- OUVREZ LA PASSE !!
Dans un vacarme assourdissant de métal et d'éclatement de stalactites, le pont roulant s'extirpe des remparts d'Íshöllin et s'étant par-dessus l'Aven-des-Prieurs. Un gouffre de plus de six-cents mètres de large pour deux kilomètres de long, bordé de parois abruptes faites d'une roche noire et aussi lisse que de la glace polie. Une chute dans ce gouffre serait irrémédiablement mortelle et l'âme en serait à jamais perdu dans les bas-fond. Pourtant, ce n'est que derrière cet à-pic que l'on a érigé le manoir d'Íshöllin.
Perdu dans la montagne, cette demeure ne possède qu'un seul et unique accès terrestre. Accès que ce fastidieux pont roulant s'efforce de former avec lenteur. Ses rails de roulement, encastrées directement dans la roche et les deux treuils tractant la traverse, grincent sous son poids colossale. L'entièreté de l'assemblage souffre sous l'effort, mais la machinerie tient bon au-dessus du vide, permettant ainsi à une luxurieuse diligence de poursuivre sa route vers le manoir.
Les quatre chevaux trépignent, ne supportent que très peu le gémissement des rouages et la sensation du métal froid sous leur sabots. Néanmoins, deux légers coups de fouet les contraint à surmonter les désagrément.
La voiture franchis le pont avec lenteur, s'avance sur le Sentier-sans-Soleil, serpente entre les gigantesques flancs des montagnes tandis qu'à l'ordre du passeur, le pont roulant se rétracte dans un raffut encore plus tonitruant qu'à son déploiement.
Un kilomètre plus loin, le manoir d'Íshöllin se dresse fièrement en monarque gothique, s'étirant à fleur de falaise, poussant ses quatre tourelles, toute regroupée dans le coin nord-est, vers le ciel. Par moment, leurs têtes pointues et enneigées se mêlent aux nuages, quand ceux-ci daignent s'abaisser à leur niveau. Vêtu de granite, à l'exception de ses toitures d'ardoises noires et de ses rebords de fenêtre de même couleur, la demeure se fond majestueusement dans la montagne. Un trait culturel particulier chez les montagnards de Findjör.
La diligence dépasse le portail laissé grand-ouvert pour son arrivée. Elle roule encore une dizaine de mètres et s'arrête aux abords d'une fontaine dont le jet d'eau est complètement gelé par l'hiver.
Du haut de sa chambre, au sommet de sa tourelle Maxwell Silverlön, fièrement assit sur un rebord de fenêtre, observe le cocher sauter de son perchoir, trottiner maladroitement jusqu'à la portière qu'il ouvre et fait descendre ses voyageurs, ou plutôt son unique voyageuse : une vielle femme vêtue d'une longue robe bouffante rouge et d'un mantelet noire valant probablement une petite fortune.
- La Marieuse royale est là, annonce Maxwell à son frère ainé, assit dans un fauteuil. Pas trop angoissé?
Celui-ci lui répond sans prendre la peine de lever les yeux de son livres :
- J'aimerai mieux être mort...
En bas, la vielle dame trébuche en essayant de descendre de la voiture. Elle en dispute le pauvre cochet qui ne peut qu'accepter son châtiment grotesque.
Maxwell saute de son perchoir. Lentement, il s'approche de son frère ainé, passe en arrière du fauteuil et empoigne sournoisement les épaules d'Hugo pour vivement les secouer.
- Oh allez! Ça va bien se passer.
- Puis-je te rappeler que ce n'est pas à toi qu'incombe le devoir maritale ?
- Puis-je te rappeler que tu n'es en aucun cas obligé de parler comme cela en ma présence?
- Arrête tes bêtise. Ce n'est pas toi qui devras supporter les centaines de bals réception, salons mondains ou tous autres rendez-vous avec de nombreuses jeunes femmes qui auraient certainement beaucoup mieux à faire de leur vie.
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Le Palais des Dix
FantasyAu-delà de l'Aven-des-Prieurs, derrière les hauts remparts d'Íshöllin, tu sais que les évènements de ce soir marqueront à jamais le cours de ta vie... mais pas de la manière dont tu l'images.
