Je passe la brosse dans mes cheveux longs pendant que mon amie Agapé me frotte doucement le dos avec un linge humide parfumé. Ça sent la mousse, ça sent la forêt, odeur que j'adore et que je respire à plein poumons.
— Tu te sens prête ?
Sa voix est comme un murmure à mes oreilles, pourtant c'est comme si elle avait hurlé. Ce que je vais vivre aujourd'hui est une étape très importante de notre communauté, qu'elle a déjà vécu l'année dernière. Comme c'est ma meilleure amie, c'est elle qui a proposé de me préparer pour la cérémonie des vingt.
Je suis une Amazone.
Je m'appelle Iris.
Et aujourd'hui, j'ai vingt ans. C'est le grand jour.
Je prends une grande inspiration et me regarde une dernière fois dans le miroir.
— Oui, je suis prête.
Ce mot sonne étrangement à mon oreille, pourtant c'est vrai. Je suis un peu stressée, mais je n'ai pas peur.
Elle sourit à mon reflet
— ça ne fait pas mal, je te le promets
— La douleur ne me fait pas peur
Ça aussi, c'est vrai. Nous sommes des Amazones. Nous passons notre vie dehors, dans les bois, les forêts, les plaines. Ce n'est pas une petite opération qui va me faire souffrir quand je me suis déjà brisé les os plusieurs fois.
— Il ne te manquera pas non plus. Tu verras, tout sera plus simple sans lui.
Ça, j'en suis absolument persuadée.
Je n'ai jamais vraiment porté un grand amour à mes seins, alors qu'on m'en retire un, ça ne m'effraie d'aucune manière. C'est la tradition.
Quand les Amazones ont vingt ans, elles doivent choisir leur place dans nos sociétés. Certaines choisissent d'être guérisseuses, d'autres encore de veiller au bon fonctionnement des règles de sociétés, et d'autres choisissent d'être chasseresses, comme Agapè l'a choisi l'année dernière. C'était le choix de ma mère, il y a des années de ça aussi.
C'est le mien aujourd'hui.
Depuis toujours, nous nous coupons un sein pour faciliter le tir à l'arc, celui du même côté que notre main dominante, donc le droit pour moi, contre le gauche pour Agapé.
Soudain, j'entends du bruit dehors. Je me lève d'un bond, répandant de l'eau partout autour de moi.
— Elles sont là !
Je sors en vitesse de la baignoire, et m'habille aussi vite que je le peux pendant que mon amie essaie de tresser mes cheveux. Je secoue la tête et sors de la salle pour me rendre à l'entrée. Je porte toujours deux tresses longues quand je vais chasser, mais là aucun intérêt, je vais juste revoir ma mère.
Le groupe de chasseresse est revenu.
Exceptionnellement, Agapè ne les a pas suivi pour être là pour moi, au cas ou les autres ne seraient pas revenues à temps, mais elles le sont et je suis folle de joie.
Dehors, il y a de grandes acclamations, des explosions de joie, mais plus je m'approche, plus j'entends des chuchotements qui résonnent et parcourent la foule. Je la traverse comme je peux et voit ma mère descendre de son animal - monture, un magnifique cheval alezan.
Mais ce qui attire mon attention, c'est quelque chose derrière elle.
Des êtres étrangement vécus, qui diffèrent énormément de moi. Ces personnes ont des longs chapeaux bizarrement formés, des pantalons sombres et larges avec une ceinture en tissu qui semble peu pratique, ainsi qu'une chemise ouverte qui tombe bizarrement sur leur poitrine : soit elles se sont coupées les deux seins par praticité ou par esthétisme, ce qui arrive parfois, soit elles ont une toute petite poitrine. Elles tombent à genoux, elles semblent épuisées, et je ne comprends pas pourquoi elles n'ont pas d'animal - monture. Ceux - ci seraient morts ? Mais pourquoi décider de marcher, et de s'épuiser inutilement?
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Thargith
Short StoryIris est une Amazone. Elle a bientôt 20 ans, et va donc bientôt pouvoir être une Chasseresse. Le jour même de cette cérémonie importante; les Chasseresses parties en missions reviennent.... Avec deux hommes. C'est la première fois qu'Iris voit des h...
