Chapitre 1 Julius

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Rome, capitale de l'Empire Romain d'Occident

Le dallage froid contre ma joue fut mon premier contact avec ma nouvelle réalité. Je soulevai ensuite les paupières et je reçus de plein fouet une lumière aveuglante. Aussitôt, j'eus l'impression que les rayons du soleil allaient faire éclater mon crâne.

Je gémis, puis je grognai et je me tournai de l'autre côté. Je distinguai les colonnes de marbre vert de ma nouvelle chambre, spacieuse, du Ludus d'or de Rome. C'était un rêve, c'était l'Olympe pour toute personne souhaitant consacrer sa vie au monde des gladiateurs. Pas pour moi.

J'aurais préféré rester dans l'armée, plutôt que de gérer des joutes destinées au spectacle, quitte à ne plus mettre les pieds sur une zone de combat. J'avais juste réussi à fêter les Saturnales avec mes hommes, avant de devoir les abandonner. Cette fête des lumières au cœur du jour le plus sombre de l'année, au solstice d'hiver, m'aida à garder un peu d'espoir. Pour supporter mon avenir, ou réussir à y échapper.

J'avais été blessé au crâne lors d'une échauffourée près de la frontière entre l'Égypte, codirigée par les deux empires, et deux de ses voisins, qui souhaitaient l'édification d'un barrage sur le Nil et d'un immense aqueduc très controversés, puisqu'ils priveraient d'eau une bonne partie des provinces égyptiennes et soudanaises. Je restai inconscient trois jours et dès mon réveil, je souffris de maux de tête aussi violents que courts, mais aussi d'éblouissements, plus longs, qui pouvaient s'avérer dangereux et mortels lors d'un combat. Réformé, sans aucune possibilité de rester militaire, je reçus aussitôt un appel de mon père, Valentinus Ravilla Vedius. Il avait été militaire avant moi et pourtant, il ne voulut pas m'écouter et tenter de me comprendre quand je commençai à fuir sa proposition. Dès qu'il avait été question de mon possible retrait de l'armée, il avait fait jouer ses relations pour que je remplace le laniste du Ludus d'or, qui venait de décéder. Mon père avait vite payé ma nouvelle charge, rendant mon refus impossible. Il avait tout calculé et bien manoeuvré, me laissant les Saturnales comme ultime délai avant de revenir à Rome.

Alors que j'avais tout de même trente-neuf ans, mon père avait tout décidé pour moi, afin que notre famille aristocratique continue de briller. En théorie, après avoir été déclaré inapte par la puissante armée romaine, j'avais le droit de disposer de moi-même et de choisir ma nouvelle vie. En théorie. En pratique, certaines choses ne changeraient jamais, et peu importait l'avancée et l'âge d'une civilisation.

Nous, Romains, avions coupé l'Empire en deux pour mieux le défendre. L'Empire d'Occident avait contenu les barbares de l'est. L'Empire d'Orient avait contenu les Ottomans. Les deux Empires avaient géré de graves crises sanitaires et climatiques. Les épidémies avaient permis à la médecine de progresser. Les mauvaises récoltes, liées au froid excessif ou au soleil voilé par les cendres d'un volcan, avaient poussé notre civilisation à trouver des solutions parallèles. Parfois, le peuple romain ou les provinces hors d'Italia avaient grondé, puis s'étaient apaisés face aux changements apportés par l'Empire, qui avait tout intérêt à ce que chaque partie apporte quelque chose à l'autre. Le Sénat avait toujours tenu bon et avait réfléchi à de nouvelles lois, modifiant ou supprimant ce qui n'allait plus. Et malgré toute cette évolution constante, on continuait ce jeu vieux comme le monde, celui du pouvoir, des influences et des apparences. Il n'en avait pas toujours été ainsi, mais il était désormais très bien vu qu'un aristocrate gère un ludus.

Alors la veille, en arrivant à Rome, j'avais pris une dernière bouffée de liberté et fait un doigt d'honneur momentané à ma nouvelle vie. Je m'étais fait déposer rue des Étrusques, où les établissements luxueux regorgeaient de prostitués des deux sexes. J'étais entré dans le premier venu, où j'avais délibérément bu de façon exagérée, tout en ignorant ceux et celles qui m'approchaient et me proposaient de monter dans leur chambre.

L'Aigle et la fleur d'oranger Des histoires addictives. Découvrez maintenant