Un travail, sinon rien !

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Texte de Manu Breysse

Illustration d'Anthony Oliveira (drovling.artsation.com)

Tous droits réservés © Manu Breysse 2022



Voronwë était assis sur un banc d'ébène. Les innombrables postérieurs qui s'y étaient frottés avant lui en avaient poli la surface jusqu'à la rendre glissante. Aujourd'hui, on ne trouvait ce matériau que dans les plus anciennes forêts du monde. Là où la magie était apparue au tout début des temps, bien avant les premiers êtres intelligents. Ses oreilles pointues ne laissaient planer aucun doute quant à son origine. Dans son costume vert satiné, l'elfe attendait, placide. Son visage affichait des traits fins et à sa peau hâlée se mêlaient des nuances dorées. Ses yeux, aux pupilles élargies, présentaient des iris bleu-gris, et son regard acier reflétait une détermination sans failles. Le jour s'était levé depuis peu et, déjà, le va-et-vient grandissant des employés signalait le début d'une journée chargée. À quelques mètres de là, un bureau vitré lui faisait face. À l'intérieur, un gobelin en costume et à la mine renfrognée pianotait sur un ordinateur. L'elfe et lui avaient échangé des regards à plusieurs reprises.

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Derrière la vitre de son bureau, le directeur avait tout de suite remarqué le visiteur sylvestre. Ayant croisé son regard en différentes occasions, il l'avait gratifié de la seule grimace dont il savait se singer et qui se rapprochait vaguement d'un sourire. L'attente de l'elfe durait maintenant depuis un bon moment, mais personne ne s'en était encore soucié. Il appela sa secrétaire sur la ligne interne.

— Yrtelle, avons-nous rendez-vous avec un client... de la forêt ? Un elfe patiente depuis une heure dans la salle d'attente.

— Non, monsieur Wazzyl, répondit-elle après avoir vérifié dans son agenda.

Bourse de dragon !

Mais que faisait cet elfe dans son établissement ? Le gobelin réfléchit à toutes les raisons qui auraient pu le conduire jusqu'ici. Aucun de ses clients aux oreilles pointues n'avait de rendez-vous. S'agissait-il d'un contrôleur du fisc ? Peu probable, sa banque avait été auditée tout récemment.

— Yrtelle, l'interpella-t-il à nouveau, allez lui offrir une boisson. Nous apprendrons peut-être ce qu'il nous veut.

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Son téléphone affichait bientôt midi lorsqu'une assistante se présenta devant lui. Voronwë sursauta, il ne l'avait pas vue s'approcher.

Elle portait un tailleur serré et une jupe tombant sous les genoux. La gobeline se tenait droit comme un « i ». Le visage glacial, elle avait trop forcé sur le gris à joues. Ça lui donnait un aspect plus clownesque que professionnel, ce qui faillit arracher à l'elfe une grimace de dégoût, mais il se retint. Il savait se contrôler. Il n'était pas n'importe qui.

— Puis-je vous aider en quoi que ce soit ? Pour les dépôts ou les retraits d'argent, c'est le comptoir de gauche. À droite, c'est pour...

— Je viens pour l'annonce, rectifia-t-il en s'apercevant que l'hôtesse se méprenait.

— Pour l'annonce ? répéta-t-elle, sans comprendre.

— Oui, celle que vous avez mise en ligne, concernant les postes d'assistant comptable, dit-il en la montrant sur son smartphone.

L'elfe savait que le texte, rédigé en langue gobeline, était protégé contre la traduction automatique, ce qui expliquait que l'assistante le regarde d'un air interloqué.

Un travail, sinon rien !Où les histoires vivent. Découvrez maintenant