i. l'éclair dans le verre.

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il y a des jours où je n'ai plus de peau. juste une surface fragile, tendue comme du verre. transparente. froide. je la sens vibrer au moindre souffle, prête à se fendre pour une raison qui m'échappe.

les autres regardent à travers, tranquilles, comme on passe devant une vitrine. on me voit - ou on croit me voir - et puis on continue. parfois on s'arrête un instant pour commenter la couleur, la posture, le sourire. on ne cherche pas sous la surface. on se contente de l'éclat.

je ne sais plus très bien quand c'est arrivé. je devine un commencement : un matin où la pluie s'est mise à tomber de l'intérieur, sans nuage à l'horizon. quelques gouttes d'abord, puis une bruine qui n'a jamais su partir. peut-être que c'était avant, peut-être après. le temps se mêle aux sensations et perd son sens.

je souris encore. parfois. par habitude, par réflexe. la bouche s'entraîne à faire ce qu'on attend d'elle. et pourtant, à l'intérieur, il y a un bruit. un bruit qui n'appartient à rien d'externe, comme un orage contenu dans une boîte de conserve. ça gronde sans éclater. ça ronge sans laisser de traces visibles.

j'ai l'impression d'être exposée dans une boutique. on me touche à la surface : on effleure la manche, on ajuste la pose, on commente la coiffure. on admire ce qu'on voit, on retire la main. on applaudit l'objet exposé, pas le vivant derrière la vitre.

de l'autre côté, je me regarde. je cherche les fissures. elles sont là, minces, fines comme des cheveux. elles serpentent sous la transparence et forment un réseau que personne n'ose suivre du doigt. quand la lumière mord l'une d'elles, elle brûle un peu, comme un souvenir qui redevient présent.

il pleut en moi. pas des pluies violentes, non. une bruine sournoise, persistante, qui mouille sans trembler. c'est une météo qui ne change pas : ciel bas entre les côtes, nuage qui colle aux poumons. la pluie a sa propre inertie ; elle s'insinue dans les gestes, dans la façon de parler, dans la manière de regarder le monde.

je crois que j'ai peur du silence. ou peut-être que j'ai peur de ce que le silence révèle quand il s'installe : le bruit que fait cette bruine en moi, le clapotis intérieur qui devient trop présent quand tout s'arrête. le silence ne m'apaise pas, il écoute. et je n'aime pas quand on m'écoute avec tant d'attention.

parfois j'imagine ouvrir la vitrine. prendre les mains de ceux qui s'arrêtent, les tirer de l'autre côté, leur montrer les fissures, la pluie, les pièces cassées. mais la peur d'effrayer, la honte d'exposer la fragilité, retiennent mes doigts. alors je referme la bouche et je remets le sourire sur pilotage automatique.

il y a des nuits où la bruine devient mer. les gestes deviennent plus lourds, la voix se rétrécit, les mots coulent et coulent sans toucher de rive. je me réveille parfois avec le goût du sel sur les lèvres, sans savoir s'il vient des larmes ou d'un souvenir que j'ai mangé sans m'en rendre compte.

et puis, il y a ces moments volés où l'on m'effleure pour de vrai. pas la vitrine, moi. une main qui reste. un regard qui descend jusqu'aux fissures et ne s'enfuit pas. ces secondes-là valent tout. elles me rappellent que je ne suis pas seulement une image, que sous le verre il y a encore quelque chose qui respire.

alors je m'accroche à ces secondes. elles ne font pas disparaître la pluie, mais elles la rendent moins sourde. elles me donnent des points d'appui pour tenir la journée qui suit. et parfois, très rarement, elles permettent d'imaginer un ciel qui se déchire - pas pour faire sortir le soleil tout de suite, mais pour laisser passer un souffle qui change la direction de la bruine.

il pleut en moi.Stories to obsess over. Discover now