Prologue ;

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Je déteste beaucoup de chose, mais je présume que ce que je déteste le plus est ma propre faiblesse. Depuis toute petite, je peine à porter le moindre seau d'eau, pourtant précieux, ou quelques bouts de bois pour faire du feu. Hors, dans les sous-terrains, les Cavernes, il vaut mieux avoir de la force et ne jamais être malade, être résistant... Ce que je ne suis pas.

Je ne me suis pas présentée, navrée ; je suis Svanalie, et j'ai seize ans, bientôt dix-sept à vrai dire. Je suis orpheline depuis dix ans maintenant, presque onze, et tout ça pour un peu de jalousie et d'égoïsme des uns et des autres. En plus, l'incident avait prit ma jambe droite et ma poitrine, me faisant ressembler à un homme plus qu'une femme. Car oui, tant que nous n'avons pas le droit de monter à la surface, il nous est interdit d'avoir des cheveux.

En même temps, en avoir, c'est se coincer ; les cheveux restent accrochés aux épines, racines et autres, qui sont dominantes chez nous, ici bas. Il y a aussi la saleté qui les recouvre, accentuant celle qui nous recouvre déjà en permanence, et le besoin de manger une nourriture "correcte" si l'on veut qu'ils poussent. Au bout d'un moment, les manques et les coups de ciseaux convainquent la chevelure de ne jamais repousser. C'était mon cas.

Chauve, donc, avec un visage ovale, deux grands yeux espiègles gris fades, un nez fin et pointu trop réhaussé, avec des joues creusées par la maladie, le sommeil et des cernes, presque à déjà être ridée à seulement seize ans. Dépasser vingt-cinq ans tenait du miracle, et ça se ressentait. J'avais aussi un front plissé et court, plus de sourcils, des lèvres pincées fines et presque invisibles, ressemblant ainsi à une vieille fille. Brûlée légèrement au cou, la brûlure remontait jusqu'au bord gauche de mes lèvres, donnant une autre justification à cette apparence hideuse.

Autre point noir ; mon menton triangulaire trop grand, et mes oreilles pointues décollées géantes. Je ressemblais à un monstre, surtout que j'étais beaucoup trop mince, squelettique presque "littéralement", et sans aucune musculature quelconque. Malgré tout, j'avançais en boitant horriblement, ma jambe brûlée difficile à trainer. Je devais survivre, comme tout le monde ici, et me débrouiller seule pour ça.


C'était un jour comme les autres, pour l'orpheline solitaire que j'étais. Je m'étais levée, installée sur ma chaise, mangeant de la mousse pour petit-déjeuner, puis me dirigeant en me trainant jusqu'à mes habits. Ou plutôt, ce qui y ressemblait le plus. Imaginez un sac en haillns, troué pour laisser passer les bras, et ouvert en bas pour ne rien bloquer. Mais aussi si court qu'on voyait presque mon intimité, et si abîmé et usé que mes hanches étaient visibles, ainsi que le haut de ma poitrine à cause du col partant en V et son allure complètement déchiquettée. Même les manches étaient plus dans le style du "débardeur fin" que du "débardeur épais", par ailleurs.

Je sortais donc de la maison et tombait nez-à-nez avec Clamila. Ma seule et meilleure amie, car la seule qui ne me rejettait pas à cause où de la richesse passée de mes parents, ou ma laideur excessive, même pour les gens des sous-terrains comme nous... Ou encore ; mes brûlures et ma faiblesse naturelle, qui me faisaient voir en "inutile", voir comme une "déjà morte".

Clamila était aussi chauve que moi, mais plus épaisse et jolie. Elle avait encore des sourcils bruns, un grand regard en amande pétillant de vie d'un bleu foncé sublime, son visage n'était pas trop ovale ou rond, et même son front court était à peine plissé et peu moche. Son nez fin rondelet ressortait à peine de son visage, ses lèvres épaisses et courtes étaient étrangement pleine de vie, et elle n'avait pas de cernes et les joues bien moins creusées que les miennes. Ses oreilles étaient petites, discrètes, rondelettes, collées à son visage, pendant que sa carrure générale trahissait qu'elle aurait dû manger plus, mais n'était pas encore trop en mauvaise santé pour une habitante des Cavernes. Elle avait même le luxe d'un peu de musculature, chose rare !

Je l'enviais souvent, je l'avoue. En tout cas, ce jour-là, elle venait me trainer avec elle jusqu'à la place centrale du village. Apparemment, Finala m'avait demandé, alors qu'elle me détestait. Cela ne signifiait rien de bon... Quoi qu'il en soit, je n'avais pas d'autre choix que d'obéir, alors je me suis laissé trainer, difficilement, jusqu'au centre de notre pathétique village de boue et de maisons coincées et minuscules, entre des racines et de la terre, dans les paroies des murs.

Finala attendait, assise en tailleur, et c'était l'archétype de la fille qui, si elle sortait d'un pas du village, pleurait de peur et hurlait pour un "chevalier". Sauf qu'ici, ça n'existe pas. Ses cheveux longs jusqu'aux chevilles ? Une erreur mortelle. Sourcils trop taillés et fins, yeux dorés arrogants et espiègles, visage allongé et joue rondelettes, comparé à tout le reste du village qui était maigre à mourir quand elle semblait avoir des kilos en trop... Elle abusait de la bonté des autres et son pouvoir pour qu'ils fassent tout à sa place et s'empiffrer sans conséquences !

Et sa voix arrogante et nasillarde demanda, à mon arrivée, alors qu'elle se remettait debout avec lenteur et "élégance" ;

<< Bonsoir, Svanalie ! Comment vas-tu ? Tu es prête ?

- Bonjour, oui, corrigeais-je avec agacement.

Elle était toujours décalée du cerveau, apparemment.

- Toujours pareil, merci de t'en soucier, continuais-je rapidement avec un soupire. Je dois être prête pour quoi, sinon ?

- Vous savez tous qu'il nous manque une esclave à vendre, suite à l'incident de la semaine dernière ! Hors, le village d'à côté à vraiment besoin d'ouvriers, et chaque bras compte avec cette année catastrophique, ainsi que chaque pièce pour acheter la nourriture pour nos enfants. Ma proposition va donc être la suivante ; Svanalie est inutile, ici, pas vrai ? Elle ne sait que coudre, mais nous n'en avons plus besoin maintenant que nous avons tous des habits, et tout le monde sait rallonger des habits ! Donc, je propose de l'envoyer en tant qu'esclave couturière au village d'à côté et ainsi donner à manger à nos petits !

- Quoi, s'offusqua une mère. Elle reste une enfant du village ! On ne vaudrait pas mieux que les gens de l'Extérieur, si on faisait ça !

- Mais mon bébé à besoin de manger, se plaignit un père, tenant un enfant agonisant à cause de la faim. >>

S'ensuivit ainsi une longue dispute, un débat longuet, pendant lequel j'ai tenté de comprendre ce qu'il se passait ; on voulait me vendre comme une esclave ? Personne n'y croirait, pas vrai ? J'ai regardé avec peine et terreur vers Clamila, qui s'excusait du regard et confirmait mes craintes ; à l'instant où mes parents étaient morts, j'étais orpheline, et trop jeune pour gagner de l'argent légalement. Du coup, j'étais déjà esclave ici, et j'étais juste "transférée" en somme...

Finala me haïssait, c'était bien connu, mais elle avait enfin trouvé le moyen de se débarasser de moi. J'ai fondu en larmes sur le sol, me blessant aussitôt les genoux, ma peau trop fine et abîmée par mes brûlures...

Les Oubliés des ProfondeursStories to obsess over. Discover now