11h43.
Après ma conversation avec Conrad, je rejoins les autres gardes. Je les observe de loin avant de me mêler à la troupe, cherchant celle qui est censée nous dirigée. C'est elle qui finit par me trouver, les bras croisés sous ses seins plats.
« Ton nom ? Demande-t-elle.
- Billie, répondis-je.
- Je m'appelle Tara, je suis la nouvelle capitaine. C'est moi qui dirige la troupe des gardes, alors tu as intérêt à m'obéir au doigt et à l'œil, c'est compris ?
- C'est entendu.
- Sofia va te montrer où tu dormiras. Après ça, je veux que tu mettes ton uniforme et que tu nous rejoignes au réfectoire. C'est bientôt l'heure du déjeuner, il faut surveiller les mômes.
- D'accord. »
Elle fait un signe de tête à celle qui doit se prénommer Sofia, puis s'éloigne avec les autres. Celle qui reste à mes côtés me fait traverser les couloirs pour me faire visiter rapidement les lieux. Elle me montre ensuite ma chambre, puis ouvre la porte d'un placard. Elle me tend un uniforme et s'en va, sans dire un mot. Je lève les yeux au ciel sous son hospitalité peu présente, puis décide de rapidement me changer. L'uniforme des gardes se compose d'un bas aussi moulant que le haut, mettant en valeur chaque forme de nos corps féminins. Venant d'un porc qui vend des filles pour se faire de l'argent, je ne suis pas étonnée.
Je m'étire pour me détendre un peu, puis décide de rejoindre le réfectoire. Là, une fille m'indique que je dois m'occuper de servir les assiettes. C'est d'abord la troupe de gardes qui vient réclamer de la nourriture ; puis, une fois installées au fond de la salle, elles laissent les otages venir remplir leurs assiettes. Puisqu'il n'y a que moi face à ces adorables personnes, je leur souris tendrement et prends le temps de savoir ce qu'elles veulent manger avant de les servir. Contrairement à ce que Dana nous avait dit, la fille la plus jeune est âgée de seulement cinq ans, et la plus âgée est à peine majeure. La plupart d'entre elles ont des plaies cachées sous des bandages mal faits, et des bleus autour des yeux. Bien que rageuse face à la situation, je fais mine de rien. Je ne peux même pas leur apporter un minimum de réconfort pour le moment. Encore un peu de patience... et vous serez toutes libres.
Selon les ordres de la capitaine, je dois rester à la cuisine et resservir celles qui réclameront encore de la nourriture. Evidemment, je n'ai pas le droit de manger... sinon ce ne serait pas drôle. J'attends comme une idiote, observant les gardes faire des rondes entre les tables. Un calme lourd règne, jusqu'à ce qu'une main cogne violemment une table. La capitaine des gardes vient de terrifier la plus jeune. Dans son innocence d'enfant, la petite se met à pleurer et à hurler, puis elle attrape son yaourt pour le jeter à la figure de la capitaine.
« Putain de môme ! »
Elle attrape la petite fille d'un main et la jette au sol. Mon cœur bondit alors que mes jambes se mettent à trembler. Si j'interviens, je pourrais toutes les tuer. Mais si je reste sans rien faire... est-ce que la petite va mourir ? La capitaine donne un coup de pied dans le ventre de la petite, puis se met à rager. Je dois faire quelque chose. Je quitte ma position en ricanant, les mains dans le dos, et m'approche de la capitaine. Je tapote son épaule, lui offrant le sourire le plus sociopathe dont je sois capable. J'espère que c'est crédible.
« Je peux le faire ? Demandais-je. S'il te plaît... s'il te plaît ! »
La capitaine se raidit et fait un pas en arrière. La petite fille, elle, hurle de pleures sur le sol. Les otages se sont reculées dans le fond de leurs sièges, tandis que les gardes ont toutes haussé les sourcils. Je continue de prendre cet air d'assassin psychopathe et prends ma voix la plus mielleuse.
« Oh, allez... s'il te plaît ! Suppliais-je. Je ferais tout ce que tu me demanderas... tout ! Laisse-moi le faire... !
- Tss... Si ça t'amuse tant que ça. De toute façon, cette gamine n'a plus aucune importance. On n'a pas que ça à faire, de s'occuper d'un bébé. Le Maître n'en veut même pas ici... Tu n'as qu'à t'amuser, si ça te chante.
- C'est vrai ? Demandais-je. Qu'est-ce que j'ai le droit de lui faire ?
- Absolument tout ce que tu voudras, soupire la capitaine. Il y a une forêt à l'arrière de la propriété... Elle ne serait pas le première à s'y perdre. Millie, apporte-lui une pelle. Elle en aura peut-être besoin. »
J'affiche un plus grand sourire. Sale connasse. J'attends que ladite Millie m'apporte une pelle, puis prends la petite sur mon épaule comme un sac à patate. Sur l'autre épaule, je balance la pelle et commence à partir en chantant des comptines pour enfants. La petite se met à hurler de plus belle, à gigoter. Elle se débat, me frappe, des poings et des pieds, alors que je sors du bâtiment. Lorsque je me trouve assez loin pour que personne ne m'entende, je me mets à chanter un peu plus calmement. Et lorsque je m'enfonce dans la forêt, je prends la petite contre moi pour la bercer.
« Eh... eh, tout va bien, chuchotais-je. Je suis vraiment désolée de t'avoir fait peur, ma grande. Je te promets que je ne te ferais pas de mal, d'accord ? Tout va bien, c'est terminé. »
Je laisse tomber la pelle sur le sol, puis je pose la petite. Je m'accroupie devant elle et essuie ses larmes, lui offrant un sourire plus tendre.
« Je sais que j'ai dû te faire très peur, mais ne t'inquiète pas, d'accord ? Tout ce que j'ai dit à a capitaine, je ne le pensais pas du tout. Si j'ai demandé pour m'occuper de toi, c'est pour l'empêcher de te faire du mal. Mais moi, je ne te ferais pas de mal. Je vais t'emmener un peu plus loin dans la forêt, et je vais appeler mes super-copains pour venir te chercher. Ils vont t'emmener loin d'ici, et tu n'auras plus jamais à revenir ici. D'accord ? Je te promets que plus personne ne te fera de mal. Comment tu t'appelles ?
- Harper...
- Très bien, Harper. Je vais avoir besoin que tu sois une petite fille courageuse, d'accord ? Je vais te porter pour que tu ne tombes pas dans la boue. »
Elle acquiesce et accepte que je la porte. Je récupère la pelle et sors mon téléphone pour appeler Peter. Ce dernier ne met pas longtemps à me répondre. Lorsque je lui explique la situation, il ne perd pas une seconde pour me rejoindre. Nous avons découvert qu'il est facile de s'infiltrer dans le domaine en passant par la forêt, tout simplement parce qu'elle n'est pas clôturée. J'amène la petite jusqu'à trouver un chemin de terre près duquel je suis rapidement rejointe par Peter et Sam. Lorsque Falcon remarque que je tiens une petite et une pelle, il écarquille les yeux.
« Eh, Harper ! Appelais-je. Regarde, ce sont mes super-copains ! Tu vois, lui, c'est Falcon. C'est un super héros trop cool, tu sais ? Il a des ailes, et il a déjà tapé plein de méchants ! Et là, c'est Peter. C'est mon copain préféré, et tu sais quoi ? Je suis sûre qu'il sera aussi ton nouveau copain préféré.
- Eh, salut Harper ! Ajoute Peter. Ne t'inquiète pas, on va te sortir de là.
- Et puis les autres ? Demande Harper.
- Ne t'inquiète pas ma chérie, je vais personnellement m'en charger, souris-je. Allez, filez. Les gardes vont me chercher. »
Peter acquiesce et met la petite dans le pickup. Sam m'attrape par le bras pour m'éloigner des petites oreilles, un regard bien sombre posé sur ma personne.
« Dis-moi que ce n'est pas ce que je crois, rage-t-il. Ils t'ont vraiment donné une pelle pour te débarrasser de cette gamine ?
- On dirait bien, soupirais-je. Ecoute, je ne sais pas combien de temps je vais encore pouvoir tenir ici... alors préparez-vous à agir ce soir. Lorsque la nuit sera tombée, il faudra sortir toutes les filles d'ici.
- On ne peut pas faire ça si facilement, Maxie...
- Ne t'inquiète pas. J'ai un plan. Et je te promets qu'il ne nécessite pas d'enterrer le corps d'une enfant. Il me suffit juste de mettre en avant mes plus grands talents d'actrice. »
J'affiche un sourire fou, qui fait ricaner Sam. Il me tape sur l'épaule en me bousculant légèrement.
« Si je ne te connaissais pas, j'y croirais, avoue-t-il. Quoi que... je ne serais pas étonné.
- Peter, est-ce que tu as ramené ce que je t'ai demandé ?
- Oui, juste-là. »
Peter me tend un tube de faux sang. Je m'éloigne de la voiture et commence à vider le tube sur mes mains, puis sur la pelle. Je m'essuie le visage de mes mains ensanglantées, puis rends le tube à Sam. Ce dernier me regarde d'un air interrogateur.
« Il faut bien que ça paraisse vrai, souris-je. Allez, dégagez avant qu'on ne vous repère. Et mettez cette petite à l'abri.
- On attend ton signale, répond Peter. On sera prêts lorsque tu le seras. »
J'acquiesce et m'éloigne. Je me hâte de faire le chemin inverse, tout en faisant attention à mes pas. Je prends la peine de planter ma pelle dans la terre pour y laisser les résidus d'une preuve. Je prends de grandes inspirations pour tenter me calmer, ayant bien envie d'utiliser cette arme potentielle pour arracher la tête de cette capitaine des gardes. Je peine à croire qu'elle ait réellement faillit tuer la petite, au milieu du réfectoire, devant toutes les autres filles. Lorsque je rentrerai, les gardes auront le droit à mon plus beau jeu d'acteur ; je prendrais plaisir à toutes les effrayer, leur montrant un avant-goût de ce qui les attend un peu plus tard dans la journée. Lorsque j'atteins la lisière de la forêt, je suis étonnée de voir que la moitié des gardes sont dehors, semblant chercher quelque chose. Non loin d'elles se trouve Conrad, tendu. Lorsque ce dernier me remarque, je lui offre un grand sourire fou bien que je sois encore trop loin pour qu'il distingue suffisamment les traits de mon visage. Pourtant, c'est à une vitesse folle qu'il me rejoint, bien qu'il n'ait pas commencé à courir. Conrad m'attrape violemment par le col et me soulève à sa taille, me faisant perdre mon sourire. Je lâche ma pelle pour attraper son poignet, espérant récupérer un peu d'air dans ma trachée.
« Est-ce que je peux savoir où est-ce que tu étais ?! Hurle-t-il.
- Dans... la forêt, suffoquais-je.
- Pour qui est-ce que tu te prends, hein ?!
- Mais, mais... mais c'est Tara qui m'a dit... !
- C'est faux ! Mens Tara. Cette folle m'a poussée, puis elle a attrapé la gamine et l'a emmenée dans la forêt ! »
Oh, la chienne. Je secoue négativement la tête, alors que Conrad remet mes pieds au sol. Sans me lâcher, il attrape Tara de son autre main et commence à nous tirer derrière-lui vers la forêt. Oh, non... Lorsque je vois les autres gardes se lancer des regards inquiets, je comprends : nous sommes toutes les deux mortes. Contrairement à la capitaine agitée, je décide de ne pas me débattre. Ma position actuelle ne me le permet pas, et je doute de pouvoir rivaliser avec l'armoire à glace. Après avoir dépassé quelques arbres, le Connard nous jette devant lui comme de vieux chiffons.
« Mais... Maître ! Se plaint Tara. Ce n'est pas de ma faute, je vous le promets ! Cette fille est complètement folle... Elle a attrapé Harper pendant qu'elle mangeait et elle l'a frappée. Quand j'ai voulu l'en empêcher, elle m'a poussée, et elle est partie avec la petite. Les autres gardes avaient trop peur, elles n'ont pas osé l'arrêter... C'est pourquoi on est venus vous voir directement ! »
Peut-être que je serais la seule à mourir, après tout. Je secoue négativement la tête et ferme les yeux un instant, réchauffant des larmes mensongères pour le jeu. Je lève les yeux vers Conrad et je décide d'inventer un mensonge, moi aussi.
« Aujourd'hui, j'ai servi les assiettes de tout le monde, commençais-je. Puis, la capitaine a grondé la petite fille. Elle l'a jetée au sol, et elle a dit devant tout le monde que vous aviez ordonné sa mort. Puis, Tara a dit que puisque j'étais nouvelle, c'était à moi de m'en occuper. Elle m'a donné une pelle, et elle m'a dit de me débarrasser de l'enfant dans la forêt. C'était l'ordre... Elle... elle m'a dit que c'était un ordre qui venait directement de vous... Je ne voulais pas vous désobéir...
- Elle ment ! Hurle Tara.
- Je ne vois pas l'intérêt de mentir ! M'énervais-je. C'est toi qui m'as dit de tuer l'enfant ! Tu m'as dit que le Maître l'avait demandé !
- Maître... je vous promets qu'elle ment !
- Mais, non !
- Ça suffit ! Hurle Conrad. C'est simple. Puisque vous ne semblez pas vouloir vous mettre d'accord, vous paierez toutes les deux. »
Oh, non. A genoux dans la boue, je lance un regard rempli de fausses larmes à l'homme. S'il décide de m'attaquer, je pourrais attraper son arme et me défendre. S'il la sort avant moi, je pourrais toujours attraper le couteau à sa botte. Je le regarde de ma moue la plus boudeuse, puis je renifle en baissant la tête.
« Le Général Keller m'a demandé de suivre vos ordres, quels qu'ils soient... je ne pouvais pas faire autrement. Je suis désolée de vous avoir blessé. Je pensais vraiment que refuser serait vous désobéir. »
Il tend sa main vers son arme avant de la dégainer. Je me prépare à me jeter sur lui pour me défendre ; cependant, il loge une balle dans la tête de Tara avant de ne baisser le bras.
« J'imagine que tu es désormais la nouvelle capitaine des gardes, me dit-il. Je n'aime pas les menteuses. Et encore moins les faibles. Mais ta soumission me touche. »
Si tu savais le sort que je te réserve, espèce de fumier. Conrad tend sa main vers moi et me surprend en m'attrapant le visage. Il me soulève pour que mon visage soit presque à la hauteur du sien, afin que je ne puisse pas échapper à son regard sévère.
« Tu as su être honnête, ce matin. Sois-le tout le temps, et tu seras récompensée. »
Je boude alors qu'il me repose au sol. Finalement, ce n'est pas si difficile de manipuler cet homme. Il suffit de tirer la moue et de lui lécher les bottes. En espérant qu'il ne mette pas ses promesses à exécution ; ses récompenses malsaines ne m'intéressent pas. S'il venait à me toucher, je le tuerai sur le champ.