fond, je ne le sois pas.

Et là-dessus, j'avais raison.

À ce jour, je signe chez mon avocat pour la vente de ma société. 116,3 millions de dollars. Une excellente affaire. Une vente qui pourrait être perçue comme un succès. Mais à mes yeux, elle représente un échec. J'avais réussi à maintenir cette entreprise pendant près de six ans. Un exploit. Mais à quel prix ?

Une entreprise familiale, solide depuis les années 60, qui, aujourd'hui, n'est plus entre les mains des Burrows. Cette compagnie a eu raison de moi et de ma santé. Elle a pris trop de ma vie, trop de mon temps, trop de mon souffle.

J'étais encore si jeune, si fraîche, si... vierge. Et pourquoi ? Pour elle. Pour tout ce qu'elle m'offrait : l'argent, le pouvoir, le statut, la réussite. Tout cela parce que ma vie avait été bâtie pour que la perfection coule dans mes veines, comme une évidence, comme une injonction.

Mais aujourd'hui, c'est terminé. Je veux autre chose. J'aspire à quelque chose de nouveau.

— Signez et paraphez les 37 pages, s'il vous plaît, Mademoiselle Burrows, me dit Monsieur Banks, l'air contrarié.

À cet instant précis, il me regarde, immobile, tandis que je m'apprête à vendre le "gros bébé" de mes parents. Assurée en apparence, je fais ce qu'on attend de moi. Je signe les documents, même si un nœud tenace s'installe au creux de mon estomac. Pourtant, comme toujours, je garde mon masque : aucun éclat d'émotion ne traverse mon visage.

Je tends calmement les papiers à mon avocat avant de serrer froidement la main de l'acheteur.

— Prenez-en soin... et faites fortune, dis-je avec un sourire mince avant de retrouver mon expression neutre.

Je regarde une dernière fois Monsieur Arnold Banks avant de tourner les talons. Je m'échappe rapidement du cabinet pour rejoindre ma voiture. Et une fois à l'intérieur de l'habitacle, j'inspire profondément et expire lentement. Tout de même frustrée, je démarre le véhicule pour me rendre à mon appartement, situé à 20 minutes du cabinet.

Le trajet me semble interminable. Je ne me suis jamais sentie aussi perdue. Je venais de signer la vente d'une entreprise qui était dans ma famille depuis plus de 50 ans. J'avais l'impression d'avoir commis un sacrilège !

Non, Isolde ! Tu as bien fait ! Pense à toi. La voix dans ma tête résonne comme un mantra.

Une fois arrivée devant mon building, je descends de ma voiture, ferme la portière d'un geste précis et avance vers le hall. Mes talons claquent sur le bitume, chaque pas est affirmé. Comme toujours, je marche avec assurance : une démarche maîtrisée et élégante. Dans les reflets des portes vitrées, je distingue ma silhouette. Longues jambes, jupe crayon épousant mes courbes effacées, chemise parfaitement ajustée.

Le Flamboiement CarméliteStories to obsess over. Discover now