Est-ce la fin ?

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En face de moi, prostré dans un lit d'hôpital avec le teint cireux et pâle tu n'avais pas bougé depuis tout ce temps. Tes cheveux d'habitude si rose paraissent bien sombres, tes joues bien creusées et tes yeux si désespérément clos. Cette dernière bataille t'avait quasiment coûté la vie. Mais qu'en est-il de la guerre, de nous, de ton combat pour la vie? Je n'en sais rien.

Cette chambre si calme et puante. Aux arômes d'éthers, de désinfectant et de détergent, aux tons blancs et remplie de machines, tu y séjournait depuis maintenant un mois. Oui un mois que moi, je veillait sur toi désespérément, en espérant un de ces foutus miracles! J'ai bien l'impression que ça n'arrive qu'aux autres.
Activité cérébrale faible, pas assez pour la mort cérébrale, pas assez pour que tu te réveilles et pas assez non plus pour continuer les soins d'après les médecins. Ce qui était "assez" c'était juste l'argent que j'y mettais et la surcharge de travail de toute autorité qui aurait pu s'opposer à moi.


On n'avançait pas mais on ne reculait pas non plus.

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Comment on en était arrivé là et quand était il du dehors ?

Commençons par la guilde... Notre cher maison à tous, elle a été détruite. Laissant dans son ombre un trou béant où on avait jeté les cadavres de nos amis. Pour éviter de transmettre des maladies à cause des dépouilles on y avait même mis le feu. Cette fosse accueillait tant de gens qu'on aimait. Débutant par son chef, Makarof. Sa démone de barman et son frère. Ton cher compagnon bleu, mon tout petit Happy. De notre petite équipe il ne reste que Erza, Grey a disparu et Wendy... Je préfère ne même pas en parler. Certains ont trahi d'autres sont blessés ou comme moi dans l'incapacité de se battre. Des mois que le chaos règne et cela même avant que toi et moi tombions comme des mouches.

Oui, nous étions tous les deux en train de nous battre pour gagner du terrain. Un énième combat parmi tant d'autres. Les adversaires étaient puissants même trop et toi comme moi nous étions fatigués.


Chaque jour des mages de toutes les guildes sont envoyés pour se battre. Tant que nous tenons debout, à peine une "mission" terminée qu'on doit retourner au front face à un ennemi qui n'en finit pas d'exister. Il n'y a plus de guilde mais des quartiers alliés dans tout le pays, dissimulés magiquement. Plus de coéquipiers non plus ou d'équipe mais des compagnons de morts. Je n'avais plus vu personne de la guilde depuis au moins 1 mois. Je revenais la veille d'un combat dans le nord, seule. J'étais blessée au bras, j'avais perdu une clef et je ne savais même pas laquelle. Notre mental était tellement à rude épreuve que je ne saurais même pas dire à quel compagnon stellaire j'avais dû faire mes adieux.


Je ne savais pas si tu étais vivant ou mort, si tu m'aimais encore et de toute façon j'étais tellement vide que je ne daignais même plus m'inquiéter de rien.








A 5h du matin un messager est venu chercher huit personnes de mon camp de fortune, on changeait de lieu pour se diriger encore plus profondément dans le nord. Quatre autres personnes encapuchonnées suivaient le messager. On était déjà douze, on était rarement autant et d'après ce que j'avais entendu huit autres pauvres types comme nous se joindraient au groupe dans le camp du nord avant de partir pour une mission qui s'annonçait vu notre nombre, périlleuse. Je ne reconnut personne ce matin là, d'ailleurs aucun de mes frères d'armes n'avait l'air de savoir qui j'étais non plus. Vers 8h du matin nous sommes arrivés dans l'autre camp, plus grand, du nord profond. Ici on nous indiqua que le départ pour la mission se ferait par avion à 6h le lendemain. Ça me laissait la journée et la nuit pour me reposer et tenter de recouvrer des forces. Assise par terre enroulée dans des couvertures, je suivais des yeux le messager parti dénicher les huit autres qui manquaient.

-"Laissez ce pauvre type ici! Prenez moi à sa place ! Vous voyez bien qu'il est blessé espèce d'abruti !" rugit un idiot au messager qui annonçait à un homme son intégration à notre équipe.

Je sursaute quand la claque du messager s'échoue sur la tronche du fou furieux qui ose se dresser face à lui.

-"Tu partiras donc à sa place le cracheur de feu". dit-il.

Cracheur de feu ? Je me lève, animé soudain enfin par quelque chose d'autre que la survie et la soumission. Je pose la main de mon bras valide sur l'épaule du fauteur de trouble pour qu'il se calme. Je me tourne à mon tour vers le messager.

-"Excusez le, ne perdez pas votre temps avec lui. Il a l'air plus robuste que l'autre. Regardez il est presque mort" soufflais-je en poussant du pied l'homme au sol qui s'écroula sans aucune résistance face contre terre.

Le messager finit par hausser les épaules et d'autoriser le fameux cracheur de feu à prendre la place du blessé. Je sers l'épaule du type pour qu'il se taise et le messager s'enfuit enfin plus loin tel une ombre.
D'un coup le garçon devant moi que à qui j'avais évité des ennuis fit volte face alors même que je m'agenouillais pour relever le gars que j'avais lamentablement poussé pour que le messager nous foute la paix.
Un autre sursaut me réveilla encore quand je vis le visage de l'homme à terre.

-"Gajeel" hoquetait-je.

Le visage de mon ami était tiré par la douleur et la fatigue. Un écoulement continu se déversait de son ventre lentement. Oh mon dieu non...
-"Salut Lucy ... Ça fait longtemps" siffla-t-til difficilement. "Promets moi de dire à Reby que je l'aime, d'accord?"

Sorti de ma léthargie j'acquiesce sans laisser aucune larme couler et je laisse partir mon ami. Ce n'est pas le premier à me susurrer ses mots d'adieux, ni le premier ami que je laisse mourir devant moi. Par habitude, presque reprise par la froideur habituelle où je me réfugie depuis la guerre, je recouvre le corps de Gajeel de sa cape et me relève prête à dire à l'un des civils qu'il a un cadavre à faire disparaître et pour une fois je connais son nom.

-"Tu ne peux pas être elle ..."

Le type à qui j'avais sauvé la mise, chuchote ça dans mon dos. Sans me retourner je lui dit qu'il devrait me remercier et que je le remercie pour ma part d'avoir accompagné un ancien ami. Il m'attrape par le bras pour me retourner et je tombe sur deux yeux verts en amande que je connais plutôt bien, qui brille encore de la rage de vivre et que je n'ai pas vu depuis longtemps.

-"Lucy c'est vraiment toi ? Je ne te reconnais pas ma Lucy. Qu'est-ce que tu fais ici ? Réponds-moi qu'est ce qu'il t'est arrivé ..."

Alors c'était bien toi le cracheur de feu... Natsu. Tu n'es donc pas mort. Je me réveille enfin et je pleure dans les bras de l'homme avec qui j'ai partagé tant de choses.
On finit par déambuler dans les tunnels du camp et se trouver une pièce minuscule pour y être seuls. Je m'excuse d'avoir tant dû changer pour survivre mais je me retrouve enfin grâce à toi. Collés l'un à l'autre je ne souffre pas du froid de l'endroit mais du froid de mon cœur qui se réchauffe enfin. Nous pleurons nos morts, nos douleurs et nos horreurs. Puis la gaieté finit par venir. On parle du passé, des moments heureux et de nos projets. Nous voulions nous marier, j'attendais un petit bout, tu construisais notre petite maison dans les bois. Et le temps s'est arrêté, nous avons tout perdu et plus encore.
Dans la nuit, par une pulsion incontrôlable et sauvage, nous nous unissons comme si c'était pour la dernière fois dans cette grotte sans intimité. Dans une grande douceur, nos corps ne faisaient plus qu'un, vestige de notre amour l'un pour l'autre. Nue contre un Natsu poussiéreux je me revoie être la Lucy d'avant guerre, celle qui avait un cœur et des rêves. Toi tu n'as pas changé.

5 h du matin sonne, malheureusement. Je me lève pour me préparer au départ. Me décollant de l'homme de ma vie que j'avais enfin retrouvé. Nous partons ensemble cette fois et tu ne t'en rend compte que maintenant.

-"Tu es sur cette mission aussi ?! C'est impossible! Ils envoient les plus forts là-bas car elles sont horribles! Tu n'as aucune chance de survie! Ils t'envoient à la mort! Regarde même Gajeel n'y a pas survécu, ça fait des mois qu'on est là et qu'on essaye de ne pas mourir ... "

Je ne me sens pas vexée que tu penses que je ne suis pas assez forte. J'ai gagné en puissance avec cette guerre mais je sais que sur les camps du nord c'est là où les combats sont les plus durs. Si on m'envoie ici c'est qu'il ne reste que des gens comme moi pour y aller.
J'essaye de te consoler mais c'est peine perdu. C'est la mort dans l'âme que tu montes devant moi dans l'avion. Si j'avais su, j'aurais proposé que nous tentions de nous évader...

Est-ce la fin ? (Fairy tail)Stories to obsess over. Discover now