Chapitre 1

259 5 9
                                        

Jeudi 7 janvier 2021, 10:48.

Je suis perdue. Totalement perdue, complètement désemparée. J'ai plus d'espoir. Je ne fais rien de ma vie là tout de suite, et pour tout avouer, je me dégoute. Parce que, si à l'heure actuelle je ne fais plus rien de mes journées, j'en suis bien la seule fautive et responsable. Les études que j'ai décidé de mener ne sont, certes, pas faites pour moi. Le secondaire non plus d'ailleurs. Néanmoins j'ai quand même ce sentiment de ne pas assez me démener pour arriver à ce que je veux et réussir ma vie. Ma mère, avait raison. Ou peut-être pas ?

Je n'en sais rien et ça me torture. Moi, ce que j'aimerais aujourd'hui c'est... Pouvoir faire quelque chose de concret de ma vie, qui ne me prenne pas 3 ans de plus à rester sur les bancs de l'école alors que, là dehors, tout un monde et toute une société fonctionne, au ralenti certes en ce moment mais, il y a tout de même des gens dans cette France paralysée qui, travaillent, pour gagner leur vie, et qui rentrent le soir éreintés de leur journée de boulot, mais qui sont malgré tout fiers d'accomplir ce qui leur est destiné quotidiennement. Et c'est ce que je veux moi aussi.

L'anglais a toujours été, pour moi, au-delà d'être ma matière de prédilection à l'école, une passion. Quelque chose d'instinctif, que je n'ai jamais vraiment eu besoin d'apprendre par cœur ou de réviser. Beaucoup de mes camarades au collège ou au lycée m'ont d'ailleurs déjà voué quelques fausses origines britanniques à leur grand désarroi. Effectivement, lorsqu'on apprend qu'au lieu d'avoir du sang britannique dans les veines, seul un mélange italiano-polonais, et plus précisément encore, à l'échelle de l'hexagone, picard et auvergnat y stagne depuis dix-huit années, autant vous dire que l'effet à l'arrivée n'est plus le même. Du tout. C'est assez drôle en y repensant...

Mais le problème de ce fait, c'est que la théorie à failli me dégouter de cette langue à laquelle j'attache une affection toute particulière. Parce qu'à mon sens, la théorie dans mon cas est désuète, sans réel intérêt. L'anglais est une langue qui chante, qui au premier abord pourrait donner cette illusion d'un phrasé je dirais, théâtral, assez superficiel. Mais au fond, lorsqu'on s'intéresse plus assidument à elle, on s'aperçoit que la langue de Shakespeare est par-dessus tout, une langue courtoise, pleine de politesse, de distinction et de grasse. Chaque intonation, chaque expression exprime à mon sens une volonté de montrer que l'on est respectueux des autres, amical dans certains cas et toujours dans un objectif d'entraide, ou tout du moins, d'une certaine bienveillance envers autrui... Mince, quelle sensation bizarre, j'ai l'impression que je viens de me décrire...

Bon, passons, voilà pourquoi je me suis orientée vers des études d'anglais en arrivant à la fac. Je savais que c'était ce que je voulais. Plus que tout. Je n'attendais que ça. Emménager dans une des plus belles villes du Grand Est, Nancy. J'y étais préparée, depuis au moins 2 ans déjà. J'ai toujours voulu aller à l'université, parce que la vision que j'en avais était celle que les téléfilms américains diffusés le dimanche après-midi sur la première chaîne disponible voulaient bien montrer. Grands amphithéâtres, cours magistraux, des centaines de gens qui ne te connaissent pas et qui donc ne sont pas à même de te juger, contrairement à tous ceux que t'as connu avant. Et puis les soirées, les fêtes, les rencontres, les bruns ténébreux qui jouent les bad boys mais qui finalement tombent amoureux de la fille la plus intello de la promo tout ça... Ah la la la la ... Eh bien j'ai vite déchanté je vous le dis. Déjà, les conditions de travail vous l'imaginez bien sont, au bout d'un certain temps atroces, la fatigue était palpable, physiquement, psychologiquement et la lassitude et le dégout des études supérieures s'installaient peu à peu. Ma promo, parlons-en. De vrais enfants. Combien de fois, les profs ont dû faire preuve de patience en essayant de faire quitter l'amphi à un étudiant alors qu'il était bien décidé à y rester. Du coup plusieurs heures de cours sont passées à la trappe à cause de ce genre d'individus, qui, déstabilisant le pauvre professeur, a été contraint de quitter l'amphi vingt minutes parfois avant la fin de l'heure, exténué et agacé. J'avais vraiment le pire groupe de Travaux Dirigés de LLCE. Et puis après ça, s'en est suivi le confinement qui a été pour moi le pire de tout. La fatigue devenait insupportable, la motivation disparaissait et, je crois que j'ai réellement réalisé que tout ça n'était pas sain quand j'ai compris que je ne prenais plus soin de moi.

Il fallait donc que je me pose les bonnes questions, et ne pas non plus foncer tête bêche dans quelque chose qui pouvait n'être qu'une mauvaise passe et laisser cette situation évoluer au fil du temps. Mais au bout d'un mois et demi dans le même état, je n'ai pas su tenir le cap, et l'envie de me lancer dans quelque chose de plus concret s'est alors imposée à moi et, j'ai pris la décision, d'arrêter de suivre mes cours d'université pour me réorienter dans quelque chose de plus... Instantané, au grand damne de ma mère, et plus largement celui de ma famille.

Mais la véritable question que je dois me poser aujourd'hui, c'est de savoir si je vis pour moi ou bien pour les autres. Fort heureusement, je crois que j'ai trouvé la bonne réponse et que je me dirige dans la bonne direction ! 

ConfessionsWhere stories live. Discover now