« Un trou abject souillait l'étendue blanche et uniforme. Il s'agissait d'une plaie dont le désert de glace ne cicatriserait jamais. Cette déchirure semblait crainte du ciel lui-même, car si la neige tombait sur toute la région, jamais un seul flocon ne s'aventurait dans l'abîme. Nous ne savions rien de ce qu'il contenait. Nous ne lui connaissions que son insondable obscurité et cette chaleur contre-nature qu'il expirait pour corrompre la fraicheur du désert.
L'un des nôtres s'y jeta pour mettre fin à ses jours. Il revint des entrailles sombres, chaudes et inconnues du gouffre, et nous nommâmes le trou « Asga ». Ce mot devint le plus atroce de notre langue, car le cœur de celui qui en était revenu avait disparu, changé en un organe noir et maléfique. Le misérable n'eut dès lors pour unique dessein que de répandre la souffrance afin de ravir son palpitant enténébré. »
***
Il y avait, devant la majestueuse demeure Huidjine, de vastes jardins où les enfants du clan pouvaient se distraire de mille façons. Deux lacs artificiels y stagnaient, elle aurait pu s'y baigner. Elle aurait pu se saisir de son épée de bois, abandonnée contre les barrières de la large terrasse, et s'imaginer affronter un fauve. Elle aurait aussi pu faire bien d'autres choses, mais Nini était en bas de la colline, du mauvais côté des longs escaliers de pierres couverts d'un voile de tissus. Si elle les franchissait, elle avouait du fait même avoir eu une mauvaise idée. Alors la petite héritière Huidjine restait assise sur l'herbe mouillée, entre les murailles d'Ayaza et la forêt, se demandant s'il était possible de mourir d'ennui de façon littérale. Ses yeux pétillants valsaient en tous sens, cherchant quelque chose - n'importe quoi - digne d'intérêt. Nini s'était occupée un court instant en observant les oiseaux passer. Ceux-ci étaient passés, et désormais partis. Elle poussa un bruyant soupir.
— C'est toi qui as voulu qu'on l'accompagne, remarqua Dchiao.
Cette dernière était la cousine de Nini, mais elles étaient si proches et se ressemblaient tant que les gens de la capitale les surnommaient « les sœurs Huidjine ». Le teint pâle ainsi que les cheveux noirs et lisses des deux enfants étaient très communs dans le royaume. Leurs iris d'un bleu céleste, en revanche, constituaient un atout typique de la branche principale de leur clan.
— Ben oui, je pensais voir de la magie, moi !
— Les filles !, pesta Feng. Je vous ai dit que j'aurai besoin de me concentrer !
Celle-ci était bien différente des deux cousines. Huidjine Feng, cinq ans également, était une elfe. Ses cheveux, mêlés en deux larges couettes, brillaient au soleil d'un blond inhabituel pour la région. Elle était plus grande et plus bronzée que ses deux amies, mais le plus frappant chez Feng, étaient les fins traits, presque ceux d'un adulte, de son visage.
— Te concentrer ?!, répéta Nini. Tu ne fais que remuer les bras !
— Je ne fais pas que remuer les bras !, s'offusqua Feng. Je dois prendre possession de mon souffle et le changer en magie. C'est très compliqué. Et dangereux.
L'héritière roula des yeux. Son amie elfe n'était pas du genre à faire des bêtises, alors quand Feng lui avait annoncé qu'elle comptait « faire de la magie », Nini avait insisté pour voir ça. D'après Siou, l'enseignante de Feng, cet exercice était très dangereux. Les apprenties sorcières ne s'y risquaient jamais avant leurs douze ans.
Cette bêtise était la plus ennuyante du monde.
***
Un picotement saisit le cœur de l'apprentie sorcière et son visage s'illumina d'un sourire. La démangeaison s'accentua. Feng sentit la magie quitter son cœur, parcourir son réseau sanguin, filer jusque dans ses bras. Elle remua la main et sentit cette chose indescriptible, l'énergie magique, glisser sous ses ongles pour se propager dans l'air. Son cœur ne s'était pas arrêté, ses yeux ne s'étaient pas révulsés. Elle déversait devant elle un fin courant de magie et tout allait bien. Elle s'aperçut alors que quelque chose bougeait devant elle, dans la forêt.
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La Cité des Taupes
FantasyNi est comme une enfant : irresponsable, entêtée et d'une gentillesse naïve. Puisqu'elle a seize ans, puisqu'elle est le futur d'un clan des plus prestigieux, sa mère, la Matriarche, exige qu'elle change de toute urgence. Pour ce faire, elle décide...
