Neito et Hitoshi se sont rencontrés à la fac, presque par hasard. Du moins, c'est ce que Hitoshi a longtemps cru : ce n'était qu'un instant partagé à la bibliothèque, puis une discussion et ensuite des rires, des messages, des habitudes communes. Un...
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Son sang, chaud, bouillonnant, se répand en ruisseaux paresseux autour de lui, à même le bitume. Il forme déjà des constellations rouges sous ses tempes, dans le creux de ses paumes ouvertes, inertes. Et le monde, autour, vibre avec peine, comme le murmure d'une berceuse trop lente.
Le ciel est pâle. Peut-être l'aube, sûrement sa fin. Il ne comprend plus très bien. Tout devient flou ou peut-être que c'est flou qui devient tout ? Il cligne des yeux – une fois, deux fois, trois fois – tentant de rassembler les contours, de reconnaître les visages sans nom, d'attraper le chant lointain des sirènes.
Puis... plus rien.
oOo
Hitoshi Aizawa était plein de petites manies.
Le matin, à la machine à café du hall B, il tapotait toujours deux fois le bouton « cappuccino ». Jamais une, jamais trois, juste deux fois. Son doigt s'y posait avec cette régularité tranquille qui disait tout de ses rituels. Le gobelet en carton s'emplissait alors lentement de mousse amère et, sans même attendre qu'il refroidisse, il portait la boisson à ses lèvres, fronçait légèrement le nez à la première gorgée – trop amer, évidemment – puis ajoutait trois morceaux de sucre. Toujours trois. Rien n'était laissé au hasard, tout chez lui semblait réel selon un tempo silencieux que lui seul entendait.
Plus tard, en droit pénal, une demi-heure avant la pause-déjeuner, Hitoshi trouvait sa place au fond de l'amphi 204, toujours du côté droit, près de la fenêtre. Quand le cours s'étirait en longueur soporifique, il avait cette tendance à s'égarer, les yeux accrochés au ciel, bien au-delà de la vitre, comme s'il y cherchait quelque chose. Un refuge, peut-être. Et lorsque la voix du professeur redevenait perceptible à ses oreilles, il revenait brusquement à lui : la gomme de son crayon glissait entre ses doigts avant de la porter machinalement entre ses dents. Il mordillait, distrait, reprenait le fil ou, du moins, faisait semblant. Ses prunelles restaient toujours un peu floues jusqu'à la fin de la séance.
Puis venait la fin d'après-midi. La bibliothèque bruissait à peine, un halo doré glissant entre les rayonnages. Hitoshi s'installait à sa place habituelle, la troisième rangée en partant du fond, au bout, là où la lumière tamisée se faisait plus douce encore. Il ne s'asseyait jamais normalement : toujours semi-affalé, les coudes en étoile autour de ses livres, ses longues jambes étirées sous la table. Il prenait de la place. Une place qu'il remplissait tout entier, sans même y penser.
Quand il réfléchissait, sa main passait nerveusement dans ses cheveux violets. Lorsqu'un concept lui échappait, son pied battait frénétiquement contre le sol, en rythme avec la musique saturée dans ses écouteurs – souvent du Rammstein, soit disant passant. Et quand il comprenait, quand une idée s'agençait parfaitement dans son esprit, ses doigts frémissaient comme s'il allait frapper la table du plat de la main. Il se retenait toujours. Tout juste.