Chapitre 1

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C'est l'automne.

J'ai toujours, adoré cette saison. La pluie qui me berce de sa douce mélodie contre mon velux ; le ballet des feuilles mortes aux couleurs chatoyantes ; le vent frais qui vient saluer mon visage quand j'ouvre la fenêtre le matin ; porter des pulls a gros col roulés pour me dissimuler de mes camarades de lycée... Mais ce que j'aime particulièrement en cette saison, c'est la lecture. Que l'on soit clair : lire et ma passion depuis que je suis en âge de tenir un livre entre mes mains. Mais en automne, ce loisir prend un tout autre sens pour moi. Je me pose sur le rebord de ma fenêtre, là où j'ai installé des coussins de différentes tailles et couleurs, quelques LED et ma bibliothèque juxtaposée à l'angle. Puis je laisse les histoires frissonnantes et fantastiques s'emparées de mon esprit, observant du coin de l'œil les arbres qui se balancent au rythme du vent.

Mes livres ont été mes meilleurs amis durant toute mon enfance et une bonne partie de mon adolescence. Avec eux, je ne me sens comme en sécurité, comme une sorte de refuge pour oublier la grisaille de mon existence. Les livres sont capables de me faire voyager plus loin qu'aucun avion ne saura jamais le faire. Découvrir des âges qu'il ne m'est possible d'imaginer qu'à travers mes cours d'Histoire, ou, envisager des dimensions que ne nous connaitrons jamais. Rencontrer des personnes qui n'existent pas, mais auxquelles je m'attache au fil des pages, ou au contraire, que je déteste davantage au fur et à mesure qu'elles se tournent.

« - Aria, à table ! m'hurle ma grand-mère depuis le séjour pour la troisième fois.

- J'arrive, mamie. » repondé-je.

Dans un soupir, je repose mon livre dans la bibliothèque. C'est un vieil ouvrage qui appartenait à ma mère lorsqu'elle avait un peu près mon âge. J'ai hérité de son attrait pour la lecture, cela me met du baume au cœur. Quand je lis, je me sens proche d'elle, comme si qu'elle était là, à côté de moi.

*

« - Ça fait bien dix fois que je t'appelle, Aria. Un jour, tu oublieras de manger si je ne te le demande pas. »

Mamie pose sur moi son regard bleu givré d'un air faussement réprobateur. Maman possédait le même... il m'arrive d'éprouver un pincement au cœur quand je regarde ma grand-mère trop longtemps. A seulement soixante-deux ans, mamie est toujours une femme resplendissante. Sa chevelure rousse parsemée de cheveux blancs par-ci et là est négligemment relevée à l'aide d'une pince comme à son habitude. Sa peau laiteuse est presque totalement dénuée de rides, quelques unes se situent au coin de ses yeux. Impossible de ne pas imaginer qu'elle a brisé plus d'un cœur dans sa jeunesse. Si maman était encore là, je suis certaine qu'elle ressemblerait comme deux goûtes d'eau à mamie en vieillissant. Elles partageaient ces cheveux de feux, en plus de leur regard froid comme la glace. Pour ma part, je suis le portrait de mon père. Cela n'est pas pour me plaire particulièrement, mais je me console avec l'idée que je n'éprouve pas du chagrin dès que je croise un miroir.

« - Tu exagères, mamie. Ca ne fait que trois fois que tu m'appelais. Tu sais très bien que je ne peux pas descendre tant que le chapitre de mon livre n'est pas terminé ...

- Je le sais bien, ma chérie. Mais bon, qu'elle grand-mère serais-je si je ne te réprimandais jamais ? » dit-elle avec un sourire qui l'a fait paraître dix ans plus jeune.

Je vis avec mamie et papy depuis que maman n'est plus là. Heureusement pour moi, nous étions déjà très proche avant sa disparition. Je n'ai pas subit le supplice de m'adapter à mes nouveaux tuteurs en même temps que je gérais le deuil du décès de ma mère. Mamie et papy étaient tout autant dévastés que moi, si ce n'est plus. Leur fille unique avait disparue dans un accident de la route causé par un chauffard qu'il n'a jamais été retrouvé. Nous avons appris à revivre tant bien que mal après cette tragédie ... Mais je sais que mes grands-parents gardent autant d'amertume que moi en songeant que l'assassin de ma mère vit tranquillement depuis neuf ans. C'est à partir de là que j'ai pris conscience de la cruauté de la vie, que j'ai compris que contrairement aux livres, il n'y a pas toujours de justice. Maman est morte alors qu'elle rentrait d'un dîner un soir d'été. Elle n'avait que vingt-huit ans. Moi, je suis devenue orpheline ... en quelque sorte.

« - Bonjour, bonsoir ! » lance papy en arrivant en trombe dans le séjour. Il porte sa tenue de pêcheur, celle qu'il revête presque chaque dimanche pour passer la journée sur les rives du lac Champlain avec ses amis de toujours. Mon grand-père contourne la table où nous avons pris place mamie et moi, puis il vient nous embrasser tour à tour.

Bien que ma mère ne soit plus de ce monde, ou que mon père réside dans son Angleterre natale depuis le décès de cette dernière, je n'ai pas manqué d'amour pour autant. Je n'aurais pu imaginé meilleurs tuteurs que mes grands-parents. De toute façon, jamais, même à huit ans, j'aurais voulu vivre avec mon paternel. Les souvenirs que je partage avec lui sont très limités, et la majorités présentent des souvenir de violences envers ma mère, et de froideur à mon égard. Lorsque il avait été question de savoir qui aurait ma garde, mon père avait directement exposait son envie de retourner en Angleterre maintenant que ma mère n'était plus là. Le juge n'approuvait pas du tout cette idée, il était d'avis que cela allait à l'encontre de mon bien être de perdre ma mère et de quitter tous mes repères en l'espace de quelques semaines. Après quelques audiences et négociations, mon père et mes grands-parents ont convenu que je resterai vivre dans le Vermont avec ces derniers. Ainsi, Carole et Andrew Bouvier sont devenus mes tuteurs légaux. J'avais ressenti un profond soulagement de savoir que William Sterling ne m'emmènerait pas avec lui en Europe. Et que jamais je n'aurai à me réveiller dans la même demeure que cet homme aussi glacial que cruel.

« - Tu es prête pour retourner au lycée demain ? me lance papy. Il me pose cette question chaque dimanche soir.

- Oui, repondé-je, sans grand enthousiasme. Je partirai avec Mona au lycée. Je finirai un peu plus tôt demain après-midi, ma professeur de littérature anglaise est absente jusqu'à jeudi, nous avons reçu l'information la semaine dernière. Elle a dû se tordre le poignet en soulevant l'une de ses piles de livres de Dickens ou des sœurs Brontë, lancé-je d'un air railleur.

- Oh, cesse donc de te moquer, Aria Sterling ! cette brave Mademoiselle Finn ne mérite pas que tu ris de sa situation. D'autant plus qu'elle s'est toujours montrée si ...

- Oui mamie, je sais, excuse-moi. Coupé-je ma grand-mère, avant d'entendre son interminable sermon (j'adore mamie, mais elle ne partage pas mon goût pour le sarcasme. Heureusement qu'il y a papy pour cela). Mademoiselle Finn est adorable, et j'espère sincèrement la retrouver jeudi. De plus que, si je n'insiste plus au cours de littérature anglaise, aller au lycée me semblera encore moins attrayant. »

Je pense totalement ma dernière phrase. Quand je disais que mes livres ont été mes seuls amis durant une grande partie de ma courte existence, cela est purement véridique. Cela aurait pu continuer ainsi, si je n'avais pas rencontré Mona Jones, deux ans auparavant. Les cours de littérature ont toujours étaient une source de motivation pour aller au lycée depuis l'époque où je restée en recluse avec mes romans cachée dans un recoin de la cour.

« - Le repas était délicieux, comme toujours mamie. Lui dis-je en déposant un baiser sur sa tempe, avant de me tourner vers papy. Je vais aller me coucher, je ne voudrais pas manquer de sommeil. Vous savez à quel point je peux être irritable sinon ! »

Mes grands-parents me répondent à l'unissons par un rire franc qui marque à quel point tout deux me connaissent. Mon cœur s'emplit d'amour.

*

Les souvenirs de ma mèreStories to obsess over. Discover now