Elle était là. La jeune femme me regardait intensément avec ses yeux violet. Elle m'était inconnue et pourtant je me sentit soudain calme et tranquille. Ensuite, un homme arriva à son tour, au côté de la femme. Il n'était pas comme les autres hommes que j'avais pu apercevoir au cour de mon travail. Il était mince, les traits osseux et ses yeux bleus me rappelaient l'eau. Il ne dit pas un mot et me tendit la main en souriant. La crainte que j'avais pu éprouver lorsque je l'avais vu pour la première fois se dissipa entièrement. Je tendis la main à mon tour et m'agrippai à la sienne...
"Debout!", je sursautais de peur, sortant du demi-sommeil dans lequel j'étais plongé.
"Tu dois travailler je crois non? Qui t'as permis de dormir?"
Il s'agenouilla en face de moi et ses yeux rouges se retrouvèrent en face des miens, un incendie semblait les dévorer. Il répéta plus lentement en détachant chaque mot:
"Est ce que quelqu'un t'as permis de dormir?"
Je tremblais de peur, je voulais m'enfuir mais la terreur me clouait au sol.
"Non", ma voix était si faible que je pensais qu'il ne m'avait pas entendue.
À ce moment là, sa main vola dans les airs et la gifle que je reçu me brûla la mâchoire.
"Tu m'appelles monsieur, compris?", il hurlait et je pouvais sentir son haleine chaude sur mon visage, "Tu essayais de dormir pendant ton travail? Tu sais ce que ça signifie? Suis moi!"
Je sanglotais, "Non monsieur je vous en prie, je ne veux pas y retourner, s'il vous plaît!" Il ne m'écoutait pas.
Soudain, une des femmes qui nous regardait se jeta entre moi et le garde, je l'avais vue quelquefois avec une petite fille, elle devait être nouvelle. Elle s'adressa au garde
"Monsieur, laissez cette pauvre fille en vie et prenez moi à la place."
Le garde se mit à rire
"Qui penses-tu être pour me dire ce que je dois faire ? Qui es-tu même pour oser me regarder dans les yeux? Dois-je te rappeler que le règlement interdit aux femmes de regarder quiconque? Mais si tu insiste, ok."
La femme me regarda et sourit, je l'entendis chuchoter
"Reste calme, tout ira bien je suis solide, continue de croire en toi."
Ce discour avait presque l'air d'un adieu. A peine eut elle fini sa phrase que le garde sortit un pistolet de sa veste et lui tira dessus à bout portant. Elle ne cria même pas, tombant face contre sol, une flaque de sang commença à s'étendre sous elle. Le garde rangea son arme et prit la parole:
"Une mort est suffisante pour aujourd'hui mais que cela vous serve d'exemple! La prochaine fois j'en abattrais dix d'entre vous choisies au hasard."
Il souleva le corps de la femme et le jeta dans le brasier qui servait à alimenter nos Lances puis tourna les talons et partit. Personne ne dis rien. Chacun retourna au travail. Soudain un cri déchira le silence, une petite fille fondit en larme. C'était la petite fille que j'avais souvent vue aux côtés de la dame qui m'avait protégée. Je compris que c'était sa mère.
Je traversais la passerelle et la serrais contre moi. J'étais encore sous le choc de la scène qui venait de se dérouler sous mes yeux mais cette petite avait besoin de réconfort:
"Ta mère, c'était ta mère n'est ce pas? Ta mère me dit avant de partir de croire en moi, je crois que ce message t'était dirigé." La petite commençait à pleurer plus doucement.
"Tu es nouvelle ici non? Comment t'appelles-tu?" La fille essuya ses larmes et répondit, dans un filet de voix,
"Je suis arrivée ici il y a une semaine, je m'appelle Cynthia." A présent nous devions nous remettre au travail sinon le garde allait revenir.
Je compris très vite que Cynthia n'avait jamais utilisé une Lance. Sans doute sa mère le faisait elle à sa place. Les lances étaient nos outil de travail. C'était des long tubes avec lesquels, en injectant un mélange de magma et d'azote filtré, nous remplissions les Formes qui arrivaient à nous. Ces formes pouvaient représenter des objets de toute sorte telles que des tables ou de chaises et notre travail avec la lance leurs donnaient de la matière, les construisaient en quelque sorte comme lorsque vous remplissez un moule. Je découvris que Cynthia était une enfant très intelligente, elle appris le fonctionnement des Lances en moin de dix minutes et, une heure plus tard, savait manipuler n'importe quelle Forme qui apparaissait devant elle. C'était une fille aux yeux verts comme moi, avec un petit front qui complétait son absence de cheveux (on nous les coupait dès notre arrivée), un nez fin, des lèvres rouges qui s'opposaient à la blancheur de ses dents et un corps maigre mais bien proportionné.
"Et toi, comment t'appelles-tu?", me demanda elle à son tour
"Tu peux m'appeler Daria.", "Quand finirons-nous de travailler?" "Dans peu de temps ne t'inquiète pas."
Je sentais qu'elle était épuisée même si elle ne voulait pas le laisser paraître. Au moment où je finissais ma phrase, l'immense garde reparut au bout de la passerelle.
"Le travail est fini pour aujourd'hui, chacun dans son dortoir!"
Nous posions donc nos Lances et nous nous dirigions vers les chambres. Heureusement, Daria était dans le même dortoir que moi. Au moment de passer devant le garde, mon coeur se mit à battre de plus en plus vite et une sueur froide me descendit le long de la colonne vertébrale. Cynthia devait se sentir pareil car je sentais sa main qui tremblait dans la mienne. Arrivés aux dortoirs, personne ne parlait, chacun utilisait ce moment pour pleurer les morts d'aujourd'hui, panser ses brûlures, et on entendait des pleurs de désespoir partout. Ce soir je n'avais pas envie de pleurer, cela m'arrivait parfois mais pas aujourd'hui. J'avais trouvé un rayon de soleil, une raison de vivre. Cette raison était allongée dans son lit, et me regardait tandis que ses yeux se fermaient lentement. Je l'entendit juste murmurer
"Tu peux être ma grande sœur maintenant?" A peine avais-je hoché la tête qu'elle s'abandonna au sommeil.
YOU ARE READING
L'équilibre d'un monde
Science FictionA-t'on toujours quelque chose à perdre? La vie de Daria bascule le jour où elle va rencontrer Cynthia, sa presque petite sœur. Dans un futur où même la parole lui est interdite. Dans un futur où l'homme est roi, y a-t'il toujours quelque chose de ma...
