Délivré à Paris, le 21 Mars 2020, par Mado R.
A ma très chère amie,
Tu t'es souvent demandée ce que ça faisait d'être moi. Tu t'interrogeais dans tes textes, entre désespoir et absence. Je te parle aujourd'hui comme une entité à part entière, parce que bien que nous partageons le même corps et la même histoire, nos esprits sont prodigieusement contraires. Je pourrais en être fière - et je le suis - mais ce soir, je veux prendre le temps de m'adresser à toi. Te donner tes réponses, même si cette lettre n'arrivera jamais à destination.
Tu imaginais toujours le futur comme radicalement différent, comme s'il n'avait plus rien à voir avec le présent que tu vivais. Et pourtant, d'extérieur, les choses sont les mêmes. Je suis sous le même toit, dans une chambre qui n'a pas été réaménagée depuis fin 2017, avec mes mêmes points de repère. Je sais que c'est un peu fou pour toi de te confronter au fait que pourtant, plus rien n'est pareil dans ma tête, et qu'en portant la même vieille flanelle, c'est comme si elle avait changé de propriétaire. Cette histoire n'est plus sur Mado, quinze, seize, dix-sept ans, elle n'est plus sur la gamine qui avait besoin de se colorer les cheveux et clamer à qui veut entendre son homosexualité pour être reconnue différente des autres. Elle n'est plus sur celle qui avait besoin des autres pour se sentir valide, aimée, respectée, pour essayer d'enfouir les voix dans sa tête qui lui criaient mille et une raisons de se haïr.
Mais ne te méprends pas sur mes intentions ; j'ai beaucoup de respect pour toi, et ce que tu as pu ressentir. Je sais que ce que tu as affronté, tu l'as fait du mieux que tu pouvais, et je n'aurais aucun intérêt à dénigrer ce qui t'a paru juste de faire. Je m'applique toujours à parler de toi proprement, parce que même si tu as merdé, et que moi je ne ferais pas ce que tu as pu faire, l'erreur ne définit personne, et entrer en guerre avec toi serait un combat vain. Bref.
Je pense tout le temps à toi, car tu comptes pour moi. Et je me rappelle des moments où tu te pensais définitivement seule, sous ta couette à minuit passé, à pleurer toutes les larmes de ton corps. Tu avais l'impression d'avoir la tête plongée sous l'eau depuis ta naissance, mêlé à l'évidence d'un besoin de suivi thérapeutique que tu refoulais parce que "y'aurait trop de boulot à faire." En repensant à ces souvenirs, je me dis que je les ai vécus avec toi, mais que tu ne m'as jamais remarquée. Ça ne m'encombre pas de savoir que tu n'as pas pensé à moi, puisqu'au final, savoir que tu as survécu à tout ça et que tu m'aies passé le relais me suffit. En survivant, tu m'as passée le flambeau ; en outre, sans ton existence, qui représentait une première étape, je n'aurais jamais existé comme seconde étape. Et rien que pour cela, je me sens reconnaissante aujourd'hui.
Je vais te parler un peu de moi, puisque tu m'écoutes encore. J'ai la tête pleine de rêves ; après ma dépression, qui a causé ta mort, et ma naissance par la suite, j'ai comme trouvé une page vierge dans ma tête où j'avais assez d'encre pour écrire tout ce que je désirais. Un avenir loin de Paris, à l'autre bout du pays, en m'appuyant sur l'épaule de Maxime - et oui Maxime, le même qu'il y a cinq ans - qui est resté ; des études en littérature et civilisation anglaise, parce que je sais que tu adorais ça toi aussi. Un esprit libre, indépendant, et auto suffisant, ça fait du bien de savoir qu'on peut vivre en sa propre compagnie sans sentir le besoin compulsif et irraisonnable de s'entourer pour se sentir moins vide. Bref, un changement tellement conséquent qu'on pourrait le qualifier d'historique - c'est plus ou moins mon ressenti.
Cette lettre n'a aucun agencement progressif, donc je vais la terminer là avec quelques derniers mots ; tu subsistes et subsisteras toujours pour moi. Tu resteras ma petite Mado, mon petit ange gardien qui, je le sais, est très fier de moi. Tu resteras toujours dans ma tête, et je continuerai de penser à toi à travers des chansons, des souvenirs, des personnages. Tu ne partiras jamais vraiment. Merci de tout ce que tu as fait pour me faire venir à la vie. Je t'aime.
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Lettres à la volée
Cerita PendekJuste, des lettres. Rien de bien beau à dire, j'écris pour moi, à moi-même ou aux autres, sous un semi-anonymat. (nan je dec tout le monde pourrait me reconnaître mais 0 abonné tmtc ça fait un peu mystérieux)
