Chapitre 1

17 1 0
                                        

                Dubaï. La dernière fois qu'il était venu, le terminal 3n'existait pas. Sa construction avait permis de doubler la capacitéde l'aéroport. Avec près de 80 millions de passagersinternationaux, il avait relégué à la seconde place l'aéroportd'Heathrow à Londres. Il passa sans problème les formalitésdouanières. L'officier en tenue d'Emiratie lui rendit sonpasseport après l'avoir dument tamponné. L'aéroport était àl'image du reste de la ville, véritable sémaphore d'un luxeostentatoire. Le marbre omniprésent abritait dans la zone Dutyfree, les plus prestigieuses enseignes de la planète. Sonchauffeur l'attendait, tenant des deux mains un petit tableau blancoù était écrit son nom. Le mercure affichait 30 degrés ce quipour les Autochtones était une température agréable. La RollsRoyce Phantom affrété par l'hôtel glissait dans la circulationd'une file à une autre, avançant le plus souvent au pas. Lacirculation infernale n'avait rien à envier aux grandes capitaleset visiblement, la COP21 n'était pas arrivée jusqu'ici. Unnombre impressionnant de gros 4x4, SUV et voitures de sports en toutgenre rejetaient allègrement leurs quotas de dioxyde d'azote dansl'atmosphère. Nul doute que Dubaï rattraperait rapidement lestatut des villes les plus polluées au monde. A moins qu'elle nesoit sauvée in extrémiste par des solutions alternatives. On avaitdu mal à imaginer que 20 ans en arrière, tout cela n'existaitpas. Qu'en lieu et place des buildings ultramodernes c'était ledésert, sans cesse repoussé par de nouveaux projets immobiliers. Achaque instant, s'offrait à lui un paysage d'acier et de verreaux formes parfois improbables. Il devait y avoir autant de grues dechantier que de buildings. Témoignage s'il en fallait del'effervescence immobilière. Le chauffeur freina brusquementpoussant un juron en arabe. Une camionnette venait subitement de serabattre devant eux. A l'arrière de la cabine s'affichait unnuméro de téléphone et un texte en arabe traduit en anglais. Ilinvitait à signaler toute incivilité du chauffeur. Il en avaitassez vu. Soulageant sa nuque contre le dosseret de la banquette, ilferma les yeux se projetant sur son planning des prochains jours.30 minutes passèrent avant que la barrière en pointillérouge et blanc ne s'efface à l'arrivée de la Rolls. Ellebarrait l'unique accès à la presqu'île où se trouvaitl'hôtel. Le Burj Al Arab. C'était à en croire lapresse spécialisée le seul hôtel 7 étoiles au monde. Construitsur une île artificielle à 300 mètre du rivage, il était né del'imagination d'un Cheik milliardaire. Celui-ci avait trèsvite compris que l'ère des bénéfices issues des champspétrolifères avait fait son temps. Il avait donc misé sur letourisme de luxe profitant des atouts indiscutables de Dubaï, sonensoleillement et ses plages. L'architecte britannique sollicitépour le projet, avait conçu l'édifice à l'instar d'unvoilier dont la voile serait gonflée par les vents. Prouessearchitecturale reposant sur 35 m de fondations. Le béton avaitencore un bel avenir. La Rolls s'engagea sur la rotonde desservantl'entrée de l'hôtel et stoppa. Un employé se précipita pourlui ouvrir la portière tandis qu'un bagagiste se ruait versl'arrière du véhicule. Stationné en bord de rotonde, d'autresRolls Royce Phantom, clones de celle qui l'avait amené,attendaient leurs riches clientèles. Pour les amateurs de sensationfortes, l'hôtel mettait également à disposition unedemi-douzaine de luxueuses sportives dont les couleurs vivescontrastaient avec la blancheur immaculée des Rolls.

          Passé le richetourniquet habillé de verre de l'entrée principale, quelquesemployés impeccablement alignés se pressèrent pour lui proposereau de rose, serviette rafraichissante et véritable café arabe. LeBurj Al Arab savait prendre soin de sa clientèle. Standing oblige,l'hôtel ne disposait pas de chambre simple. Uniquement des suitesen duplex équipant l'ensemble des 42 étages. Au rez-de-chaussée,quelques restaurants à thèmes côtoyaient des boutiques dont leluxe n'avait rien à envier à celles de la place Vendôme à oùde la 5ème avenue. L'hôtel avait également laréputation de disposer d'un des ratios les plus élevé au mondedu nombre d'employés par suite. Ça devait être autour de 8. Avec200 suites, le calcul était rapide, l'hôtel devait employer pasmoins de 1600 personnes. Ça ne l'arrangeait pas. On devaitdifficilement faire un pas sans croiser quelqu'un. Un point qu'iln'avait pas pris en compte dans son scénario. On l'accompagna àsa chambre, une des « One bedroom Deluxe suites » de170m². Aussi l'une des plus petites. Enfin seul, il s'approchade la baie vitrée. Sa suite comme toutes les autres, proposait unevue imprenable sur la Skyline de Dubaï. Au loin, on apercevait latour Kalifa surpassant du haut de ses 837 mètres le reste de laville. Plus proche, à moins d'1 km à vol d'oiseau se trouvaitle Jumeirah Beach, l'hôtel où sa cible avait pris ses quartiers.C'est ce qui justifiait sa présence dans cet hôtel au standingexceptionnel, le vis-à-vis qu'il offrait avec le Jumeirah Beach.Indifférent au luxe ambiant de sa suite, il s'allongea touthabillé sur l'imposant lit, négligeant d'ouvrir le luxueuxcouvre lit aux motifs orientaux. Dans quelques semaines, si tout sepassait bien, il en aurait fini avec tout cela. Il ferma les yeux ets'endormit presque aussitôt aidé par les 8 heures de décalagehoraire.


La mort BlancheStories to obsess over. Discover now