Séoul connaît le visage de Jeon Jungkook.
À vingt-deux ans, il apparaît déjà plus souvent dans les journaux que certains acteurs, le costume impeccablement ajusté, le sourire mesuré, les épaules droites, comme si la vie n'avait jamais réussi à courber son dos. On le photographie devant des écoles primaires où il distribue des fournitures aux enfants, aux côtés d'ambassadeurs étrangers lors de réceptions officielles ou encore dans les gradins d'événements caritatifs organisés par sa mère. Son nom revient avec une régularité presque rassurante, toujours accompagné des mêmes qualificatifs : brillant, travailleur, humble, exemplaire.
Le Golden Boy.
Le fils de la Nation.
Le futur diplomate.
Les journaux ne mentent jamais vraiment.
Ils oublient simplement de raconter ce qui existe en dehors du cadre.
À l'abri des objectifs, loin des sourires soigneusement choisis, Jungkook vit dans une chambre où tout semble avoir été placé à l'aide d'une règle.
Les rideaux tombent en plis parfaitement égaux de chaque côté des grandes fenêtres. Les livres occupent la bibliothèque selon leur hauteur, leurs tranches formant une ligne presque géométrique. Les costumes pendent dans le dressing par nuances de couleurs, du gris perle au bleu nuit, chaque cintre séparé du suivant par un espace identique. Même les stylos alignés sur son bureau paraissent avoir reçu l'ordre de ne jamais dépasser.
Cette pièce est belle.
Élégante.
Luxueuse.
Et pourtant, rien n'y raconte l'histoire du garçon qui y habite.
Aucune photographie d'amis.
Aucun vêtement abandonné sur une chaise.
Aucune tasse oubliée au bord du lit.
Seulement une perfection silencieuse qui ressemble davantage à une chambre témoin qu'à celle d'un étudiant de vingt-deux ans.
Au milieu de cette symétrie presque irréelle, Jungkook est assis derrière son bureau.
Le soleil du matin glisse sur le parquet ciré, dessinant un rectangle doré à ses pieds. Une tasse de café refroidit lentement à sa droite. Il ne l'a pas touchée.
À la place, il tient entre ses mains le quotidien fraîchement livré.
Il ne lit pas l'actualité.
Il se lit lui-même.
À côté du journal repose un carnet en cuir brun dont les coins sont si usés qu'ils laissent apparaître le carton sous la matière. C'est probablement l'objet le moins coûteux de toute la pièce, mais aussi celui qu'il protège avec le plus de soin. Les premières pages sont couvertes d'une écriture fine et régulière, ponctuée de dates, de titres d'articles et de remarques personnelles. Certaines feuilles portent encore la trace d'anciennes gouttes de pluie, d'autres sont cornées à force d'avoir été relues.
Depuis l'âge de seize ans, Jungkook y consigne tout.
Les mots que les journalistes emploient pour le décrire.
Les attentes du public.
Les critiques.
Les compliments.
Les erreurs à ne plus commettre.
Les qualités à continuer d'incarner.
Ce carnet n'est pas un journal intime.
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WANDER - Taekook
FanfictionIl ne voulait qu'une chose : disparaître quelques heures. Il ne pensait pas qu'on le suivrait jusque dans l'obscurité. Jeon Jungkook sait exactement qui il doit être : le fils modèle. Le sportif accompli. Le sourire irréprochable d'une famille qui j...
