Assis à l'ombre bienfaitrice d'une des colonnes de pierre qui soutenait le linteau de marbre de son temple, Milo savourait la relative fraicheur qu'elle lui apportait par cette chaleur écrasante. Dans son dos, il entendit des pas venir vers lui, mais il ne s'en inquiéta pas. Il savait qui venait à sa rencontre.
Son invité vint s'installer à sa droite. Sans un mot. Sans un bruit. Comme d'habitude. Et resta là, immobile, attentif. Milo jeta un coup d'œil à son jeune ami dont le regard se perdait à l'horizon. Cela faisait une année maintenant que tous les mois Hyôga s'infligeait le même rituel sans pour autant parvenir à aller jusqu'au bout. Le jeune Russe avait le cœur meurtri, le désespoir l'accompagnait à chacun de ses pas.
Le Grec se tourna vers son cadet et posa la main sur son épaule pour le réconforter un peu. Pour la vivre lui aussi, il savait la douleur que ressentait le jeune Cygne.
« Hyôga, il faut que tu acceptes les choses à présent », commença Milo, d'une voix qu'il se voulait assurée.
Comme ces mots lui coûtaient à lui aussi. Camus avait été un homme hors du commun, un digne et puissant Chevalier d'or et sa disparition lui pesait tout autant. Le Russe avait perdu une figure paternelle, un mentor, son maître. Lui avait perdu un soutien indéfectible parmi la garde dorée, un meilleur ami, son amour.
Hyôga ne lui répondit pas. Il ne bougeait pas d'un cil, ses cheveux blonds se soulevant au gré de la légère brise brûlante qui venait de se lever.
Bien que n'ayant aucun lien de parenté avec Camus, Hyôga et lui se ressemblaient énormément. Non pas physiquement mais bien dans leur manière d'agir, d'être : l'indifférence qui se dégageait de leur personne, cet air légèrement hautain qui figeait leurs traits dès qu'ils portaient leur regard sur quelqu'un. Personne au Sanctuaire ne les comprenait, ni même n'essayait. Au contraire, ils avaient tous deux la réputation d'être froids, distants, presque inhumains de par cette capacité à fuir les autres, la rudesse de leur propos, la sévérité ainsi que le détachement dont ils faisaient preuve à chaque instant.
Pourtant ce n'était pas la vérité. Pour les avoir côtoyés tous les deux, Milo le savait bien. Ils s'étaient forgés une carapace de glace pour se protéger de leurs sentiments, de leurs émotions. Camus était passé maître dans cet art difficile et son disciple faisait tout pour suivre ses pas. Mais celle de Hyôga devenait de plus en plus large et lourde sur ses jeunes épaules, et menaçait de l'emporter à tout jamais dans l'indifférence et le désespoir le plus profond, un précipice sans fond duquel il ne pourrait jamais sortir.
« Je sais, Milo, mais je n'y arrive pas. Je suis incapable de franchir le seuil de sa maison. Trop de souvenirs douloureux m'assaillent. »
Milo vit l'œil d'un bleu presque transparent de son jeune ami briller, comme si les larmes ne demandaient qu'à en jaillir, mais il n'en fut rien. Il y avait tout de même une différence entre les deux hommes : leur regard... Celui de Camus pouvait se montrer froid, inaccessible et ne montrait aucune émotion, jamais !, en dehors de rares moments dont seul Milo avait pu être le témoin privilégié. Celui de Hyôga avait cette même distance mais on pouvait pourtant lire à travers. 'Les yeux sont le miroir de l'âme' ne disait-on pas ? Alors l'âme du Russe était bonne et sensible. La glace ne l'avait pas encore enfermée à tout jamais. L'amitié y avait trouvé sa place, alors le Scorpion caressait l'espoir que, peut-être, la paix pourrait un jour habiter son cœur et son âme ?
« Hyôga, cela fait une semaine que tu viens tous les jours... Demain cela fera un an que c'est arrivé. Il faut que tu acceptes que... Camus n'est plus. »
Milo avait répété ces mots des dizaines de fois au jeune chevalier et chaque fois la même douleur, le même déchirement dans son cœur qui lui rappelait que malheureusement, lui aussi était seul. Mais sa douleur et sa tristesse ne trouvaient aucun écho chez le Chevalier du Cygne. Il s'était juré à la mort de son amant de veiller sur son disciple bien-aimé mais Hyôga s'enfonçait chaque jour un peu plus dans cet abîme de malheur. Et Milo ne savait plus trop quoi faire pour l'en sortir.
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Rédemption
RomanceComment Hyôga parviendra-t-il à ne pas crouler sous le poids de la culpabilité d'avoir dû ôter la vie de Camus sans perdre son humanité ? Comment Milo parviendra-t-il à surmonter le vide sidéral laissé par son meilleur ami et amant, sans révéler le...
