Ne t'arrête jamais de courir

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Elle courait. Comme toujours. Le mot exact serait plutôt fuir. Depuis toute petite, elle fuyait. Parfois sans même savoir quoi, ou qui, ni pourquoi. Mais elle le faisait.
C'était la seule choisie qui lui restait. La fuite.
C'était le seul souvenir qui lui restait : « Ne t'arrête jamais de courir. »
Sa vie n'était basée que sur cette phrase. Au début, elle ne se rappelait même pas d'où elle lui venait. Puis, petit à petit, elle avait revu les yeux bleus perçants, à la fois durs et doux, de sa mère. Qui lui répétait, toujours, inlassablement « Ne t'arrêtes jamais de courir ».

Elle est seule. Depuis maintenant presque 20 ans. Bien sûr, au cours de ces années, elle s'était fait des amis. Ou plutôt des alliés. Des vraies personnes qui lui vraiment à cœur, elle n'en avait jamais rencontré.
De toute façon, au bout d'un mois, maximum, il fallait bouger, changer d'endroit.
Car si elle ne courait pas tout le temps, elle était constamment entrain de fuir, toujours en alerte, jamais tranquille.

Une fois, quand elle avait 6 ans, les Gardiens l'ont trouvé. Il l'ont rapporté dans un grand édifice, rempli d'enfants comme elle, seuls. Elle était aux anges, car c'était la première fois qu'elle mangeait à sa faim et qu'on s'occupait d'elle.
Mais au bout d'un certain temps, elle s'en est  rendu compte. Elle s'est rendue compte de sa différence. Elle a vu le cercle rouge sang sur le cou des autres enfants. Et elle a vu son cou, et l'absence du cercle rouge. Alors, instinctivement, sans réfléchir plus longtemps, elle se mit à faire la chose qu'elle savait le mieux faire : courir. Elle avait fuit pendant plusieurs jours, sans jamais s'arrêter.

Depuis ce jour là, il était fréquent que les Gardiens, désormais à ses trousses, la retrouve. Et à chaque fois, c'était  la même histoire : elle courait, courait, courait, jusqu'à n'en plus pouvoir. Elle leur avait toujours échappé. Du moins pour le moment.
C'est pour cela que ce jour là elle courait. Car elle avait vu des Gardiens, et les Gardiens l'avait vue.
Elle courait depuis une heure, et elle n'avait toujours pas réussi à les semer.
Elle n'était arrivée dans ce quartier que la veille, et, même si elle avait un bon sens de l'orientation et une bonne facilité d'adaptation, elle commençait à sortir de la zone qui lui étaient connue.
Elle tourna au coin de la rue, et vit avec horreur qu'un autre groupe de Gardiens se trouvait là.
Ça y est. C'était fini. Ils allaient l'attraper. Après toutes ces années.
C'est alors qu'elle sentit quelqu'un, ou quelque chose, lui attraper le bras et l'emmener dans une ruelle sombre qu'elle n'avait même pas remarquée.

Après avoir couru encore quelques minutes pour s'assurer que les Gardiens ne les rattrapaient pas, elle s'arrêta, et l'inconnu aussi. Encore essoufflée, elle brisa le silence de sa voix sèche :
« Je ne sais pas si je dois vous remercier ou vous injurier, vous faire confiance ou pas ; je ne sais pas si -
— Vous n'êtes pas d'ici », la coupa la voix grave de l'inconnu.
Elle se tourna alors vers son interlocuteur, et découvrit un jeune homme, assez grand, d'à peu près son âge, brun, aux yeux verts. Des yeux à la fois profonds, durs, pleins de compassion et de haine. Il était évident qu'il n'avait pas la vie simple non plus.
« En effet.
— Et vous venez d'où ?
— De loin.
— Vous venez pour quoi ? Ou pour qui ?
— Pour moi.
— Vous avez quel âge ?
— 22 ans.
— Vous avez une famille ?
— Mais j'en ai marre de votre questionnaire ! J'ai l'impression d'être face à un Gardien ! Si vous m'avez aidée a leur échapper, c'est pas pour les imiter !
— Vous avez une famille ?
— Vous m'avez entendue ?
— Parfaitement. Vous avez une famille ? »
Elle se leva et s'apprêta à partir.
« Vous vous appelez comment ?
— Alysse.
— Alysse comment ?
— Alysse.

TitaniumWhere stories live. Discover now