Cœur Céleste et Amour Immortel

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De magnifiques franges orangés s'étiraient en miroir au-dessus du lac, tel un adieu crépusculaire à son innocence. Le regard rivé sur l'horizon, Méliane demeurait immobile, indifférente au spectacle.

L'atmosphère chaleureuse de la chambre, aménagée avec soin, n'eut aucun effet sur ses tourments. Elle frissonna. Une larme s'échappa et roula sur sa joue, témoin d'une faiblesse passagère. Elle la chassa d'un geste vif.  

Volontaire et déterminée, elle assumait sa décision, mûrement réfléchie et irrévocable. Pourtant, l'introspection sur sa courte existence lui serra le cœur et lui tenailla les entrailles. 

En dix-huit ans, la jeune immortelle s'était forgée une solide opinion sur la grande cité d'Asram. Archaïque et misogyne. Le patriarcat exhortait les différences et les inégalités entre les sexes, le régime celles des races, vouant la suprématie aux immortels, dénigrant les lycanthropes. Électron libre, elle refusait obstinément de courber l'échine devant cette gent masculine dogmatique, arriviste et férue de pouvoir. 

En présence du Grand Conseil, elle se rebiffa et refusa catégoriquement l'alliance avec son cousin, pantin fantoche des ambitions fomentées par son oncle Fantur, devenu Régent et son tuteur à la mort de ses parents.  

Offensé, Fantur n'avait pas hésité à utiliser ses pouvoirs de persuasion sur sa nièce. Il échoua. Digne héritière de sa lignée et l'une des rares femmes aux puissances surnaturelles, elle lui infligea une cuisante défaite. Un souvenir épique. Elle ricana, mais son sourire s'effaça. Rancunier, il ne lui pardonnerait jamais son affront.   

Elle avait quitté Asram avec Draven, son ami d'enfance, issu d'une prestigieuse famille de lycanthropes, arbitrairement asservie. Ils s'étaient mutuellement libérés et soutenus. Au cours des années, leurs affinités s'étaient transformées en confiance mutuelle inébranlable qui évolua, naturellement, en un sentiment sincère et profond. Deux mondes opposés, pas si différents, réunis en un seul amour. Deux cœurs brimés qui s'éveillèrent et battaient à l'unisson. 

Le vent se leva soudain. Méliane se crispa, nerveuse. Leur relation ressemblait à une parenthèse éphémère, une illusion douce-amère, le mirage d'une oasis délectable laissant un goût de sable à son évaporation. Elle se remémora la promesse solennelle de Draven : « Je t'aime, douce et tendre, Méliane. Mon cœur, mon âme et mon corps sont tiens, à jamais et pour l'éternité. » Leurs destins étaient scellés. Elle tourna l'anneau d'or autour de son annulaire gauche.  

L'appréhension la gagna, néanmoins. Depuis l'échange de leurs consentements, d'étranges phénomènes l'assaillaient en présence de Draven. Même s'il restait attentionné et compréhensif, la colère la submergeait et son corps semblait se consumer de l'intérieur. La situation empira. Une voix rauque insidieuse l'exhortait sans relâche. Elle envahissait ses pensées et lui insufflait de sulfureux rêves qui la laissaient pantelante et dégoulinante de sueur au matin. Sa poitrine se comprima, lui coupa le souffle.      

Juste vêtu d'un caleçon long trois-quart, Draven s'adossa nonchalamment contre l'embrasure de la porte. Elle sentit sa présence, s'écarta de la baie ouverte et se dirigea, sans un regard, au centre de la pièce, le cœur lourd et tourmenté. 

- Méliane ? s'enquit-il.

Elle se mura dans le silence.

- Je peux juste dormir à tes côtés, comme les autres soirs, ma douce, si...

- Non ! s'énerva-t-elle.

« Tu vois que tu ne peux pas lui résister, enfant ! ricana la voix. »

Elle souffla. Le bouillonnement si familier reprit sa lente ascension. Sa respiration s'accéléra et elle tenta en vain de recouvrer son calme. 

« Laisse-toi aller, tu te libéreras, petite. Rappelle-toi les sensations que tu as éprouvées la nuit dernière. » 

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