Du dérapage ...

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Du dérapage ...

Mai 2009 ... Notre relation s'apprête à prendre un tournant nouveau.

Dès le début du mois, quelque chose changea dans le fait que maintenant, nous nous voyions en dehors du lycée. Toujours en tout bien tout honneur, sans aucune arrière-pensée de ma part. Naïveté quand tu nous tiens. Selon ses propres mots plus tard, il n’avait jamais eu aucune arrière-pensée non plus. Aujourd’hui, je sais que c’était un mensonge, mais à l’époque, cela n’a fait que contribuer à me prendre encore plus dans ses filets.

Nous nous sommes vus un premier jeudi, chez lui. Il m'invita à manger, et à passer un peu de temps ensemble. Je visitais et découvrais son univers… Une journée tranquille entre amis en somme.

La semaine suivante, nous nous sommes revus de la même façon. J'affectionnais ces moments, ils me changaient du lycée et des révisions dues aux examens qui approchaient à grands pas. Ce jeudi-là, nous avons décidé d'aller assister à un Grand Prix automobile ayant lieu le samedi d'après. Rendez-vous pris ! 

Arriva ce fameux jour. Ce fut une journée parfaite ! Sandwichs entre copains, entrée qu'il me paya et nous nous sommes installés pour la journée. Nous avons vibré ensemble pour la course, lui, tellement pris par la compétition et les accidents se produisant, qu'il me saisit la main pour aussitôt la lâcher en s'excusant, à plusieurs reprises. Je n’y prêtais aucune attention.

Le soir venu, nous avons déambulé dans la ville en parlant de nous. La nuit tombait, il téléphona chez lui, je me souviens, en disant qu'il avait croisé des connaissances et qu'il allait rentrer bientôt mais qu'il ne savait pas quand.

Sur le coup, ça ne m'avait pas choquée, j'étais passée à côté ...

Dès que le circuit a été ouvert au public, il a été la première voiture à le parcourir, pour me montrer les sensations que l'on pouvait éprouver dessus. Nous nous sommes posés tranquillement pour discuter, et je lui ai montré quelques failles, notamment sur cette confiance envers les hommes et de mes problèmes étant petite. Je me souviens qu'à ce moment-là il m'avait prise dans ses bras, les larmes me venant en parlant de tout ça.

Il m'a dit : "Pauvre petite chose, mais qu'as-tu donc en tête ? Pourquoi un tel manque de confiance en toi ? Crois en toi, tu le vaux vraiment, plus que beaucoup." 

Ça n'avait pas été au-delà du réconfort qu'on apporte à quelqu'un en détresse. Puis j'étais rentrée.

Nous ne nous sommes pas vus la semaine d'après. Mais le jeudi encore d'après, c'est là où tout a dérapé.

Peut-être aurais-je dû le voir venir, voir que nous nous rapprochions trop, que nous nous cherchions tant par les mots que par les gestes. Tout cela était inconscient car là encore, j'avais des principes.  

Ce jeudi-là, nous avons passé la journée ensemble. La matinée avait été chargée de gestes ambigus, voire explicites quand je me suis retrouvée dos à lui à un moment donné. Je crois que c’est à ce moment précis que j’ai su que notre relation n’était pas si normale que je voulais bien le croire. Quand je l’ai senti dans mon dos, son souffle dans ma nuque, quand ses mains ont fait tomber les bretelles de ma robe, puis de mon soutien-gorge, lentement, tout en me murmurant "Alors t'es prête à aller jusqu'où" sur le ton du pote qui défie quelqu'un, j’ai su qu’un pas risquait d’être franchi.

J’aurais pu partir sur le moment me direz-vous… Oui. Mais. L’excitation du moment et de l’interdit était là, malgré ce que me dictait ma conscience. Mon coeur battait la chamade, mes joues étaient rouges ...  Malgré tout, j’essayais de me convaincre que non, un homme respectable comme lui, avec une famille et une certaine réputation, n’irait jamais plus loin que ça, que ça n'était vraiment que de la provocation.

Nous avons mangé ensemble avant d'aller nous promener au bord d'un lac qu'il voulait me faire découvrir. C'est en ce lieu que nous avons dérapé.

Comment ai-je basculé, comment mes convictions et mes principes ont-ils ainsi été mis au pilori ? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'à un moment donné, nous nous sommes retrouvés l'un contre l'autre, bouches unies. Il s'est ensuite écarté, m'a regardée, pris la main, et nous avons marché jusqu'à la voiture sans rien dire. 

Aucun mot n'a été prononcé sur le chemin du retour. Comme un pacte silencieux. Une fois revenus, il m'a juste dit : "Je ne regrette pas". Et nous en sommes restés là, gênés tous deux (moi surtout. Lui devait se réjouir en silence d’avoir finalisé l’action qu’il préparait depuis tellement longtemps).

Premier dérapage. Et loin d'être le dernier...

Chroniques d'une femme de l'ombreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant