La sonnerie retenti, forte, violente, désagréable dans toute la chambre, me faisant sursauter. Comme tous les matins, je gémis d'horreur face à ce son si agressif qui hurle à travers les hauts parleurs du couloir.
Putain, un jour, je défoncerais cette enceinte juste en face de chez moi.
Je rabats mon oreiller sur mes oreilles pour tenter d'atténuer le bruit. Ça n'a strictement aucun effet, mais ça a au moins le mérite de me centrer sur autre chose que ce son immonde. Je centre mon esprits sur le rêve que je faisais, tentant de m'en rappeler vaguement. Et quand enfin le bruit cesse, je soupire. Non, je n'arriverais pas à me rappeler de ce foutu rêve. Et comme tous les matins, je me contente de ne garder de simples sensations.
Le souffle doux sur mon visage. La chaleur sur mon corps. L'apaisement dans tout mon être.
Je grogne en lâchant mon oreiller pour poser mes yeux sur le plafond gris de la pièce en tentant de respirer le plus calmement. Depuis toujours, la simple sensation de ce rêve, dont je ne me souviens pas, me laisse toujours dans le même état. Mon corps fourmille, comme pour me dire quelque chose, mais je ne sais même pas ce que c'est. Mon cœur se serre doucement, mon âme s'attriste. Et puis plus rien. Je redeviens l'homme que j'ai toujours été.
Imperturbable, impitoyable et sans émotion.
En gros, celui qu'on attend de moi.
Je tourne la tête vers la fenêtre de ma chambre. La seule et unique source de joie et d'angoisse en même temps, et je regarde la vue qu'elle m'offre. Je fais parti des chanceux qui habitent assez haut dans cette tour pour avoir le droit à une vue imprenable sur l'extérieur. Malgré le filtre sur le carreau de la chambre, rendant la vision de l'extérieur bien plus sombre qu'elle n'est vraiment, je peux tout de même voir la nature qui est devant moi.
Le filtre sur la fenêtre m'empêche de bien discerner si le soleil est présent ou si les nuages le cachent. En réalité, on ne voit même pas le temps qu'il fait. Il n'y a décemment que quand il pleut sur le carreau qu'on peut savoir. Je trouve ça dommage, mais après tout, ça ne nous mènera à rien de savoir quel temps il fait dehors. Ce n'est pas comme si ça changerait quoi que ce soit.
Je me lève au moment où une chanson se met à emplir la pièce. Sans y prêter attention plus que ça, je me dirige jusqu'à la fenêtre et j'observe le paysage. Les arbres sont remplis, probablement de leur feuilles. Même si la tour dans laquelle je suis est plus haute que la plupart des arbres, je ne peux que savourer l'immensité de la nature face à moi. On voit à des kilomètres de là. Et il n'y a que des arbres en face de moi.
Quand je baisse la tête pour observer le bas de la tour, je vois alors les rues, le bitume, et les logements délabrés de la ville. Je soupire à cette vue avant de m'en défaire.
Encore une journée de vivant.
Je me dirige vers la salle de bain et file sous le jet d'eau chaude. Mon corps se détend dans cette douche, et achève de me réveiller. Là, les bras contre la paroi de douche, à savourer l'eau chaude qui martèle mes épaules, je ferme les yeux un instant. J'entends vaguement que la chanson se termine dans les haut-parleur avant que la sonnerie retentisse. Et comme tous les matins, la même voix se fait entendre.
- Bonjour peuple de la tour. Nous sommes actuellement le quinze juin deux milles cent deux et il est très exactement sept heures trente. La température extérieur est de dix-sept degrés. La température intérieur est de vingt degrés. L'indice de pollution intérieur est de moins de cinq pour cents. Merci de votre participation à notre survie. Veuillez sans tarder vous diriger vers vos postes de travail. Dans une demi-heure, une nouvelle journée commencera. Notre société n'est vivante que grâce à vos efforts. Bonne journée à tous.
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Dehors
General FictionJ'ai passé ma vie enfermé dans cette tour. Ici, c'est le dernier endroit où l'humain peut encore vivre, sans succomber au virus. Et pourtant... Pourtant, je ne supporte plus. je rêve d'en sortir. Comment vivre quand on ignore ce qui nous manque ? Co...
