Beauté Mélancolique

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Elle a la beauté d'un ange. C'est ce qu'on pense en premier quand on la voit. Sa voix est suave, et posée quand elle parle. On boit ses paroles sans oser l'interrompre. Il y a quelque chose de magnétique chez elle. Comme une lumière interne, si forte, qu'elle irradie de sa silhouette envoutante, pour attirer tous ceux qui se trouvent autour d'elle.

Elle est belle Erza, avec sa douce peau d'ivoire.

Elle est belle Erza, avec ses yeux hypnotiques et son regard profond.

Elle est belle Erza, avec ses longs cheveux rouges, flamboyants comme un coucher de soleil.

Si un mot pouvait la définir, ce serait "perfection". Son visage est parfait. Son corps est parfait. Son petit-ami est parfait. Sa vie est parfaite.

C'est sa pause déjeuner, et Jellal est venu lui apporter son repas pour manger avec elle, dans un petit parc situé non-loin de l'entreprise dans laquelle elle travaille. C'est le printemps ; le temps est doux. Une légère brise vient soulever sa longue veste, soufflant sur son visage une fraicheur agréable, qui la fait soupirer après l'intense matinée à diriger et reprendre son équipe en retard de quelques jours. C'est un poste à responsabilités, mais Erza le tient à la perfection, là encore, et lui vaut un salaire qui lui permet un confort certain.

Un éclat de rire retentit, tandis que son amant lui raconte une anecdote amusante concernant ses collègues. Un son mélodieux, franc, et communicatif.

Même son rire est parfait.

Jellal l'embrasse tendrement, avant de partir. Il lui demande si ça ira pour l'après-midi. Erza acquiesce. C'est leur secret à tous les deux, caché derrière cette perfection qui aveugle tous les autres.
Car malgré tout, elle n'arrive pas à être heureuse.

Elle est une merveille de la nature. À l'image des fleurs de cerisiers humides par la rosée du matin, ses joues à peine teintées sont toutes aussi perlées de larmes. Quelque chose est brisé en elle. Ça lui déchire les entrailles, et l'empêche de dormir, malgré la fatigue qui l'accable un peu plus à chaque seconde. Sa bouche reste soudée, et son corps figé. Jellal dort encore, juste à coté d'elle. Erza ne veut pas le réveiller, alors elle pleure en silence.

Sa vie a-t-elle vraiment un sens ?

Les jours qui passent sont tous les mêmes, tant qu'elle ne les différencie plus. Plongée dans l'ennui, elle se sent comme un robot qui se contente de faire ce qu'il a à faire. Elle n'y éprouve aucun plaisir, ni aucune motivation. Ses émotions s'estompent au fil du temps ; sauf une.
Il y a quelque chose de poétique dans la douleur. Elle est brute. Elle est forte. Au moins, elle lui fait ressentir quelque chose. Et en même temps, elle n'en veut plus. Ou du moins, pas comme ça.

« Tu n'as pas chaud ?

- Non, ça va.

- Mais on est en plein été...

- J'ai les épaules découvertes, ça me suffit. »

Elle est belle Erza, avec sa peau cadavérique.

Elle est belle Erza, avec ses yeux ternes et son regard vide.

Elle est belle Erza, avec ses longs cheveux rouges, comme le sang qui s'écoule de ses bras tous les soirs.

Elle cache ses marques sous ses vêtements. Elle ne veut pas qu'on ne lui pose des questions. Seul Jellal sait. Il les voit, à chaque fois qu'il la tient dans ses bras, dans une étreinte où le tissu n'a pas sa place. Des moments qui étirent ses lèvres pleines en des sourires sincères, contrairement aux faux qu'elle lâche tous les jours. Mais ce n'est que temporaire. Même lui, n'arrive pas à la sortir définitivement des ténèbres dans lesquelles elle s'est perdue.

Ses pieds continuent d'avancer machinalement, la faisant couper la route sous les cris de Mirajane qu'elle ignore, son regard fixé sur un point au loin, sans vraiment se concentrer dessus. Des pneus crissent, et un coup de klaxon la fait sursauter. Erza tourne lentement la tête vers la source du bruit. Une voiture arrêtée à quelques centimètres d'elle. Le conducteur est énervé et baisse la fenêtre, sûrement prêt à l'engueuler. Elle lui adresse un sourire triste en guise d'excuse, qui le prend au dépourvu. Son air angélique lui fait oublier sa colère, et baisser les yeux. Son amie la rattrape, et la gronde encore pour son imprudence, et sa manie de traverser les routes sans faire attention. Elle lui répète encore qu'elle aurait pu se faire tuer, et Erza se contente d'hausser les épaules.
Ce qu'elle ne lui dit pas, c'est que cette issue ne l'aurait pas dérangée.

Après-tout, sa souffrance en vaut-elle vraiment la peine ?

Mais Erza n'a pas le droit de se plaindre, parce qu'elle est magnifique, et qu'elle a une vie de rêve que tout le monde envie. Elle n'a pas le droit de se sentir mal, parce qu'elle a tout pour être heureuse. Alors ses lèvres s'étirent parfois, tandis que ses yeux restent mornes. Personne ne le remarque. Leur attention est verrouillée sur son allure gracile et sa démarche dansante. Elle ressemble à une fée tout droit sortie d'un conte.
Une enchanteresse qui séduit, alors que sa lumière est morte.

« Tu n'as pas faim ?

- J'ai mangé avec Mira. »

Son petit-ami plisse un peu les yeux en l'observant un instant.

« Tu as maigri...

- Ça doit être le stress. »

Même Jellal ne sait pas tout. Son état lui fait déjà assez de mal comme ça, elle ne veut pas en rajouter. En réalité, ça fait une semaine qu'elle n'a pas vraiment mangé. Ils vivent séparément ; il ne peut donc pas vérifier, et Erza ne veut pas l'inquiéter d'avantage sur son incapacité à se nourrir sans tout régurgiter. Elle lui adresse un maigre sourire, avant qu'il ne la serre contre lui pour embrasser longuement son front. Il souffre, de la voir comme ça. Erza le sait.
Ne serait-il pas mieux avec une autre femme ? Il serait probablement plus heureux.

Pourquoi se battre encore ?

Elle est lasse. Fatiguée. Fatiguée de tout. Fatiguée de se battre tous les jours sans savoir pourquoi. Fatiguée d'une existence qui ne rime plus à rien. Piégée dans un monde ou la lumière ne passe plus. Sombre. Et vide. L'échappatoire lui est invisible, la faisant s'enfoncer dans sa mélancolie, profondément, au point de ne plus pouvoir revoir la surface.
Alors elle a arrêté de chercher.

Elle est belle Erza, avec sa peau de neige.

Elle est belle Erza, avec ses yeux fermés dans un air paisible.

Elle est belle Erza, avec ses longs cheveux rouges, comme le sang qui s'est vidé de ses poignets.

Beauté MélancoliqueHistorias para obsesionarse. Descúbrelo ahora