00 - Prologue

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On croit que les princesses vivent dans des palais.
Mais on ne parle jamais des barreaux dorés.
Ni des silences obligés.
Ni de l'odeur du luxe quand il devient étouffant.

Moi, j'ai grandi dans une cage de verre.
Belle. Brillante. Inattaquable.
Mais chaque reflet dans ces vitres me renvoie à la même vérité :
Je suis enfermée.

Tout autour de moi est parfait.
Le sol en marbre blanc, les rideaux en velours, les couverts en argent.
Des employés en uniforme qui baissent les yeux.
Des portes qui s'ouvrent et se ferment sans que je les touche.
Une vie trop douce.
Trop lisse.
Fausse.

Mon père veille sur moi. C'est ce qu'il dit.
Mais ce n'est pas de la protection. C'est du contrôle.
Les gardes, les caméras, les chauffeurs programmés, les appels filtrés...
Je suis surveillée 24h sur 24.

Il appelle ça l'amour d'un père.
Moi, j'appelle ça une dictature silencieuse.

Il est puissant. Intouchable.
Il sourit à la télévision, serre des mains, fait des discours.
Tout le monde l'admire.
Mais personne ne voit ce que je vois.
La noirceur dans ses yeux quand il n'est pas filmé.
Les ordres donnés froidement. Les regards qui figent.

Je suis sa fille. Son héritière.
Et son otage.

Je ne me souviens même plus de la dernière fois où j'ai fait un choix.
Un vrai. Un libre.
Je vis dans un monde où tout est prévu à l'avance : mes horaires, mes amies, mes vêtements, mes mots.
Même mes sourires sont programmés.

Mais parfois, quand tout le monde dort, je me lève.
J'ouvre doucement la fenêtre - même si l'alarme se déclenche dès qu'elle bouge.
Je regarde les lumières de la ville.
Je rêve.
Je rêve de m'enfuir.
De courir sans me retourner.
De crier sans être punie.
De tomber amoureuse d'un inconnu sans que son nom soit vérifié par mes gardes.

Mais ce ne sont que des rêves.
Et je me réveille toujours dans le même lit, avec les mêmes chaînes invisibles autour du cou.

Je fais semblant.
Je souris.
Je joue le rôle de la fille parfaite.
Je porte des robes que je n'ai pas choisies.
Je mange ce qu'on me sert.
Je parle quand on m'autorise à parler.

Mais au fond de moi...
Quelque chose s'éteint.
Un peu plus chaque jour.
Un peu plus chaque nuit.

Et puis il est arrivé.

Sans bruit.
Sans présentation.
Un nouveau chauffeur.
Un visage inconnu.

Je l'ai vu pour la première fois un mardi matin, sous la pluie.
Il portait des gants noirs et un regard qu'on ne peut pas oublier.
Pas un mot. Pas un sourire.
Juste ce regard.
Froid. Brûlant. Contradictoire.

Il ne m'a pas ouvert la portière.
Il ne m'a pas souhaité bonjour.
Il m'a simplement observée.
Comme si j'étais un problème.
Ou une proie.

Et à ce moment-là, j'ai su.
Ce n'était pas un simple chauffeur.

Il ne m'a pas vue comme les autres me voient.
Pas comme la fille de...
Pas comme une princesse.
Pas comme une poupée de luxe.

Non.
Il m'a regardée comme si... il savait.
Comme s'il voyait à travers mes mensonges.
À travers ma cage.
À travers mes faiblesses.

Il ne venait pas pour m'aimer.
Il ne venait pas pour me sauver.
Il ne venait pas pour servir.

Il venait pour me briser.

Et moi...
J'ai senti mon cœur battre plus fort.
Pas de peur.
Mais d'attirance.
D'instinct.
D'avertissement.

Je ne connaissais pas encore son nom.
Mais ce jour-là, ma chute avait déjà commencé.

Diavolo RossoTahanan ng mga kuwento. Tumuklas ngayon