Je n'imaginais pas une telle sensation. Deux années s'étaient écoulée, autant de temps passé à ne rien dire et ne pas exister, hormis pour les placides objectifs que je m'étais fixé. Deux ans que je ne l'avais pas vu. Il ne m'avait pas manqué, mais il m'arrivait au fils de mes divagations de repenser de temps à autres à lui, souvent, peut être trop, ne m'y attardant guère. La limite étant le fantasme, tout semblait normal à mon sens.
Je me connaissais que trop bien, et je savais anticiper chaque réaction de ma personne, mais je ne pensais pas à une telle salve d'envie. À ma surprise, après tout ce temps, le simple fait de voir se dessiner sa personne, fit réagir mon corps comme dans le passé. Ces années se sentaient sur lui, comme si il avait plus vieilli que nous autres mais il semblait inchangé en un sens. Comme si je venais de le laisser. En rejoignant notre groupe d'amis, je fis en sorte de retarder nos salutations, craignant une future réaction malheureuse. Bien obligée de passer par lui, je sentis au contact de ses joues et à l'odeur de son parfum, ma faiblesse qui se profilait aux frottements humides de mon sous vêtement sur mon intimité.
J'espérais capter son attention, d'avoir le droit à ses sourires, ou à un regard en disant long. D'où pouvaient bien venir ces pensées lubriques ? Sûrement du fait qu'on avait passé un bon moment et que justement, cela faisait un moment que j'en avais pas passé, de bon moment. Me remémorer tout ça, semble une traitrise de mon esprit. Comme si ça ne suffisait pas de me punir par la douloureuse et vicieuse frustration. Ou alors je suis juste dérangée, en proie a n'importe quels signes qui pouvaient étancher la soif de mon péché de luxure.
Bien heureusement, j'étais sauvé par le fait d'être en publique, dans ce parc border de bâtiments abandonnés où nous avions tous passé d'innombrables soirées et moments agréables, j'aurais été bien trop sous pressions sinon. J'en étais au point où je contrôlais ma respiration pour avoir l'air en état normal. Me satisfaisant de simples rictus gentils à mon égard quand j'osais parler en paraissant à mon habitude. Je n'ai jamais été aussi heureuse de mon jeu d'actrice. Je fumais, fumais de ce qui se vend sous le manteau, y trouvant un calme mais aussi une excuse à d'éventuels comportements étrange dû à mon hypothétique défonce. Quand je lui ai demandé son zippo pour allumer mon joint, au lieu de juste me le donner, il l'a allumé, s'approchant, m'invitant à plonger dans le feu au creux de ses mains. Si anodin mais si sensuel pour mon pauvre esprit malmené. J'étouffais sous la fumée, mes pensées, me torturant moi-même en soufflant ces voiles de défonce sur lui.
En voyant les façades délabrées et couvertes de lierres, notre groupe se remémorait nos urbex . Avec le temps ces lieux avaient juste souffert de leurs abandons, sans compter le vandalisme bien trop régulier dans le coin. Le temps où nous y allions en groupe me semblait bien lointain, malgré mes souvenirs bien précis et leurs états actuels, la sensation me manquait. Quand il proposa d'y retourner j'acceptais sans vraiment y réfléchir, encouragée par la promesse de l'adrénaline. Personne ne se leva avec nous, lassés depuis longtemps des mêmes visites. Je regrettais presque aussitôt mon choix, quand, en marchant à ses cotés pour gagner le manoir je ressentis toute l'étendu de ma gêne.
« - Ça faisait un bail, me disait-il de la façon la plus posée qui soit.
- Ouais, disais-je en le regardant. »
Nos yeux se rencontraient et il me répondit en souriant. Pour faire original nous parlâmes de ce que nous avions fait respectivement pendant mon absence de la ville. À ces ennuyantes formalités s'ajoutait ma frustration. Puis le patchwork de planches qui servait de porte d'entrée, se présenta à nous, il s'engouffra dans le bas, abimé par les casseurs et les réparations systématiques. Il me tendit la main pour m'aider à me relever quand je passais à mon tour, ce que j'acceptais. Juste pour le contact bref que cela proposait. Trop faible, il m'en fallait vraiment peu. J'essayais de porter toute mon attention sur ce lieu familier mais j'étais déconcentrée. Chacun de ses signes, le bruit de ses pas, le bruissement de ses vêtements, et même sa respiration. Tout autant de distractions insupportables. Comment supporter la tourmente de ce vil péché en étant seule avec lui ? J'en maudissais ma stupidité.
YOU ARE READING
Gorka
Short Story"Je n'imaginais pas une telle sensation. Deux années s'étaient écoulée, autant de temps passé à ne rien dire et ne pas exister, hormis pour les placides objectifs que je m'étais fixé. Deux ans que je ne l'avais pas vu." C'est une nouvelle ou un One...
