Prologue

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Ma première réaction a été de fuir. Loin, vite. Je ne pouvais rester plus longtemps dans cette prison. C'était plus qu'une envie, un besoin viscérale.
Je ne ressentais plus rien. Tout était devenu fade. Les couleurs, les saveurs,... Tout semblait avoir disparu. Il ne restait rien. J'étais vide, peut-être même déjà mort.
J'aurais presque pu le croire, si seulement mon cœur s'était aussi éteint. Pourtant, il était là, sauvage et incontrôlable. Il tambourinait dans ma poitrine, d'un rythme effréné, sans s'arrêter. Mon souffle le suivait comme un concert qu'eux seuls maîtrisaient. J'étais encore en vie.
Puis, enfin, j'étais dehors. Mes jambes se raidirent, puis vidées de leurs forces, elles arrêtèrent de supporter mon poids. Sans ce soutien, mon corps s'effondra sur un magnifique tapis clair glacial. Mes larmes coulèrent, j'étais seul.
Pourtant, tout était paisible. Le ciel était bleu, sans nuage. Le sol était coloré d'un blanc immaculé, ainsi que les arbres, et tout ce qui était présent. Comme si, un artiste avait choisi de peindre ce lieu, avec pour seules couleurs dans sa palette, différentes teintes de blanc. Les seuls touches de couleurs étaient les quelques passants, dont les vêtements vifs contrastaient avec la blancheur enfarinée de la neige. Une douce mélodie accompagnait ce cadre idyllique : des rires, le chants des oiseaux ainsi que parfois le doux mécontentement d'une voiture qui passait par là. C'était un rêve dont j'étais le triste spectateur. Condamné à admirer à ce doux numéro sans pouvoir être acteur. Je m'étais changé en un être que personne ne pouvait plus voir, un fantôme autrement dit.

J'avais toujours été quelqu'un de banal, et ce depuis ma tendre enfance. Rien ne me démarquait. Je n'ai jamais été ni mauvais, ni bon. J'étais un peu comme une ligne continue, sans vague. Des résultats moyens, des ambitions moyennes, une vie ordinaire en d'autres termes. J'aimais bien me comparer à une constante. Malgré mon environnement je ne changeais pas. Fidèle à moi-même. En y réfléchissant maintenant, ma banalité était telle, qu'elle en devenait originale. Enfin mieux, extraordinaire. J'aime beaucoup ce mot. Je m'y retrouve assez, avec la partie ordinaire, mais il y a quelque chose en plus, un petit extra.
Enfin, j'avais trente ans. Célibataire. Employé administratif. Assez classique en somme. Par là, j'entends assez routinier. Je ne déteste pas les imprévus de façon générale, mais je ne les apprécie pas pour autant. Cependant, ma vie venait de prendre un tournant inattendu, que je n'appréciais guère.
Je ne sais combien de temps je suis resté là, allongé sur la neige froide, mais quand je me releva, mon cœur et ma respiration s'étaient calmés, me laissant un instant de répit. Pourtant, je n'arrivais pas à réfléchir, à penser ou ne serais-ce qu'à me rappeler ce qui venait de se produire.
Je me redressa et me dirigea chez moi. J'avais oublié mon manteau. Un manteau bleu, duveteux, qui tenait bien chaud. Je l'adorais, mais pourtant impossible de faire demi-tour pour aller le récupérer. La voix de mon téléphone se fit entendre, cassant l'atmosphère agréable de cette veille de Noël. C'était ma mère qui venait aux nouvelles. Depuis la mort de mon père l'été dernier, elle se sentait très seule, et s'était par conséquent rapproché de moi. Je lui rendais visite tout les dimanches avec Saucisse mais c'était pour elle un maigre réconfort. Aussi, logiquement, une autre conséquence fut la transformation évidente de ma mère en « maman-poule ». Bien que l'expression lui déplaise, de mon point de vu, elle me semblait tout à fait appropriée.
Cependant malgré tout, je n'avais pas envie de décrocher. Je lui répondis par un vague message, classique. Tout allait bien. En tout cas, c'est ce qu'elle devait penser. Mais la vérité, c'est que plus rien n'allait. J'allais mourir.

101 joursWhere stories live. Discover now