- À Tiago.
Ceci est le dernier cap à passer.
Ne vous méprenez pas, vous avez un
certain mérite à résister
-Véronica Roth, Divergent-
Même si nous ne le souhaitons pas, nous lâchons sans arrêt des paroles, remarques et autres pensées que nous aurions dû garder pour nous. C'est le cas de chacun sur Terre et c'est ainsi mon cas, tout comme le tien, toi qui lis cet ouvrage.
Je vais essayer de faire court, je n'avais aucune envie de rédiger ce journal. Aucune. Mais pour satisfaire le désir ardent de ma soeur aînée qui souhaite que j'écoute ce que me dit la psy que je vois tout les vendredis soirs, je vais le faire.
Je me nomme Prune. J'ai 16 ans et un quart et je déteste les maths. Je vois une "psychologue" qui est "censée m'aider" à surmonter mon "mal-être". Oui, cela fait beaucoup de guillemets, mais j'ai l'impression que ma vie entière est entre guillemets. De ma naissance à aujourd'hui. Et d'aujourd'hui à demain. Je ne vais pas vous mentir, même si ça risque d'être cliché : pour moi, tous les jours se ressemblent. Le réveil à 6 heures du mat, les cours longs et fatiguants, les devoirs, le sommeil. Et le réveil à 6 heures du mat. C'est une boucle infini qui se répète chaque jour qui passe, et à tous les commencements de chacun de ces jours, je me demande pourquoi j'existe, ou pourquoi je suis toujours en vie. Et bien parce que chaque jour qui passe, ma soeur se bat pour moi. Alors que, l'égoïste que je suis, ai lâché prise depuis bien longtemps.
Je pose mon stylo 4 couleurs brusquement, je déteste écrire, encore plus quand c'est pour mon intérêt personnel. Enfin, ça c'est ce que prétend la psy. Je sais que tout ce que j'écris aujourd'hui elle me le lira demain en me critiquant pour me rassurer. Je déteste la psy autant que les maths, ou l'écriture, à voir. Il n'y a pas mal de chose que je déteste au final. Ma soeur m'appelle pour manger, retardant le moment de mon autocritique. Je me dirige alors, dans un geste d'habitude, devant le miroir rond bordé d'étoiles scintillantes posé sur la commode basse près de mon lit. Je me regarde sans me voir, et m'habille de mon faux sourire, puis de mes yeux pétillants, loin bien sur de ceux inondés de larmes qui animent mes journées. Je repositionne mieux les cheveux noirs présent sur mon crâne pâle, essuis mes joues avec la manche de mon pull, et fini par descendre les escaliers turquoise, tendre souvenir de ma petite enfance.
Étant l'aînée, c'est Nuit qui a dû reprendre les charges de papa et maman. Elle y arrive bien. Elle travaille, s'occupe de moi, et fait toutes les petites tâches de la maison : le ménage, la cuisine, les courses, les papiers, le linge, l'argent, les rénovations etc.. Et moi dans tout ça ? Je m'efforce de ramener de temps à autres une note au dessus de 10.
Certains disent que c'est injuste, que c'est moi qui devrait faire tout ce que fait Nuit, que c'est de ma faute, qu'elle devrait se reposer sur moi, se reposer tout-court. Mais elle refuse catégoriquement d'écouter ces remarques, elle dit que ce ne sont que des bêtises, qu'ils disent cela pour me mettre encore plus mal. Elle se cache, se protège, de la réalité. Elle y arrive. Contrairement à moi.
Je sais qu'ils ont raison, que c'est de ma faute, que ce sont mes responsabilités et que je dois les assumer, je reconnais ce que ma soeur refuse de reconnaître. Sans moi, nous aurions encore une vie basique, normale, sans chichis, la vie que toutes les jeunes filles de 16 et 18 ans ont. Mais ce n'est pas le cas, et ce depuis maintenant presque trois mois. On nous a proposé une famille d'accueil, ou un tutorat.
Mais Nuit a refusé, c'était son droit en tant qu'adulte. Jeune, certe, mais adulte. Lorsqu'elle m'interpelle, je lève les yeux de mon assiette en porcelaine vide et blanche, spectacle d'une incomparable magnificence vierge pour les yeux, afin de les reposer dans ceux couleur jade de ma soeur. Elle souffle presque imperceptiblement quand je hausse les sourcils et me demande mon assiette.
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Prune
Teen FictionEt puis plus rien. Le vide. Le noir. Je n'entends plus les sirènes. Des bras me soulèvent. Je ne sens plus rien. Je ferme les yeux et me détends. J'ai le temps d'entendre une voix lointaine, je cherche à qui elle appartient. Je ne trouve pas. Elle...
