Il faisait froid ce soir-là.
Pas le froid mordant de l’hiver, mais celui, plus cruel encore, d’une ville indifférente. Les néons clignotaient sur les façades des clubs huppés, les vitrines de luxe reflétaient les silhouettes pressées. Rumi avançait lentement, serrant sa veste usée contre elle, ses longs cheveux violets tressée collés à son visage par la bruine.
Elle avait fui. Encore. Un sac sur l’épaule, des vêtements trop légers pour la saison, et ce regard… ce regard qui ne disait pas tout, mais laissait deviner l’enfer.
Rumi était d’une beauté rare. Presque irréelle. Une beauté qui dérangeait, qui attirait et déroutait en même temps. Des yeux sombres, profonds, comme deux gouffres silencieux. Une bouche trop douce pour un monde aussi dur. Et une démarche fière, malgré la fatigue, malgré les cicatrices qu’elle cachait sous ses vêtements.
Elle s’arrêta devant un bâtiment noir aux vitres teintées, éclairé par une enseigne discrète : “The Velvet Room”.
Elle n’avait pas de CV. Aucune référence. Rien d’autre que cette idée stupide : “Ils cherchent des hôtesses. Je peux le faire. Juste assez pour survivre.”
Elle entra.
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Intérieur – The Velvet Room
La chaleur lui frappa le visage. Tout sentait l’argent, le cuir, la luxure maîtrisée. Des fauteuils en velours rouge, des rideaux épais, une musique lente, presque sensuelle.
Et lui.
Au fond de la pièce, sur une mezzanine privée, un homme l’observait.
Il ne bougeait pas. Il était assis, jambes croisées, un verre à la main. Costume noir parfaitement taillé, montre hors de prix, regard coupant comme une lame. Froid. Intouchable.
Jinu.
Le maître des lieux. Chef de l’ombre. Tout le monde le craignait ici, mais personne ne connaissait vraiment son visage. Ce soir, il était là. Et il l’avait vue.
Il n’aurait jamais dû la remarquer. Elle n’était qu’une fille de plus. Mais il y avait ce quelque chose.
Cette beauté presque indécente. Et ce vide dans ses yeux.
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« Vous êtes perdue ? »
La voix était neutre. Presque glacée. Elle venait de sa droite, d’un homme en costume qui se tenait près de l’entrée, oreillette discrète à l’oreille. Sûrement un des gardes.
Rumi hocha la tête.
« On m’a dit que vous recrutiez. Pour... hôtesse de salle. »
Le regard du garde descendit le long de son corps, s’attarda un instant sur sa tresse violette, longue et lourde, presque irréelle dans ce décor. Elle sentit le jugement. Mais pas la luxure. Il hésita, puis glissa un mot à son oreillette. Quelques secondes passèrent.
« Suivez-moi. »
Elle n’eut pas le temps de réfléchir. Elle marcha. Chaque pas faisait résonner ses bottes abîmées sur le marbre. Elle savait qu’elle ne ressemblait pas aux autres femmes qui travaillaient ici. Elle était plus jeune. Plus... étrange. Mais elle n’avait pas le choix.
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Mezzanine privée – Quelques minutes plus tard
La pièce était plongée dans une semi-pénombre. Un parfum de cuir et de whisky imprégnait l’air. Il était là. Assis, toujours immobile. Son visage ne trahissait rien.
Elle s’arrêta à trois mètres de lui.
Ses yeux s’étaient posés sur elle. Pas sur ses courbes. Pas sur sa peau. Sur sa tresse. Puis sur ses yeux. Directement. Comme s’il lisait ce qu’elle avait vécu, sans la moindre émotion.
Il finit par parler.
« Tu n’as pas le profil. »
Sa voix était basse. Contrôlée. Aucune chaleur.
Rumi ne baissa pas les yeux.
« Je peux apprendre. »
Il haussa à peine un sourcil. Il ne s’attendait pas à ça. Elle n’avait ni arrogance, ni peur dans la voix. Juste... une détermination étrange, presque désespérée.
Il se leva.
Grand. Élégant. Une aura sombre et dangereuse. Il s’approcha, lentement, sans la toucher.
Il s’arrêta à quelques centimètres.
« Tu caches quelque chose. »
Rumi sentit son cœur s’arrêter une seconde. Elle inspira, doucement.
« Et vous ? »
Silence.
Un battement. Deux.
Un éclat presque imperceptible passa dans le regard de Jinu. Puis, il se détourna.
« On verra si tu tiens une semaine. Demande ton uniforme à l’accueil. »
Et il sortit.
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Rumi resta figée. Elle venait d’entrer dans un monde qu’elle ne connaissait pas. Elle venait de croiser un homme dont elle ne savait rien, mais qui... déjà, la perturbait.
Et lui, en descendant les marches, les mains dans les poches, pensa malgré lui :
Cette fille va foutre le bordel.
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Obsession Interdite
Novela JuvenilRumi pensait savoir ce qu'était l'amour... jusqu'à ce qu'elle tombe entre les mains de deux hommes que tout oppose. Jinu, mystérieux et solitaire, l'attire comme un aimant. Il incarne le danger, la passion brute, et un passé qu'elle tente d'oublier ...
