1. Le cercueil de verre.

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Je savais que je n'avais pas rêvé. J'avais vu cette jeune fille, de mon âge, dans un cercueil en verre. Elle était belle, mais elle semblait fragile et triste. La poigne de ma belle-mère m'avait décontenancé, je n'avais pas pu regarder cet endroit plus de quelques secondes. La maison des Reveck relevait du songe. Jamais je n'ai pu profiter des bruits des tic tac, du grincement des rouages et de la vue des quartz exposés sur des petits tapis de velours. Mais j'adorais quand mon grand-père me décrivait cet endroit merveilleux, qu'il avait connu quelques décennies auparavant, dans sa jeunesse. Il réussissait à décrire l'endroit comme s'il y était encore, à attendre que l'horloge du salon soit réparée. À la vision de cette jeune fille allongée dans son cercueil d'acier et de verre, j'avais ressenti une vive douleur à l'arrière du crâne. Peu de temps après, je me retrouvais plaquée contre le mur par ma belle-mère.

_Tu as perdu la tête !? Tu sais ce dont est capable cet homme ? m'avait-elle dit, la main sur la bouche, en chuchotant si près de mon oreille qu'elle semblait me hurler dessus.
_ Tu m'as suivie ?! avais-je alors soufflé après m'être débattue pour me détacher d'elle. Me frottant l'arrière du crâne, je secouais mes cheveux courts et fous pour reprendre contenance, emboîtant le pas tandis qu'elle me suivait comme mon ombre. Mais lorsque je voulus m'éloigner d'elle, elle me tint l'avant bras fermement. Lâche moi !
_ J'en parlerai à ton père !! Tu comptes aller où comme ça ? Avant de répondre, je consultais ma montre à gousset que je laissais ensuite pendre à la hanche.
_ Grand-père est sûrement rentré. Je vais à la maison. Elle essaya de m'attraper de nouveau mais d'un geste vif de l'épaule, je me dégageais.
_ Tu ne pourras pas te cacher éternellement derrière lui Aika, tu sais que sans lui tu serais déjà loin ! M'avertit-elle. Je lui fis un geste grossier du doigt et poursuivis ma route.

À l'époque, je portais déjà des cheveux courts. Ils venaient habiller mon visage en forme de cœur, toujours ébouriffés, ternes et légèrement rosés. Habillée d'une chemise ample qui laissait apparaître une brassière et d'un pantalon ballon, ma belle mère n'avait pu s'empêcher de me faire une remarque désobligeante. Mal fagotée cette poétesse du dimanche ! Avait-elle dit le matin-même. Peut-être que mon absence de réaction avait piqué sa curiosité. Grand-père m'avait missionné et je m'étais jurée de l'aider.

Mon grand-père est le père de ma mère. Celle-ci est, je cite, morte par ma faute. En me donnant la vie. Mon père a grandi à Piltover et n'avait cessé d'accabler mon grand-père de reproches, par rapport à l'état de l'hygiène et de la médecine ici. À Zaun, par amour pour cette jeune femme pétillante, mon père s'était installé. Quand il eût dit ça au père de celle qu'il venait de perdre, avec un enfant sur les bras, il se prit une énorme gifle. Comme un enfant qu'on corrige, il avait poussé un grand cri de surprise. Grand-père avait juré de prendre soin de moi s'il ne s'en sentait pas capable, s'il n'aimait pas assez ma mère pour assumer cet heureux événement qu'ils avaient pourtant désiré ensemble. Mon père était jeune et livré à lui-même à cette époque, il refusait de revenir la queue entre les jambes chez ses parents après être parti sans leur accord. C'est pourquoi il resta à dans la Ville Basse avec cet homme qu'il détestait et cet enfant tout juste sorti des entrailles de sa pauvre compagne.

 C'est pourquoi il resta à dans la Ville Basse avec cet homme qu'il détestait et cet enfant tout juste sorti des entrailles de sa pauvre compagne

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Aika. Le temps. C'est le prénom que mon grand-père m'eût donné. Il était passionné par l'horlogerie, la science du temps et la confection de nouveaux appareils qui étudient le défilement du temps. J'étais fascinée par mon grand-père. Son atelier était merveilleux et c'est à cet endroit que j'eus passé le plus clair de mon enfance. C'est d'ailleurs en soulevant un rideau de perles que je pénétrais à l'intérieur. Des effluves de vapeur s'élevait de clepsydre percées qui donnaient le ton, genre de métronomes discrets qui indiquait chaque seconde dans un bloup sonore. Walid Zaliman, aujourd'hui considéré comme un vieux fou mais qui à mes yeux restait l'homme le plus fascinant que ce monde ait porté : mon grand-père. Il agitait une baguette à la manière d'un chef d'orchestre lorsqu'il me vit arriver avant de voir mon visage grave. Il savait quand quelque chose n'allait pas.

_ Papa arrivera certainement dans quelques minutes pour régler cette histoire... Leïla m'a retrouvé et intercepté. Je n'ai pas réussi à entrer. Grand-père ne semblait pas fâché mais relativement peiné. Il posa la petite baguette de verre qu'il avait dans la main et soupira, avant de renverser un autre de ses sabliers liquides. À l'intérieur, une masse visqueuse violette s'écoulait lentement d'un bout à l'autre de la structure en verre, en très exactement...
_ Quatre minutes et trente-sept secondes. Très bien. As-tu été aperçu par quiconque ?
_ Non. Il était absent. Il n'y avait personne. Mais...
_ Mais... ?
_ Mais j'ai vu une pièce avec plein de fioles... Moins belles que ce que tu peux avoir toi ici. Il y avait aussi un cercueil au centre de la pièce.
_ ... J'étais étonnée que Grand-père ne réagisse pas. Comme si la nouvelle ne l'avait pas surpris.
_ Qu'est-ce que c'était Grand-père ? Tu veux que j'y retourne ? Il secoua la tête et esquissa un sourire en coin.
_ Non... C'est suffisant. J'ai les réponses qu'il me fallait. Mais ton père ne va pas être très content. Nous avions échangé un sourire complice en observant ensuite le liquide visqueux couler dans la clepsydre.

Ce que je ne savais pas à l'époque, c'était qu'on m'avait vu. Quelque temps après mon passage, l'ancienne maison des Reveck avait été détruite. Incendiée et vidée de son contenu. Ce jour-là, j'entendis mon père et Grand-père s'entretenir dans notre salon. D'une nuisette en mousseline blanche, je m'étais glissée contre la rampe des marches de l'escalier et avais écouté cette conversation.

_ Tu veux qu'il remonte jusqu'à toi et s'en prenne à ta famille ?
_ Non, bien sûr que non. Je pense à la sécurité d'Aika.
_ Menteur !! Mon père avait élevé la voix et s'était levé de son fauteuil pour aller observer par la fenêtre teintée de orange.
_ J'ai besoin de lui parler mais...
_ Tu dois surtout cesser de t'accrocher ainsi. Corin est perdu depuis des années et tu le sais très bien ! La maison était vide depuis des années. Et ce qu'Aika a vu ne doit surtout pas être remonté. Cela ne nous concerne en rien. Je n'ai aucune confiance en ces histoires sordides.
_ La tristesse d'un homme est sordide dans tous les cas. Le fait de souffrir est insupportable. Révoltant. Je... Je le comprends.
_ L'amour rend aveugle pas vrai ?
_ Très certainement. Tu dois savoir de quoi tu parles Alastor... ? Mon père renifla, dos à Grand-père et haussa les épaules. Ces deux hommes se détestaient et vivaient ensemble malgré tout à cause d'une seule et même chose : l'amour qu'ils portaient à ma mère.

Cependant, je ne parvins pas à comprendre à l'époque pourquoi mon père avait dit cela à mon grand-père. Quel rapport entre l'amour et ce cercueil que j'avais aperçu ? Qui avait détruit la maison des Reveck ? Je n'en savais rien. J'étais jeune, en pleine rébellion contre mon père, ma belle-mère et je ne cessais d'établir des théories dans ma tête à propos du rôle de Grand-père dans tout cela. Pourquoi est-ce que la famille Reveck l'intéressait tant ? Pour son amour pour l'horlogerie ? Notre boutique et l'atelier faisaient survivre notre famille. J'en vins même à penser que le fait que la famille Reveck ne fût plus en exercice dans le domaine, la concurrence était donc nulle et donc la situation favorable pour nous. Mais Grand-père semblait montrer des signes d'impatience. Il redoublait d'efforts pour étudier les choses. Et c'est à cette époque que je montrais un réel intérêt pour ses recherches. Alors, petit à petit, il consentit à m'enseigner tout cela. Le Shimmer, mais aussi d'autres inventions liquides, de l'alchimie qui transformaient le cœur même de l'existence de nos espèces. Non seulement Grand-père parlait sans cesse du temps qui passait, mais il le traitait comme une entité presque vivante. J'étais âgée d'à peine vingt ans et l'envie d'en savoir plus me brûlait les doigts.

La Clémence de l'Arcane - Viktor x OCStories to obsess over. Discover now