Inspiration

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J'avais écrit cette nouvelle pour un concours, alors je vais la publier là. 

Nous devions nous inspirer d'une photo (qui ne m'inspirait pas du tout justement, d'où le titre). 

Pour une meilleure compréhension j'en ai mis le lien juste là : https://www.l-etage.ch/tag/brigitte-besson/

En espérant que ça vous plaise !

Cette photographie... La jeune fille la regardait depuis une bonne dizaine de minutes, en scrutait tous les contours, les effets, les reliefs, toutes les ombres et lumières, chaque petit morceau de glace, la moindre petite parcelle d'eau, elle n'y voyait rien. Rien qui ne puisse remplir la page Word dénuée jusqu'à lors de toute inscription. Rien qui lui fasse ressentir la moindre émotion, la moindre impression. Elle s'imaginait déjà ce qu'une écologiste, un photographe, un poète ou encore une scientifique aurait pu y déceler. Toutes ces personnalités différentes parleraient d'angle de vue, de fonte des glaces, de molécules, de la dislocation de la société actuelle, de sa métamorphose ou même du cycle infernal des erreurs de l'humanité, passant par une phase figée puis fluide et enfin libératrice, avant de se condenser puis de se rigidifier à nouveau, sans jamais disparaître définitivement. 

Certains dont l'imagination débordante aurait tôt fait de les transporter dans de vastes contrées du Pôle Nord, à la rencontre d'aventure, de suspense, de spiritualité et de nouvelles amitiés, ne se rendraient même pas compte d'avoir déjà dépassé les trois pages réglementaires. D'autres, se lançant dans de grands débats philosophiques entre leurs multiples personnalités, effraieraient leurs proches en s'énervant contre les inscriptions désordonnées et fiévreuses de celui qui défend ses idées avec la véhémence d'une foule en délire.

Un grand romantique mais aussi dramaturge aurait pu y percevoir les morceaux d'un coeur brisé, fracturé par trop d'espoir, dont l'amour grandissant n'aurait fait que causer sa perte, sa déchirure. Fondu par les sentiments, durci par la peine puis éclaté par la colère et enfin dispersé par le vide.

Une observatrice plus optimiste y verrait un coeur en pleine mutation, dont les derniers débris de gêne se laisseraient couler pour fusionner en un seul torrent rafraîchissant et cristallin, transitant entre les mains serrées de deux jeunes femmes venant de s'avouer leurs sentiments. L'une avec des yeux de glace, l'autre au regard Aigue-marine, se dévorant mutuellement dans un kaléidoscope d'énergies.

Accaparé de pensées sombres et morbides, un assassin verrait immédiatement les os broyés d'une de ses victimes laissant échapper un flot de sang à l'odeur âcre et palpitante. Liquide doucereux et jubilatoire, non pas de celui qui subit une vengeance, ni de celui qui n'obtient qu'une réponse à son agression. Non, juste de celui qui était au mauvais endroit au mauvais moment, tué avec la passion d'un professionnel, qui, se délectant de l'infortune de ce cadavre gisant sur le trottoir à la gorge méthodiquement tranchée et figé dans une expression de panique intense, s'en va avec un rire exalté, car, au fond, ce qu'il fait restera toujours de l'art éphémère.

L'adolescente poussa un profond soupir, quelle bêtise ! Et sa page qui restait encore et toujours vide... Cette photo n'était pas inspirante pour un sou !

Elle se surprit à penser aux parents, aux amis, aux frères et soeurs d'une femme décédée en montagne, dont le corps perdu tenterait désespérément d'attirer l'attention sur lui, condamné à rester dans la même position fatale, à observer les saisons défiler sans les suivre, à espérer qu'on le retrouve un jour, qui ne percevraient dans cette photo que l'éternel cri de désespoir de cette prisonnière du froid.

Au jeune homme endurci par trop de coups, de chutes et de misères, qui replongerait en enfance pour voir le petit garçon brisé qu'il était, dont les larmes se faufilaient à travers les débris de sa fragile carapace d'enfant bien trop jeune, trop innocent, pour comprendre et surmonter tout ce qui lui arrivait.

À la femme lasse de se battre, dont les débris de ses os réduits en miettes transperçant son coeur comme autant de lames aiguisées agiraient comme un venin, s'insinuant dans tout son être pour faire de son existence un véritable enfer. Les éclats de la bouteille projetée sur sa tête ne s'apparenteraient que trop aux glaçons éparpillés.

À la jeune fille qui, submergée par la haine et le désespoir que lui aurait inspiré son reflet, l'avait fait voler en éclats la veille, ne supportant plus la présence du magnifique miroir de sa grand-mère, lui rappelant jour après jour ses problèmes. Cette observation aurait tout simplement ravivé un souvenir douloureux de plus, un ajout à la pile en constante croissance dans son esprit, lame tranchant les rares bribes de bonheur en fines particules de poussières se noyant dans l'immensité goudronneuse de sa détresse.

Et à tant d'autres dont la simple vision de ces morceaux de glace ne ferait que réanimer d'anciens et actuels démons, vivant tels des parasites dans l'esprit de leurs victimes, se nourrissant de leurs peines avec une avidité féroce et cultivant leurs craintes, leurs angoisses pour en cueillir les fruits savoureux et gorgés d'énergie permettant à ces chimères tapies de prendre toujours plus d'ampleur et de puissance.

Mais aussi aux quelques rayons de soleil, faisant étinceler de mille éclats les tessons de l'âme de chacun, diamants incassables et merveilleux. Puis les apaisant, les faisant ruisseler vers des contrées accueillantes et chaleureuses. Les poussant à l'aide d'un frais vent de changement et les encourageant de la douce mélodie silencieuse de ses photons, petites étincelles de joie enfantine.

Comme autant de soleils réparateurs, les bonnes étoiles rencontrées dans les moments les plus difficiles appliqueraient un baume délicat, apaisant sur cette avalanche de déchirures qui, étant multiples mais perdues, ne deviendraient plus qu'Un. Un plus fort, Un plus solide, Un enfin complet.

Tous ces astres brillants ne demanderaient qu'à recoller les morceaux, à en faire une oeuvre d'art. Leur oeuvre d'art, leur ciel. Si le ciel n'était pas Un, il nous tomberait sur la tête, si il n'était qu'un bloc compact, il n'y aurait pas de vie sur Terre. Toutes les molécules de gaz s'assemblant pour former une voûte spectaculaire, un lieu faisant rêver les humains depuis la nuit des temps, attractif et indomptable. Un lieu pur de toute fourberie, de toute pensée futile, juste un élément primaire et paradoxalement complexe. Cette admiration des cieux par les êtres humains ne découlerait-elle pas de leur envie ? De leur envie de s'assembler sans se brider, de vivre en harmonie sans utiliser la restriction ou la peur ? Des sociétés de plus en plus rigides aux sociétés de plus en plus individualistes, aucune ne réussit pourtant à capter l'essentiel. Le mot « société » ne devrait même pas exister, le mot « humanité » pour le remplacer.

La jeune fille secoua la tête, émergeant de ses pensées, désespérée.

Qu'allait-elle bien pouvoir écrire ?

N'hésitez pas à me donner des avis, des critiques, ou à me prévenir si je fais des fautes pour que je puisse m'améliorer.

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