C'était une fin d'été comme les autres, avec cette lumière dorée qui fait tout paraître plus calme qu'il ne l'est vraiment. J'ai regardé les grilles de fer forgé de l'Université d'Ashborne s'ouvrir devant moi, aussi lourdes et majestueuses que tout ce que ce lieu représente : l'élite, la perfection, le poids des attentes.
Ashborne, c'est ce genre d'endroit qu'on ne rejoint pas par hasard. On y naît le plus souvent. On y est envoyé, parfois. Et dans de très rare cas, on s'y fait une place à la force du travail et du silence.
J'avais 24 ans. Ce n'était pas vraiment l'âge des débuts. Mais pour moi s'en était un.
J'avais commencé un cursus de psychologie à Oxford trois ans plus tôt. Et j'aurais dû le finir. J'aurais dû devenir celle qu'on attendait. Mais la vie ne suit pas les plans. Quelque chose s'est brisé. En moi, autour de moi. Et quand j'ai voulu recoller les morceaux, il ne restait plus que le silence.
Alors j'ai repris. Recommencé. Un double cursus cette fois – psychologie et littérature générale.
Ashborne m'avait acceptée. Sur dossier. Et peut-être un peu sur pitié.
Je suis arrivée seule. Sans parents, sans regard attendri. Juste ma valise et mes pensées.
L'université était d'une beauté presque irréelle : des bâtiments de pierre blanche, anciens, marqués par le temps ; des tourelles, des vitraux colorés, des escaliers en colimaçon. L'odeur de la pluie sur les pavés, et celle des livres oubliés. C'était majestueux, écrasant, presque trop grand pour moi.
Mais j'étais là. À Ashborne, il suffisait d'être brillante.
Pas entière.
Je remontais l'allée principale, tirant ma valise derrière moi. Les pavés grinçaient sous mes pas, et le silence était presque religieux. Ici, tout semblait figé dans une autre époque. Un gardien en uniforme m'avait indiqué le bâtiment réservé aux étudiants de troisième cycle, un ancien cloître rénové en internat. À Ashborne, tout le monde – étudiant comme professeurs- logeait sur place. C'était une tradition. Et une façon de garder l'élite sous cloche.
Le dortoir des femmes s'appelait Northgate Hall, une grande bâtisse couverte de lierre, aux vitres hautes et aux escaliers de pierre. Je trouvai ma chambre au deuxième étage. Numéro 214.
J'eus à peine le temps de frapper que la porte s'ouvrît brusquement.
- Tu dois être Rose ? lança une voix vive.
Une jeune femme m'apparut dans l'embrasure. Blonde, presque platine, les cheveux tirés en une queue de cheval soignée, les yeux bleu clair, pétillants. Mince, élancée, elle portait déjà l'uniforme officiel d'Ashborne : Une jupe plissée bleu nuit, une chemise blanche boutonnée jusqu'au col, et un blazer noir orné du blason de l'université – une rose de fer entrelacée d'épines.
Elle m'accueillit avec un grand sourire chaleureux.
- Je suis Lara ! Je suis trop contente qu'on soit coloc. Je viens d'arriver aussi, mais j'ai déjà tout installé. Tu veux de l'aide ?
Je hochai doucement la tête.
- Merci, c'est gentil.
- Oh, et t'inquiète pas, j'ai laissé le lit près de la fenêtre, c'est le plus joli.
Je pénétrai dans la chambre. Elle était simple mais élégante, avec des meubles en bois sombre, deux lits séparés par une grande bibliothèque, un bureau pour chacune, et une armoire commune. Les murs étaient d'un beige clair, les rideaux bleu nuit assortis à l'uniforme.
- Tu viens de Londres ? demanda Lara en posant ma valise près du lit.
- Non... plus du nord, disons. Yorkshire.
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BROKEN
RomanceAshborne. Une université d'élite, perdue dans la campagne anglaise. Un lieu où tout est beauté, silence, secrets. Rose, 24 ans, arrive à Ashborne avec une bourse et un passé qu'elle garde soigneusement enfoui. Discrète, résiliente, marquée par une p...
