Chapitre 1

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"- Eh ! T'aurais pu au moins attendre que j'étale la bâche !"

 Jules

Avril 2023

 Ce soir, en quittant le boulot, je décide de rentrer à pied. Je suis resté enfermé bien trop longtemps. Marcher me permet de réfléchir, de ralentir un peu et d'oublier quelques minute cette ville qui va beaucoup trop vite sans jamais s'arrêter. L'air est encore lourd malgré l'heure tardive. Les écrans publicitaires diffusent les recommandations sanitaires du gouvernement entre deux pubs pour des climatiseurs hors de prix : Hydratez-vous et limitez vos déplacements entre 12 heures et 22 heures. Comme tous les ans, depuis des années.

— Jules ! Attends-moi ! hurle Loïs qui vient de sauter trois marches pour me rejoindre plus vite.

Mon temps calme, mon repos et ma tranquillité s'envolent au moment même où j'entends sa voix.

Aucune envie de supporter sa présence, du coup je l'ignore.

Les yeux rivés vers le ciel, j'observe le coucher du soleil se noyer derrière le voile gris qui recouvre la ville. Même les couleurs sont ternes.

J'expire, pensif et lassé de cette vie, de cette époque, de tout.

Mon pied écrase un tract, le chiffonnement du papier me hérisse aussitôt les poils.

En 2023, où les villes sont des blocs de pierres et d'aciers, sans arbres, sans ombre naturelle. Juste du putain de béton, des poubelles métalliques et des types morts du cerveau pour jeter ses papelards au sol. Ce bout de papier fabriqué avec les derniers morceaux de sylve qu'on a pas encore massacrés.

On a brulé des hectares de forêts, aspiré l'essence de la terre, transformé le vivant en cendres, et malgré tout ça, y'a encore des déchets humains qui prennent une feuille, la froisse et la balance au sol comme si le monde était leur vide-ordure.

Je me baisse et le ramasse, il est encore chaud à cause du bitume brûlant.

Rapidement, mes yeux parcourent le titre imprimé en rouge :

NOUVEAU RECORD DE TEMPERATURES EN EUROPE.

Et ailleurs ?

Non ben non, voyons...

On voit que les ONG manifestent, que les scientifiques hurlent, que le gouvernement promet des mesures historiques « tous les trois mois ». Et eux, juste ils fabriquent des dépliants.

Un fou rire me prend face à l'ironie de ce message. Il indique que les saisons sont bouleversées, que les étés vont infliger des températures excessives, provoquant ainsi une sécheresse dévastatrice.

Les villes vont pas tarder à devenir des fournaises.

Quant aux hivers, ils se résumeront à des nuits interminables qui laisseront que très peu de place aux journées. Ainsi, le froid glacial et les tempêtes feront rage.

— Eh bien, quelle positivité ! je m'exclame, en haussant les épaules et levant les yeux au ciel.

Qu'est-ce qu'il vont encore inventer ‽

— Quoi ?

— Rien ! Le mot sort en roulant, sec et appuyé. Loïs cesse de me questionner.

Depuis mon arrivée à Paris, j'ai pu me faire une idée du monde dans lequel on vit grâce à l'accès aux informations.

Dix ans que les médias font miroiter de potentielles solutions.

Seulement, aucune d'entre elles fonctionne.

Les élus - jusqu'à ce que l'amour nous rapprocheDes histoires addictives. Découvrez maintenant