La première fois que ses mains ont parcouru son corps, il a perdu le souffle sur ses cicatrices. Il s'est piqué sur leurs falaises, leur Finistère de chair, son coeur pris sous les coups.
Il a eu peur de toucher.
Peur de faire mal,
D'apprivoiser les traces, les sillons et les brèches
Les bavures cruelles de sa piètre ossature.
Il a eu peur de sa délicatesse.
Peur de briser l'écorce
Et de rouvrir les plaies que les fils ont fermées.
Elle était la première.
La première de ses bénéficiaires.
Elle reposait sur les draps comme une chrysalide
Ses courbes anguleuses et ses cheveux défaits.
Belle et fragile, et ses doigts l'ont frôlée :
De tout son corps qu'il avait à offrir.
Alors de douceur Gabriel a osé la cueillir.
Elle a frémi du contact. De la rencontre, s'est éveillée. Il a perçu le frisson sur sa peau éraillée
Le délassement de ses épaules et son souffle écorché,
Sous la caresse, l'esquisse de son propre tracé.
Gabriel a suivi les cassures, les brisures des plus longues traînées. Il a eu l'impression de sauter. De s'écraser en blanc de monochrome dans le creux de ces larges saignées. Un peu d'albâtre, de craie, il s'y est arrêté. Là suspendu
Puis est
T
O
M
B
É
En pleine lumière, elles scintillaient.
Sur sa peau comme les nacres du marbre – irisées.
Timide, il a suivi leurs traits, dessiné leur ravin. Les scories, les reliefs, leurs arêtes et déclins. Il a tout gravé des versants et de leurs dentelures. La veinure blanche et longiligne de la trace cratère en surface du fémur.
À chaque aller-retour il la sentait fondre dans les plis de ses mains, et s'émerveiller du plaisir qui naissait sous ses reins.
Il a suivi les coutures.
Toutes les boursouflures.
Chaque écorchure
Ses mains sur ses hanches,
Le long de ses cuisses,
Les indices en stigmate de son corps difforme,
Toutes ses éraflures.
Elles ont exprimé leur ravage sous ses mains et l'oxyde de sa peau.
La brisure de ses os
Les chiffons de ses muscles,
La ruine de son être
Et sa prison de chair.
À présent il en connaît tous les éclats et chacun de leurs points. Il les retrace comme des constellations quand il unit son corps au sien. C'est une danse contre ses hanches,
Il répare les déchirures,
Celles de son coeur, aussi – et partout où elles sont
Les cicatrices
Plus bas,
Bien plus bas,
Sur son pubis.
Gabriel se donne à son plaisir,
Et valse sous ses reins
Il l'écoute, l'accompagne et cajole ses seins
Lui rend son être, sa flamme, son sexe,
Il donne un peu d'amour et chacun de ses gestes.
Il se dédie à elle, de tout son corps
D'un même accord
Et quand elle s'émerveille.
Gabriel l'observe, sa chrysalide vermeille
Qui contre lui fleurit, s'épanouit
Si belle
Il lui redonne vie.
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la chrysalide
General FictionC'est une histoire de corps distordus, abîmés, tronqués De corps sensuels, aimés. C'est une histoire d'humanité De gestes ; Un peu de tendresse Au renouement de soi. C'est une histoire de cœur, Le sien De chrysalides entre ses mains, Et dans la nu...
