2004

70 2 0
                                        

Moi, c'est M., je suis une jeune fille qui vit dans une petite ville où il ne se passe pas grand-chose.

Je ne vous promets pas que ces écrits seront palpitants ni que ce sera une histoire avec un Happy Ending comme on dit, je vous promets juste la vérité, l'honnêteté d'une adolescente. Voici mon histoire.

Je suis née un jour d'hiver, dans une petite ville perdue de France. A ce moment-là, je suis le premier enfant de deux jeunes adultes qui s'aiment passionnément. Ma mère n'a que dix-sept ans et mon père dix-huit.

L'annonce de la grossesse de ma mère n'a pas eu le même impact dans sa famille que dans la famille de mon père. Ma grand-mère maternelle l'accepte quasiment tout de suite, contrairement à mes grands-parents paternels qui ne l'ont accepté que neufs mois après.

Lors de la grossesse, les médecins se rendent compte qu'il y a décollement du placenta, ce qui me mets en danger. Ma mère a comme consignes de rester alitée tout le long de sa grossesse. Le problème dans tout ça ? Mes parents ne vivent pas encore ensemble à ce moment-là et les parents de mon père l'interdisent de voir ma mère. Elle a dû, alors enceinte de huit mois, refaire ma chambre, toute seule.

Malgré une grossesse mouvementée, je suis née, entourée de mes deux parents, et en pleine santé (mis à part une jaunisse à la naissance qui faisait de moi un Simpson). Je suis arrivée avec quatre jours d'avance, j'avais déjà cette envie de découvrir le monde.

Après ma naissance, ma mère a arrêté les cours pour s'occuper de son nouveau travail à plein temps, celui de maman. Mon père, lui, a poursuivi ses études, a passé son bac et l'a eu.

Mon père était souvent absent de la maison à cause de son travail, et je me souviens que même lorsqu'il était présent physiquement, il n'avait pas l'air de l'être mentalement. C'est pour cela que lorsqu'il est parti quand j'avais six ans, ça n'a pas fait un gros vide à la maison, mais ça c'est un autre passage de ma vie, j'y reviendrai.

Les cinq premières années de ma vie j'ai vécue chez ma grand-mère maternelle avec mes deux parents. J'ai toujours été très proche de ma grand-mère puisque c'est elle qui me gardait quand mes parents n'étaient pas là. Malheureusement, elle était malade, donc lors de ma première année sur cette planète elle a dû être hospitalisée. Une année entière, mes parents et moi avons dû aller la voir à l'hôpital. C'est là-bas où j'ai bu un de mes premiers chocolats chauds, où j'ai appris à marcher. J'y ai vu passer les quatre saisons, et parfois, je retrouve dans des cartons des photos de nous là-bas, dans cet hôpital.

Je suis assez triste de ne pas avoir de souvenirs de ces moments-là, du moment où je découvrais la vie à l'endroit où j'ai poussé mon premier cri.

Ma grand-mère paternelle m'a souvent gardé elle aussi, mais de ça j'en garde quelques souvenirs, comme ma trottinette à trois roues Dora avec laquelle je faisais des tours et des tours de garage, ce garage que je trouvais si grand à l'époque. Je me souviens parfaitement de la maison et de l'emplacement des meubles, de Mamie derrière l'espèce de comptoir qui séparait la cuisine du salon, de la chambre au fond du couloir, de ces murs si blancs dans toute la maison. Je me souviens que tous les soirs on regardait « Qui veut gagner des millions ? », que les jours où il faisait beau, j'allais jouer dans le jardin et que mon père me faisait passer par-dessus le grillage des voisins pour aller jouer avec ma copine, et de l'odeur de neuf que dégageait la voiture de Mamie. Je me souviens de tout ça.

Mais ce dont je ne me souviens pas, c'est de son visage.

2004Where stories live. Discover now