Cette histoire, notre histoire, se passe dans les années 10, 1910 pour être tout à fait exact. Le monde est en proie à l'insurrection de leurs dirigeants, se faisant renverser d'année en année au profit d'États et de gouvernements qui paraissent mieux cadrés. Matami, un simple paysan qui travaillait son champ comme à son habitude, avait la vie difficile, comme beaucoup d'autres habitants de son pays. Son dirigeant, Enzo, est tout à fait strict : il impose un couvre-feu à partir de 20h27 précisément. Si ce dernier n'est pas respecté, alors il est préférable de ne pas se faire attraper, car une lourde répression attend les personnes qui désobéissent à cet ordre. Un jour d'octobre, la traditionnelle Invitation citoyenne est organisée : il s'agit d'une sélection aléatoire d'un citoyen et d'une citoyenne du pays, invités pendant l'espace de 24h à vivre, manger, faire des activités et dormir au palais présidentiel du président. Cette journée a été instaurée pour que les habitants se rattachent à une envie, les poussant à travailler plus, mais sans nécessairement gagner plus.
Matami se rendit comme à son habitude devant sa boîte aux lettres et fut surpris d'y trouver une enveloppe provenant directement du palais présidentiel de l'ETA, le pays où il vit. Il s'empressa de l'ouvrir avec un sentiment de peur, croyant qu'il s'agissait d'une convocation à la peine capitale, étant donné qu'il n'avait pas respecté le couvre-feu de la nuit dernière, rentrant chez lui avec 3 minutes de retard. Il finit d'ouvrir la lettre et en sortit le papier qui contenait une invitation pour la journée du citoyen. Il s'empressa de mettre ses plus beaux habits : une chemise rouge, avec un pantalon noir, un manteau noir aux parures dorées, une tenue qui appartenait à son grand-père et qu'il s'était procurée en faisant du troc. Notre ami avait à peine mis un pied hors de son domicile qu'une voiture luxueuse s'arrêta à sa porte et l'invita à monter à bord. Il y avait déjà à l'intérieur la citoyenne Marina, ayant été la citoyenne sélectionnée par l'ETA. Matami monta sans hésiter et sans se douter encore que cette simple action allait bouleverser le monde entier.
Le voyage a duré 3h, les voici enfin arrivés devant le palais de notre président bien-aimé. Enzo les accueillit à la grille de sa demeure avec fanfare, foule, tapis rouge et orchestre pour célébrer comme il se doit cet évènement annuel unique en son genre. Matami y découvrit la cuisine, l'espace jeux, le dortoir des domestiques, la bibliothèque, le salon, la salle de massage, le bureau présidentiel, le studio où sont tournées les différentes prises de parole du chef d'État.
Une fois la visite terminée, il était déjà 13h32. Il était désormais l'heure de passer à table et, pour ça, nos invités ne sont pas exclus. Ils ont droit à tout : homard, huîtres, bœuf de Kobe, plats en sauce de différentes provenances, différents alcools et breuvages qu'ils n'auraient jamais eu les moyens, même avec dix vies, de se procurer. Ils se croyaient au paradis et dévoraient ce repas comme s'ils n'avaient pas mangé depuis une semaine (ce qui, en soi, est plutôt réaliste, étant donné que les denrées alimentaires se font rares).
Une fois qu'ils avaient le ventre plein, c'était le moment de pratiquer différentes activités au choix : débats, jeux de société, lectures, tricot, films, spectacles humoristiques et bien d'autres. Enzo était, lui, sur le balcon de son bureau, contemplant l'horizon. Matami passait dans les parages et le président interrompit sa course.
- Vois-tu, mon brave, le peuple de l'ETA est le plus fidèle, car nous avons recours à des méthodes uniques pour l'apprivoiser.
Matami s'interrompit et alluma un appareil permettant de réaliser un enregistrement audio.
Enzo poursuivit :
- Je dompte ce pays comme personne et avec tous les moyens mis à disposition : espions, répressions, pillages... Ils pensent qu'il s'agit de crimes tiers, mais cela vient de nous. Ce peuple est un peuple de fainéants et de peureux, donc nous jouons de ça.
Matami coupa alors l'enregistrement et retourna dans ses quartiers, car il était désormais tard. Le retour en ville était prévu pour 4h08.
De retour en ville, notre ami devait se débrouiller pour regagner sa demeure, mais, étant déjà bien embêté par la situation, il décida de se rendre dans le bar le plus proche. Il se mit debout sur le comptoir et hurla :
- ARRÊTEZ TOUT ET ÉCOUTEZ !! NOTRE PRÉSIDENT MET SON PROPRE PEUPLE EN DANGER ET L'AVOUE !! J'EN AI FAIT UN ENREGISTREMENT AUDIO !!!
Il fit alors jouer ce qu'il avait enregistré.
Les habitants n'en croyaient pas leurs oreilles : c'était bien lui, la voix du président en personne, avouant ces atrocités. Dans le bar, l'atmosphère s'échauffa et les clients décidèrent de changer les choses.
Le lendemain, tout fut dit dans le journal illégal du pays, réputé pour publier des informations 100 % vraies.
Les habitants, apprenant la nouvelle, tournèrent leur regard vers le palais. Tous n'avaient plus qu'une seule idée en tête : faire tomber le régime à tout prix.
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Le Matamisme
Historical FictionSuivez l'aventure de Matami, un paysans banal du 20em siècle propulsé au commande d'une Nation naissante des flammes de la révolution. Découvrez alliances, accord, complot et conflits au fils de cette aventure.
