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Il y avait deux briques de café posées devant Simonie. L'une était pour elle ; l'autre serait également pour elle, si Petra ne rappliquait pas vite fait. Les épaules voûtées et les jambes crispées malgré l'impesanteur, Simonie camouflait difficilement son air soucieux derrière sa frange sombre mal coupée. Les briques, elles, tenaient grâce à des crochets insérés dans le design du bar.

— La petite sœur ? demanda Francis, de l'autre côté du comptoir.

— Non, grogna Simonie. Une collègue.

— Tu prends le petit-déj avec tes collègues, toi ?

Il pouffa à sa blague : c'était le lot de tous les membres du Schune que de côtoyer jour et nuit ses collègues de travail.

Francis s'était harnaché dans son strapontin. Simonie avait remarqué que l'impesanteur lui courait régulièrement sur le haricot, bien que ce fût un outil pratique : il n'avait qu'à ouvrir un placard, tirer sur un tiroir et balancer une brique à la ronde pour servir ses clients. Pour débarrasser, l'équipage lui renvoyait la balle ; il avait même installé un panier de basket pour rendre la chose plus attractive. On avait connu plus difficile, comme service. Mais si Francis avait été embauché, c'était justement pour sa dextérité et son côté social. S'il n'avait plus besoin de slalomer entre les tables, comment exploiter son talent ? En bref, il boudait. Simonie savait que ça lui passerait, comme à chaque fois.

Elle jeta un œil à l'horloge du vaisseau : 4 h 30. La cantine était déserte ; Simonie avait choisi cet horaire exprès. À côté, un compte à rebours décomptait le temps qui les séparait du phénomène : 8 h 47.

— Punaise, soupira Simonie. Si elle ne se grouille pas, ma nuit va être vraiment courte.

Francis releva la tête de sa tablette :

— Mais c'est ton petit-déj que je dois te servir, ou ton dîner ? T'es de quel quart, ce soir ?

Simonie secoua la tête. À croire que, sur ce vaisseau, chacun avait sa propre horloge.

Elle rajusta le col rond de son maillot de corps dont le flottement effleurait sa peau abimée par les combinaisons, pendant ses nombreuses heures en sorties extravéhiculaires. Bon sang ! elle avait encore maigri. Sa nervosité balaya une énième fois la salle circulaire et privée de ses fenêtres. Elles étaient toutes couvertes depuis plusieurs jours : blindage antiradiation oblige.

C'était d'ailleurs la raison qui l'amenait ici. Simonie, ingénieure sécurité, vérifiait à chacun de ses quarts les relevés de radiations qui frappaient la coque blindée en minskelite de leur véhicule spatial. Le métal, d'apparence mauve, était un alliage unique découvert grâce à un nouveau minerai extrait sur un astéroïde du système solaire terrien. À la liste de ses nombreuses propriétés figuraient celles qui permettaient le voyage interstellaire, à vitesse supraluminique, et de protéger contre tous types de radiations.

Si la découverte datait de quelques siècles, la science du minage avait mis du temps à se parfaire. Ensuite, il avait fallu inventer une manière de forger inédite, puis des méthodes d'assemblage en dehors de la gravité terrestre. Sans compter que la navigation de ce type de véhicule n'était maîtrisée que depuis quelques décennies. Oui, les pertes humaines avaient été conséquentes et traumatisantes.

Avec l'équipage du M.-H. Schune, la routine s'était installée : on traquait les objets qui contenaient le minerai de base, on les pointait pour les futurs extracteurs, puis on avançait au suivant, dans l'espoir de remonter à son origine ; pourquoi pas une ceinture d'astéroïde ou une planète. C'était chercher une aiguille dans une pelote de laine, mais, en science, on aimait jouer avec les cordes.

Gerbe cosmique (oneshot)Stories to obsess over. Discover now