Mauvais souvenirs

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« Je pense qu'il vaut mieux ne pas y'aller. » Lui dis-je en fixant la route devant moi. 

« Floriane je sais que c'est difficile mais ça va leur faire plaisir ».

Martin posa sa main sur ma cuisse pour tenter de me rassurer. La barrière à l'entrée de la cour était ouverte et j'y entra avec la nouvelle voiture que je venais d'acheter. Mon travail rapportait bien et j'avais enfin pu me payer la voiture de mes rêves. Je coupa le moteur et vis qu'à l'intérieur de la maison, tout le monde se demandait qui venait d'arriver. Martin saisit la manne de cadeaux qui se trouvait dans le coffre et me laissa entrer la première dans la maison. Ma grand-mère fût la première à m'accueillir les bras grands ouverts. J'avais honte mais cela faisait plus de 3 ans que je n'étais plus revenue fêter Noël avec ma famille. Mon travail me prenait énormément de temps et malgré le fait que chacun d'eux me manquait tous les jours, je n'avais jamais pris la peine de venir plus tôt.

C'était aussi la première fois qu'ils rencontraient Martin. Depuis mon déménagement à Paris, beaucoup de choses avaient changées dans ma vie. Mes parents avaient eu l'occasion de le rencontrer les 2 ou 3 rares fois ou j'étais revenue en Belgique, mais autrement personne d'autre n'avait pu le voir. Ma tante Myriam se précipita vers moi et me serra fort dans ses bras. Nous étions très proches l'une de l'autre et elle ne pu s'empêcher de laisser s'échapper quelques larmes.

Soudain je le vis et je baissa immédiatement le regard. C'était l'une des raisons pour lesquelles je m'étais abstenue de rentrer. Je n'avais pas osé en parler à Martin, il n'aurait sans doute, comme les autres, pas compris ce que j'avais pu vivre auparavant.

« Alors, Madame peut se payer une Mercedes maintenant qu'elle vit à Paris » me dit-il d'un air hautain en tentant vainement de m'imiter. 

« Tu sais très bien que j'en ai toujours rêvé, et puis de toute manière, avec les sommes astronomiques que je gagne par mois, je peux bien me le permettre. » Avais-je répondu sur le même ton.

C'était comme cela qu'il fallait s'y prendre avec Mario. Mario c'était l'homme qui avait épousé ma marraine des années auparavant et qui me faisait la misère à chaque fête de famille.

Tout cela avait commencé lorsque j'avais 12 ans. Des petites remarques par rapport à mes petits amis tout d'abord, puis certaines de plus en plus déplacées, de plus en plus salaces avec les gestes qui les accompagnaient au fur et à mesure. J'étais écoeurée par cet homme. Son regard en disait long sur lui. Chaque fois qu'il posait les yeux sur moi, j'avais comme l'impression qu'il me déshabillait du regard. Je faisais tout pour l'éviter, je ne portais plus de jupe ou de vêtements qui auraient pu amener à tout ça, mais il n'en était rien.

La dernière fois que je l'avais vu, c'était à la fête d'anniversaire de ma cousine Élise, sa fille. Elle était ma confidente, ma meilleure amie, nous avions le même âge et j'avais adoré aller chez elle auparavant. Lors de cette fameuse fête, il avait été beaucoup plus loin que tout ce que j'avais pu imaginer. Il me força à faire une photo avec lui, me saisissant à la taille et laissant glisser sa main sur mes fesses. Ça avait été le geste de trop. Je n'avais rien dit sur le moment mais j'avais ensuite évité chaque fête où il aurait pu être présent.

La soirée bâtait son plein et j'étais ravie d'être revenue. Elise me présenta à son petit-ami Joachim et je fis connaissance avec l'une des nouvelles conquêtes de mon oncle Samuel, le frère de mon père.

Soudain je fût prise de panique lorsque deux mains me saisirent par la taille et s'enroulèrent autour de moi. Je resta figée sur place et senti un souffle dans mon cou.

« Tu vois, tu as bien fait de revenir. Tout se passe à merveille. » 

Je me senti tellement soulagée en entendant la voix de Martin. Je me retourna et l'embrassa vivement ce qui me valu une réflexion de mon grand-père à propos des déclarations affectives en public.

Je saisis le menton de Martin et tout en déposant un délicat baiser sur ses lèvres, je me dirigea à l'étage pour aller aux toilettes.

Quelqu'un s'y trouvait déjà et j'attendis donc quelques minutes devant la porte. La clé tourna dans la serrure et la porte s'ouvrit d'un geste brusque.

Mario se trouvait à quelques centimètres de moi, nous deux, seuls à l'étage, à l'abris des regards. Mon pouls s'accéléra et je m'écarta de la porte pour le laisser sortir, mais il s'avança vers moi et me plaqua contre le mur. Ses yeux me fixaient et il ne disait rien. je senti soudain sa main glisser le long de ma cuisse et s'arrêter sur mon entre-jambes.

« Tu m'avais manqué Floriane ! » dit-il d'un ton salace.

Je le repoussa violemment et cria. Les discussions étaient fortes en bas et personne ne m'entendait. Je couru en descendant les escaliers.

J'entra comme une furie dans le salon, saisis ma veste et mon écharpe, prévenant Martin qu'il était temps de partir. Les larmes coulaient le long de mes joues et je sentais que tous les regards étaient braqués sur moi. Mario entra dans la pièce comme si de rien était et c'était la goutte qui fit déborder le vase. Je me tenais le plus loin possible de lui.

« Je savais que c'était une erreur de revenir ! Rien n'a changé et vous n'êtes toujours pas capables de voir ce qu'il se passe ! Tout le monde le sait mais personne ne dit rien ! Je vous déteste tous ! »

Je claqua la porte derrière moi et me dépêcha de m'installer dans la voiture. Martin me rattrapa et me supplia de lui expliquer ce qu'il se passait. Je ne parvenais pas à sortir une phrase complète de ma bouche mais je parvins tout de même avec peine à lui expliquer.

Il claqua la porte de la voiture et entra dans la maison telle une furie. Il saisit Mario par le col de sa chemise et le frappa, encore et encore jusqu'à ce qu'il tombe inconscient au sol. Je le vis au travers de la fenêtre le frapper à nouveau sans pouvoir s'arrêter. Aucun des membres de ma famille ne fît quelque chose. Personne ne réagissait. Personne ne disait rien. 

Comme ils l'avaient toujours tous fait auparavant.

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